Me Georges Kiejman, avocat de Charlie Hebdo, au soir des réquisitoires, le 8 février 2007 © TF1/LCILCI.fr : que pensez-vous de la décision du juge des référés d'autoriser la vente de la poupée vaudou à l'effigie de Nicolas Sarkozy car selon lui, elle ne constitue ni une atteinte à la dignité humaine, ni une attaque personnelle" ?
Georges Kiejman, avocat : Le juge des référés ne juge jamais au fond. Il juge sur ce qui est évident. Là, il semble avoir trouvé évident que l'image du président était une image dont n'importe qui pouvait s'emparer dans les limites de la caricature et de la parodie. On verra ce que dira le juge du fond, s'il est saisi, dans cette affaire qui est au carrefour de plusieurs droits : le droit à l'image, le droit à la caricature d'une personne publique et le droit au respect, que chacun peut exiger. Cette décision, en tout cas, confirme la jurisprudence qui est que l'image du président de la République est de moins en moins sacrée.
LCI.fr : Vous avez été l'avocat de François Mitterrand. Lui aussi, comme ses successeurs, a fait l'objet de caricatures en son temps. Pour autant, il n'a jamais lancé de procédures judiciaires.
G.K. : Il y a bien longtemps maintenant, en 1970, j'ai défendu L'Express quand Georges Pompidou avait demandé la saisie d'une de ses photos utilisée sans son accord dans une publicité par une entreprise de moteurs pour bateaux. Il avait gagné. (ndlr : le président avait obtenu l'interdiction de la publication de la publicité). J'ai un souvenir comique de Jean-Jacques Servan-Schreiber faisant déchirer la page en question à tout son staff. Depuis, que ce soit avec Giscard, Mitterrand ou Chirac, l'habitude avait été prise de traiter cela avec une certaine indifférence. Ce qui en même temps était une sorte d'hommage à la liberté. Là, dans l'histoire de la poupée vaudou, ce qui peut être un peu déplaisant, c'est le côté statuette vaudou et le "je le perce de part en part".
LCI.fr : Pensez-vous que la jurisprudence Pompidou aurait pu ou aurait dû s'appliquer à l'affaire de la poupée Vaudou ?
G.K. : La jurisprudence Pompidou est très claire : on ne peut pas accepter que l'image du président ou de n'importe qui soit utilisée sans son accord en faveur d'une promotion commerciale. Dans l'affaire de la poupée Vaudou, ce n'est pas aussi simple. On ne vend pas une marque avec l'image du président, mais une poupée de chiffon, plus proche de la caricature. Ce qui est délicat c'est que c'est une poupée vaudou. Nicolas Sarkozy est peut être blessé par une campagne dans laquelle, très symboliquement, on souhaite sa mort avec des aiguilles. Il n'attaque pas en justice en tant que président de la République. Il veut juste que son image ne soit pas exploitée à des fins commerciales. Il est évident que c'est nuancé parce que, malgré tout, il est président de la République.
LCI.fr : Pensez-vous que Nicolas Sarkozy doit faire appel de la décision du juge des référés ?
G.K. : Je serais Nicolas Sarkozy, je ne ferais pas appel. Je laisserais tomber. Je crois que quand on est célèbre, il faut se résigner à des atteintes à sa personne, dès lors qu'elles ne mettent pas en cause votre honorabilité. A sa place, j'aurais simplement haussé des épaules. Même si cela peut être agaçant de se dire que n'importe quel quidam a trouvé le moyen de faire de l'argent avec vous. (ndlr : Depuis cette interview, le chef de l'Etat a décidé de faire appel).
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