Affaire des frégates de Taïwan : article du Figaro (6 août 2008) © TF1/LCIL'un des sous-dossiers les plus retentissants de la tentaculaire affaire Elf s'est approché sans bruit de sa clôture le 24 juillet dernier : c'est en effet ce jour-là que le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, "a formellement signé un réquisitoire aux fins de non-lieu général" dans l'affaire des frégates de Taïwan, a révélé mercredi Le Figaro. Une information confirmée en cours de matinée par le parquet de Paris. Au total, aujourd'hui encore, 900 millions de dollars sont toujours bloqués dans les banques suisses dans le cadre de ce dossier. Il revient dorénavant aux juges d'instruction Renaud van Ruymbeke et Xavière Simeoni de rendre leur ordonnance de règlement, qui devrait suivre les réquisitions, selon une source proche du dossier.
Frégates de Taïwan: Thales condamné, l'Etat devra payer
La cour d'appel de Paris a rejeté jeudi le recours engagé par le groupe de défense contre la sentence arbitrale qui en 2010 l'avait condamné à rembourser des centaines de millions de dollars à Taïwan pour des commissions indûment versées sur la vente de frégates en 1991.
Publié le 09/06/2011
Frégates de Taïwan: une condamnation à plusieurs centaines de millions
Thales a été condamné par un tribunal arbitral à Paris à rembourser 600 à 800 millions de dollars, selon les sources, à Taïwan dans le contentieux sur les frégates, une somme dont les 3/4 devraient finalement être réglés par l'Etat français. Thales veut former un recours en annulation.
Publié le 03/05/2010
L'affaire des frégates avait fait apparaître sur la scène judiciaire des personnages aussi divers que Christine Deviers-Joncour, maîtresse de Roland Dumas, ex-ministre des Affaires étrangères sous François Mitterrand, ou fait intervenir des personnages clés de l'affaire Elf comme Alfred Sirven, haut cadre au passé trouble de la société pétrolière. Elle devait aussi trouver un prolongement récent à travers l'affaire Clearstream.
Des dossiers aux ramifications multiples
Les juges français cherchaient à savoir qui, en France, aurait pu bénéficier de rétrocommissions dans la vente en 1991 de six frégates furtives de type La Fayette à la marine taïwanaise par Thomson-CSF (aujourd'hui Thales) pour 2,8 milliards de dollars. Ils enquêtaient depuis juin 2001 dans le cadre d'une information judiciaire ouverte contre X pour "abus de biens sociaux et recel" après la découverte et le blocage par la justice suisse de 520 millions de dollars sur des comptes de l'homme d'affaires taiwanais Andrew Wang. Principal intermédiaire dans la transaction, Wang était surnommé "Mister Shampoo" par ses détracteurs pour sa réputation de supposé blanchisseur de fonds.
Dans ce volet principal, un cadre de Thomson-CSF avait été mis en examen, soupçonné d'avoir perçu 150.000 dollars de Wang. Des mandats d'amener, valant mise en examen, avaient été délivrés à l'encontre d'Andrew Wang et de son fils. Les juges espéraient pouvoir remonter la piste des éventuelles rétrocommissions en consultant des documents des douanes qui contiendraient la liste des bénéficiaires de commissions versées à des Chinois et Taïwanais. Mais les ministres des Finances successifs, Laurent Fabius puis Francis Mer et Thierry Breton, ont à plusieurs reprises invoqué le secret défense pour refuser de communiquer ces documents. Bloqués dans leur enquête les magistrats ont mis fin à leur instruction en octobre 2006.
L'enjeu financier actuel de l'affaire
Aujourd'hui, dans ce premier volet de l'affaire, le parquet estime donc que l'instruction n'a "pas permis d'identifier les bénéficiaires" des éventuelles rétrocommissions. Dans un second volet, le parquet considère également que la tentative d'escroquerie au jugement à l'encontre de Thomson-CSF n'est "pas caractérisée" car son objet était "illicite".
Une plainte avait en effet été déposée par l'entreprise en 1997 et jointe au dossier principal en 2002. Thomson-CSF s'estimait victime d'une escroquerie après un jugement arbitral la condamnant à rémunérer la société Frontier AG en application d'un contrat de consultant. Ce contrat prévoyait que Frontier AG devait influencer les autorités chinoises afin qu'elles ne s'opposent pas à la vente des frégates. Mais derrière cette coquille officiellement détenue par l'homme d'affaires chinois Edmond Kwan, l'enquête a montré que l'ayant droit de Frontier AG était en fait Alfred Sirven, bras-droit du patron d'Elf Loïk Le Floch-Prigent et qu'Elf avait fait jouer ses réseaux pour promouvoir la vente des frégates. Tous deux, ainsi que Christine Deviers-Joncour, Edmond Kwan, et deux autres personnes ont été poursuivis dans ce volet.
Le dossier des frégates représente encore aujourd'hui un enjeu financier énorme pour la France, qui pourrait être amenée à régler une partie des centaines de millions d'euros réclamés par Taïwan pour le versement de commissions occultes, expressément interdites dans le contrat sous peine de remboursement. Taïwan a saisi en 2001 un tribunal arbitral pour obtenir ce remboursement.
| "Pas glorieux pour la justice", selon Roland Dumas |
Le non-lieu général requis dans l'affaire de la vente de six frégates à Taiwan "n'est pas glorieux pour la justice française qui n'a pas pu franchir le barrage des pouvoirs publics sur le secret défense", a estimé mercredi Roland Dumas sur France Info, assurant avoir "beaucoup regretté" ce secret maintenu par les gouvernements successifs. |
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Frégates de Taïwan: Thales condamné, l'Etat devra payer
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