Me Etienne Noël © TF1Depuis plus de 10 ans, Me Etienne Noël, avocat à Rouen, fait des procédures contre l'administration pénitentiaire. A son actif, 10 condamnations de l'Etat. Pour défauts de surveillance, conditions d'hygiène déplorables... La dernière en date remonte en mars dernier. L'Etat doit verser 3.000 euros à son client pour "préjudice moral", en considérant qu'il avait été incarcéré "dans des conditions n'assurant pas le respect de la dignité inhérente à la personne humaine". Au-delà de ces conditions d'incarcération imposées au détenu (ambiance qui règne du fait de la surpopulation, conditions d'hygiène d'épouvantable), l'avocat dénonce sans relâche le problème du placement en cellule des détenus. Selon lui, il est directement lié au drame qui s'est déroulé mercredi soir à Rouen. (Lire notre article)
LCI.fr : Vous dénoncez le problème du placement des détenus. Quel est-il ?
Me Etienne Noël : Dans les cellules, ils sont à deux, voire le plus souvent à trois, trois personnalités généralement extrêmement différentes et qui sont vouées à s'affronter. Il y a toujours quelqu'un qui s'impose et les tempéraments violents en sont exacerbés. Le co-détenu le plus faible est pris au piège. C'est ce qui s'est passé avec l'affaire du cannibale en janvier 2007. C'était aussi à Rouen mais la situation est la même partout. Cet homme, déjà n'aurait jamais dû être en prison du fait de son état psychiatrique. Au-delà de ça, il n'aurait jamais dû se retrouver en cellule avec un détenu comme la victime. Concernant le drame de mercredi soir, les infractions respectives de l'auteur et de la victime (homicide et un simple délit) laissent penser qu'il y en avait un plus dangereux que l'autre. Ils n'auraient jamais dû être dans la même cellule.
LCI.fr : Vous avez obtenu deux condamnations de l'Etat pour de telles erreurs de placement
Me Noël : Oui, les deux pour des affaires concernant la prison de Rouen. 1999 : un détenu s'était fait violer en cellule par des deux autres codétenus pendant deux semaines à peu près. La seconde était en 2005 : mon client avait été battu et torturé par ses deux autres codétenus pendant plusieurs mois. Lui était incarcéré pour une infraction mineure liée à l'alcool et cohabitait avec un type considéré comme très dangereux. Il a pris l'ascendant sur le troisième détenu. Ensemble, ils ont martyrisé mon client. Malgré ces deux affaires, aucune leçon n'a été tirée. L'administration pénitentiaire ne se remet jamais en cause et c'est ça que je trouve extrêmement grave.
LCI.fr : C'est-à-dire ?
Me Noël : Lors de la dernière condamnation, ce que le tribunal administratif avait dit dans son jugement me paraît extrêmement important : la règle c'est l'encellulement individuel, le fait de placer les détenus à plusieurs dans des cellules est un régime forcément dérogatoire qui doit être exceptionnel et temporaire. Autrement dit, l'administration pénitentiaire doit veiller d'autant plus à l'intégrité physique, sexuelle et morale des détenus. Et ce, tant sur le plan de l'hygiène que sur le placement en cellule (adéquation des caractères, des comportements, la dangerosité respective des détenus). On est bien loin du compte.
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