Image d'archives © TF1L'histoire ressemble à un épisode des Experts mais elle se déroule en France. Décembre 2005. Dans une ville des Hauts-de-Seine, une femme de 59 ans est retrouvée pendue à son domicile. Seul témoin du drame : un chien, son chien. C'est un suicide pour le parquet de Nanterre, un meurtre pour la famille qui dépose plainte avec constitution de partie civile. En janvier 2006, une information judiciaire pour "meurtre" est ouverte. Deux personnes sont mises en examen. Début juillet 2008, Thomas Cassuto, le juge d'instruction en charge de cette affaire organise un transport sur les lieux de cette mort non élucidée, le domicile de la femme défunte. Avec lui, le greffier, les deux suspects et deux vétérinaires comportementalistes. Oui, le chien est aussi du "voyage". Objectif : "confronter" le canidé aux deux personnes mises en cause dans l'affaire. Un chien comme "témoin" sur les lieux d'une mort suspecte. L'information a été révélée mardi par France Info.
Selon une source proche du dossier jointe par LCI.fr, le chien a "été présenté aux deux personnes mises en examen et son comportement" face à elles "a été observé". D'après Le Canard Enchaîné qui consacre un article mercredi à cette affaire, le chien, un dalmatien n'a pas eu de "réaction significative", à l'exception d'une fois, lorsqu'il s'est agité autour "d'un gendarme qui exerce les fonctions de... maître-chien". Selon France Info, en revanche, qui parle d'un seul suspect sur place, le chien aboie en sa présence. Le greffier de noter le jappement. Mais c'est son rôle.
"Un chien par définition ne peut pas être témoin", réagit Bruno Thouzellier, président de l'Union syndicale des magistrats (USM), qui parle d'une histoire "assez inédite". Il poursuit : "Le juge d'instruction sait très bien qu'un chien ne peut en aucun cas être " entendu" ou "utilisé" dans une instruction. Selon le magistrat, qui n'avait pas de précisions sur cette affaire, si le juge d'instruction a organisé ce transport sur les lieux en présence du chien et des deux suspects, "c'est que peut être dans le dossier, il y a des éléments qui rendaient nécessaire qu'il voit la réaction du chien face aux personnes mises en cause dans cette affaire." Comprendre éventuellement corroborer -ou non- certains points que le juge Cassuto avait déjà développés dans son instruction. Et d'insister : "on ne sait pas pourquoi le chien a aboyé et cela ne peut en aucun cas être un élément de preuve". Mardi, le juge Cassuto n'avait pas pu être joint par LCI.fr.
"L'aboiement d'un chien ne signifie rien" |
D'emblée Claude Beata (1), vétérinaire comportementaliste avoue sa réticence sur cette affaire. Le chien aurait aboyé en présence du ou des suspects ? Pour ce spécialiste régulièrement appelé par la justice dans des dossiers de chiens dits "dangereux", "l'aboiement d'un chien ne signifie rien". Il s'explique : "il y a des chiens donc c'est le 'métier' de reconnaître les odeurs. Ils sont passés par un apprentissage pour reconnaître des odeurs bien particulières et réagir en leur présence. Drogue, cancer... Là, ce n'est pas le cas". Dans cette affaire, le chien, un dalmatien prénommé Théo, selon Le Canard Enchaîné, est un "simple" animal de compagnie. Selon le spécialiste, même si le chien peut être marqué par une scène, le fait qu'il ait aboyé peut tout aussi bien vouloir dire que cette personne l'avait grondée très fort il y a trois ans ou caressé très gentiment, il y a trois ans. Il estime que ses deux collègues, les deux vétérinaires comportementalistes présents sur les lieux ont dû évaluer l'état émotionnel du chien face à ces personnes. "Rien de plus !" Bref, l'aboiement d'un chien ne peut être la preuve d'une accusation, ni d'une absolution. |
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