Villepin face à la presse après sa mise en examen dans l'affaire Clearstream (27 juillet 2007) © TF1/LCIDepuis le 27 juillet 2007, Dominique de Villepin est mis en examen notamment pour complicité de dénonciation calomnieuse dans l'affaire Clearstream. Les juges d'Huy et Pons le soupçonnent d'avoir tenté de participer à une machination visant à déstabiliser Nicolas Sarkozy en l'accusant avec d'autres personnalités de posséder des comptes occultes à la chambre de compensation Clearstream. Dans ce but, de faux listings bancaires avaient été adressés à la justice entre mai et octobre 2004, par Jean-Louis Gergorin, ex-vice-président d'EADS proche de Villepin.
Dans ce dossier, le parquet de Paris a requis mardi le renvoi de Dominique de Villepin en correctionnelle, des sources judiciaires confirmant une information du site internet du Point. Le 3 juin dernier, dans un premier réquisitoire, il avait estimé que "les charges n'apparaissaient pas suffisantes" pour justifier un tel renvoi et avait réclamé un supplément d'information aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Dans un réquisitoire supplétif de 136 pages, il considérait qu'à l'issue de plus de trois ans d'instruction, l'enquête "n'apportait pas les éléments de réponse qui permettraient de lever le doute" sur sa connaissance de la manipulation.
Les zones d'ombre du dossier
Mais s'il n'existait pas de charge suffisante dans le dossier à l'encontre de l'ex-Premier ministre, le parquet avait considéré toutefois que "le traitement singulier par Dominique de Villepin de l'affaire des listings de comptes Clearstream a jeté une lumière trouble sur ses motivations exactes et le but qu'il a poursuivi". Le parquet s'interrogeait ainsi sur le secret qu'il avait maintenu autour de l'enquête confiée en début d'année au général Philippe Rondot, témoin-clé du dossier, alors qu'il n'était pas placé sous son autorité et sur sa "proximité avec l'acteur principal de la dénonciation calomnieuse Jean-Louis Gergorin". Le parquet évoquait également l'intervention qu'il aurait effectuée, selon Jean-Louis Gergorin et le général Rondot, en mars 2004 en faveur d'Imad Lahoud, falsificateur présumé des listings, alors qu'il était en garde à vue. Or Dominique de Villepin et Imad Lahoud ont toujours affirmé ne pas se connaître.
Faute de preuve dans un dossier qui avait bénéficié de moyens d'investigation humains et financiers extraordinaires, le parquet avait alors la possibilité de requérir le non-lieu pour l'ancien Premier ministre. Mais s'appuyant sur ces éléments troublants et invoquant "une meilleure manifestation de la vérité", il avait requis la poursuite de l'enquête sur son rôle, demandant aux magistrats de se pencher sur la connaissance qu'il pouvait avoir d'Imad Lahoud et du fonctionnement de Clearstream dès 2001, bien avant le déclenchement de cette affaire.
"Position incohérente du parquet"
C'est donc à l'issue de ce complément d'enquête, qui s'est traduit par une nouvelle audition d'une demi-heure de Dominique de Villepin, que le parquet a modifié sa position, estimant que l'ancien Premier ministre avait eu connaissance du caractère fallacieux des listings bancaires adressés à la justice entre mai et octobre 2004 par Jean-Louis Gergorin. Dans son réquisitoire définitif, le parquet considère qu'il existe également des charges suffisantes contre l'informaticien Imad Lahoud, Jean-Louis Gergorin, qui a reconnu être le corbeau ayant adressé les faux listings à la justice, l'ancien auditeur du cabinet Arthur-Andersen, Florian Bourges, et le journaliste Denis Robert, soupçonnés d'avoir été en possession des listings à l'origine des falsifications.
Un des avocats de Dominique de Villepin, Me Olivier d'Antin, a déploré mardi la "position surprenante, voire incohérente" du parquet de Paris. "Il y a trois mois, le parquet estimait que les éléments recueillis au cours de l'enquête ne justifiaient pas de procès pour Dominique de Villepin, trois mois plus tard, les mêmes magistrats du parquet ont changé d'avis", a-t-il déploré, regrettant que le parquet ait "soufflé le chaud et le froid". Selon l'avocat de l'ancien Premier ministre, "la justice a mobilisé tellement de temps et d'argent qu'il était difficile d'imaginer un procès sans M. de Villepin".
Il revient maintenant aux juges, qui ne sont pas tenus par les réquisitions du parquet, de renvoyer ou non devant le tribunal Dominique de Villepin et les quatre autres mis en examen du dossier.
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