Jean-Marc Rouillan, le cofondateur d'Action Directe © DR"Le parquet de Paris demande la révocation du régime de semi-liberté dont bénéficiait Jean-Marc Rouillan depuis le 17 décembre 2007 en raison de la teneur de ses propos", a annoncé en début d'après-midi un porte-parole du procureur général de Paris. Jean-Marc Rouillan, arrêté en 1987, avait été condamné à la perpétuité pour plusieurs assassinats, dont celui du PDG de Renault Georges Besse et de l'ingénieur général de l'armement René Audran. Depuis décembre 2007, il bénéficiait d'un régime de semi-liberté, avec notamment l'obligation pendant un an de ne pas parler des faits à l'origine de sa condamnation, ni de publier d'ouvrage.
Or, dans une interview accordée à L'Express, le cofondateur du groupe armé d'extrême gauche Action directe revient sur l'assassinat de Georges Besse en des termes qui laissent entendre qu'il ne nourrit aucun regret. "Je n'ai pas le droit de m'exprimer là-dessus... Mais le fait que je ne m'exprime pas est une réponse. Car il est évident que, si je crachais sur tout ce qu'on avait fait, je pourrais m'exprimer. Par cette obligation de silence, on empêche aussi notre expérience de tirer son vrai bilan critique", dit-il.
Contacté par LCI.fr, Jean-Louis Chalanset, l'avocat de Jean-Marc Rouillan, affirme ne pas avoir été au courant de la réalisation de cette interview, "sinon j'aurais fait retirer le passage qui fait litige", précise-t-il. "Suite à la demande du parquet, il va y avoir une audience au cours de laquelle j'expliquerai que le texte incriminé ne dit pas qu'il parle des faits pour lesquels il a été condamné puisqu'il dit qu'il n'a pas le droit d'en parler. Cela me semble extrêmement léger de s'appuyer là-dessus pour le remettre en prison. Mais le parquet, qui s'est toujours opposé à sa semi-liberté, sait que mon client doit passer en liberté conditionnelle en décembre et il essaie de le bloquer avant", poursuit l'avocat.
La classe politique choquée
Mercredi matin, le porte-parole du gouvernement s'était dit choqué par les propos de Jean-Marc Rouillan. "J'ai une pensée pour Georges Besse et sa famille, pour le général Audran et sa famille. On ne peut oublier le mal qui a été fait", a déclaré Luc Chatel lors du compte rendu du conseil des ministres. "Ces propos me choquent", a-t-il ajouté.
Agé de 56 ans, Jean-Marc Rouillan se dit également dans l'hebdomadaire, "convaincu que la lutte armée est nécessaire à un moment du processus révolutionnaire". Evoquant son projet d'adhésion au Nouveau parti anticapitaliste appelé à succéder début 2009 à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Jean-Marc Rouillan explique son désir de rencontrer "des gens d'origines et d'obédiences extrêmement différentes". "Je peux faire peur à beaucoup de monde... A notre première rencontre, j'ai prévenu (Olivier) Besancenot : 'ma présence peut faire du bordel. Réfléchissez, vous pouvez dire non'... Il m'a dit que c'était réfléchi et qu'ils étaient d'accord", raconte-t-il.
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