© sxc.huCe vendredi à la 15e chambre du tribunal correctionnel de Paris, près de vingt dossiers s'amoncellent sur le bureau des juges. Des histoires d'avortement illicite, d'un père ayant "frotté" un peu trop souvent les fesses de sa fille, d'un webmaster ayant téléchargé des images pédophiles... Le banc des journalistes est comble. Radio, télé, presse écrite... Toutes là pour un seul homme : Rudolphe, un père de 37 ans, qui comparaît pour "soustraction à une obligation légale compromettant la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation des enfants".
Son histoire, c'est celle d'un homme ayant eu le tort de laisser son fils seul dans le jardin du Luxembourg, à Paris, cet été. Un été marqué par l'assassinat du petit Valentin, la mort des bébés oubliés dans une voiture, la disparition du petit Louis, un Mohamed à la mère introuvable à Marseille... Et puis Mathieu "abandonné" à Paris. C'était le 11 août dernier. Le petit garçon de 5 ans et demi est découvert dans une allée du parc parisien. Pour seule compagnie, un téléphone portable et une trottinette. Le gardien est intrigué. "Mon papa m'a laissé", explique Mathieu. La police est alertée, le "cauchemar" de Rudolphe commence. Epaules carrées, tout de jean vêtu, ce père divorcé revit cette journée à la barre, le front luisant. Il a décidé de se défendre sans avocat.
"Je ne pensais pas qu'il allait sortir"
Une fiche résumant, heure par heure, cet après-midi du 11 août et une facture téléphonique pour justifier ses dires sous les yeux, ce chauffeur-livreur raconte. Ce jour-là, il doit embaucher à 11 heures. Paris est désert, les affaires sont calmes, il convient avec son patron d'arriver plus tard. L'occasion d'aller se promener au Luxembourg avec son fils qu'il ne voit pas souvent. Le petit habite avec sa maman dans la Sarthe. A 12h30 le père et son fils arrivent au Jardin. La promenade, Mathieu qui s'amuse et puis cette course à faire : une livraison et un chèque à faire signer. "L'affaire de 20 minutes", estime Rudolphe. Le temps de cet aller-retour en bas de la rue de Rennes, il décide de laisser son fils dans une aire de jeux payante située dans l'enceinte du parc. "J'ai commis une faute grave, j'ai voulu lui faire plaisir", reconnaît le père décrivant son fils en train de jouer qui ne voulait pas partir. Il précise : "l'aire de jeux était fermée, je ne pensais pas qu'il allait sortir".
Selon la police, Mathieu reste seul une heure et demie. Le père parle de 45 minutes. "Mais même 45 minutes, c'est long pour un enfant de 5 ans et demi, vous n'avez pas eu peur ?", s'enquiert le tribunal. "Dans un bois, oui, j'aurais eu peur... Mais là, il était au Luxembourg, le jardin le mieux gardé de Paris...", se défend Rudolphe. Et de préciser : "En plus, il est né à l'étranger, il sait se débrouiller."
"Ça fait pédophile"
Oui, il a fait une "grave erreur". Oui, il le reconnaît. Oui, il le regrette "beaucoup". Mais Rudolphe juge "disproportionnée" toute cette affaire. Sa garde à vue "à la Brigade de protection des mineurs", "ça fait pédophile" ; l'ironie des policiers, "c'est pratique pour vous le Luxembourg comme garderie", lui auraient-ils dit ; ses deux nuits au dépôt sans parler de l'enquête menée par les services sociaux. "Ils ont appelé tout le monde, se lamente Rudolphe les mains fermement posées sur la barre. Même mon frère et ma vieille mère!". "C'est normal, l'interrompt doucement le tribunal, c'était pour savoir si vous étiez gentil avec votre fils. D'ailleurs ça l'a montré". "Oui mais depuis un mois et demi, on ne me parle que de ça, reprend Rudolphe de plus belle. "Tous mes copains m'ont vu à la télé ou dans les journaux, et même dans Détective, ce journal où il y a toujours des trucs d'horreurs"... Et puis maintenant, il a peur. Il vit dans la crainte de perdre son fils. "Ça vire à la paranoïa". "Si ça m'arrive, j'appelle qui, la police ?", s'interroge-t-il. Son fils il ne l'a pas revu depuis l'affaire. Et d'évoquer, très ému, le malaise les deux fois où il l'a eu au téléphone. Mathieu était timide, lointain.
"Vous avez commis une faute en tant que parent", intervient la procureure en évoquant un manque de bon sens, un comportement négligent. Que vous l'ayez laissé 1h30 ou 45 minutes, ça ne change rien à la gravité des faits. En 45 minutes, votre fils aurait pu se blesser ou pire être enlevé". Elle requiert douze mois de prison avec sursis. 22h20. Rudophe est condamné à trois mois de prison avec sursis accompagné d'une obligation de suivre "un stage de responsabilité parentale". Il accueille le jugement les larmes aux yeux. C'est la fin de son cauchemar. "J'espère que cela n'arrivera pas à d'autres parents", soupire-t-il.
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