prison © LCILes trois principaux syndicats pénitentiaires ont annoncé mercredi qu'ils levaient leur appel au blocage des prisons à partir du 13 novembre après avoir été reçu par la ministre de la Justice et avoir obtenu des avancées en termes de créations d'emplois. Les responsables de l'Ufap, FO-pénitentiaire et de la CGT-pénitentiaire, réunis en "entente syndicale" avaient ressenti comme une marque de "mépris" l'absence de la ministre à une réunion lundi matin au ministère, sur fond de pénurie de personnel, de taux de surpopulation rarement atteint (63.185 détenus au 1er octobre pour moins de 51.000 places) et d'une série de suicides de détenus.
LCI.fr : Etes-vous satisfaits de votre entretien, ce matin, avec la garde des Sceaux ?
Christophe Marques, secrétaire général FO-Pénitentiaire : Ma première réaction est une réaction de satisfaction car la ministre a enfin bousculé son agenda pour recevoir notre intersyndicale ce matin. Elle nous a dit qu'elle avait bien entendu le message des 25000 personnels en tenue, qu'elle avait bien compris la crise identitaire qu'ils traversent. Rachida Dati a pris des engagements forts ce matin. Elle a notamment accepté le fait de pouvoir discuter sur tous les points de la plateforme revendicative. Et la garde des Sceaux s'est aussi dite prête à apporter des moyens financiers, si les travaux de réflexion démontraient qu'il faut en apporter. Nous, nous en sommes persuadés.
LCI.fr : Quel sera la mission du groupe de travail qui va se mettre en place ?
C.M. : Le groupe de travail va travailler sur l'action sociale des personnels, sur le quotidien de l'agent qui fait un travail pénible et difficile, pour lui permettre notamment de concilier sa vie privée et sa vie professionnelle. Il faut aider notamment ceux qui travaillent la nuit et les femmes, qui souvent chez nous élèvent seules leurs enfants, pour leur trouver des modes de garde adaptés à leurs horaires pour leurs enfants. Le groupe travaillera aussi sur les emplois avec le lancement d'un vrai audit établissement par établissement. Audit qui permettra aussi d'aborder les points de sécurité à renforcer.
LCI.fr : Quand vont débuter ces travaux de réflexion ?
C.M.: Les travaux vont débuter dès aujourd'hui avec un point d'étape qui sera fait par Rachida Dati dans la semaine du 17 novembre. L'unité syndicale a donc décidé de lever l'action prévue le 13 novembre pour permettre à tout le monde de travailler dans la sérénité.
LCI.fr : Qui sera autour de la table ?
C.M. : les trois syndicats pénitentiaires, FO, Ufap et CGT, participeront à ces groupes de travail et une personnalité extérieure à l'administration pénitentiaire va être nommée par la ministre pour arbitrer et animer ces groupes. Le nom de cette personne, qui devra être un familier des questions sur les prisons, devrait être connue dans la journée.
LCI.fr : Vous avez l'impression cette fois-ci d'avoir été entendu par la ministre ?
C.M. : Entendu, oui, c'est clair. Des engagements pris, oui, c'est clair. Pour autant, nous restons vigilants. Les conclusions des travaux doivent être rendues pour le 15 janvier. Chacun prendra ses responsabilités si d'ici là il s'avérait que l'on a été floué. La ministre ne doit pas oublier que nos trois syndicats, qui ne s'étaient pas réunis dans une entente depuis 2002, représentent plus de 85% des personnels pénitentiaires.
LCI.fr : Un nouveau suicide a eu lieu la nuit dernière à la prison de Loos. En avez-vous parlé avec la ministre ?
C.M. : Un suicide est toujours vécu comme un échec par l'institution. Pour autant, malheureusement, il y en aura toujours, comme dans la société. On ne peut pas mettre un surveillant derrière chaque détenu. En revanche, travaillons sur l'accueil des personnes incarcérées, sur leur suivi médical. Il faut beaucoup plus de psychiatres, psychologues et médecins qui viennent travailler dans nos services.
LCI.fr : Une nouvelle campagne de recrutement, très moderne, vient d'être lancée par l'administration pénitentiaire. Est-ce difficile de recruter en ce moment ?
C.M. : C'est une très belle campagne. Nous la soutenons car elle montre la modernisation de l'administration pénitentiaire. Oui, nous avons des difficultés pour recruter, mais comme dans toutes les administrations publiques. Toutefois, depuis le lancement de cette campagne, nous constatons un réel engouement pour passer le concours de surveillant. Faut-il encore être en capacité de les accueillir correctement et de les motiver. C'est tout le sens de notre intersyndicale.
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