Antonio Ferrara © TF1/LCIIl n'y a pas grand chose qu'il semble prendre au sérieux, sauf ce sujet là : ses conditions de détention. Pourtant Antonio Ferrara n'y fait que quelques allusions depuis l'ouverture de ce procès. Visiblement pas parce qu'il ne veut pas mais parce qu'assure-t-il, il « n'arrive pas à en parler » et préfère donc laisser à d'autres le soin de le faire.
La présidente de la cour d'assises a décidé mercredi de lire aux jurés un document émis par l'administration pénitentiaire, le détail des mesures de sécurité déployées autour de Ferrara à la prison de Fleury-Mérogis.« Il est placé seul dans une aile de détention qui lui est particulièrement dédiée. Il entame sa sixième année d'isolement. 22 agents et 6 premiers surveillants lui sont exclusivement dédiés 24 heures sur 24 ». Les jurés apprennent ensuite qu'il n'a pas le droit de travailler. Seul loisir : le sport, toujours à l'écart, sur un tapis de course et un rameur venu remplacer le vélo dont il s'était lassé.
Les semaines sont rythmées par quelques parloirs. Cinq autorisations : son père, sa mère, sa sœur, l'un de ses frères et sa petite amie. De ce côté là, Antonio Ferrara souligne un léger progrès : depuis 15 jours l'hygiaphone a été supprimé « seulement pour les femmes », précise t-il. Maintenant, il peut au moins les toucher. Autre évolution : une fois par semaine, sa cour de promenade, d'habitude couverte, laisse entrevoir le ciel. Puisqu'il n'en dit pas plus, sa défense décide d'appeler à la barre le président de l'Observatoire National des Prisons.
Ferrara, "cobaye de l'administration pénitentiaire"
Gabriel Mouesca a lui même passé plus de 15 années derrière les barreaux dont plusieurs à l'isolement. Lui aussi s'est évadé. Devant la cour, il s'offre une tribune très politique. Discutable peut-être mais personne ne le reprend, sauf la présidente visiblement agacée par ce qu'elle appelle cette «harangue». Lui revendique le fait de venir réclamer pour Antonio Ferrara le respect de la loi. La fin de ce régime de détention « unique en France », « attentatoire à la dignité humaine ». Ferrara, dit-il, « c'est un cobaye de l'administration pénitentiaire ». Une « expérimentation » qui coûterait, selon lui, 300 000 euros par an. Pour un résultat qu'il prédit désastreux : « nous sommes en train de fabriquer des bombes humaines », assure Gabriel Mouesca. Cet isolement loin d'éteindre l'envie de s'évader ne ferait au contraire que l'attiser. Sans parler des conséquences psychologiques.
Difficiles pourtant à percevoir chez un Antonio Ferrara qui à l'audience plaisante, provoque, et maîtrise surtout parfaitement ce qu'il distille ou non à la cour. Veut-il d'ailleurs voir un expert ? Réponse de l'intéressé : « vous prenez un homme, vous l'isolez totalement pendant 5 longues années, il peut avoir des problèmes. Est-ce que je les ai, je ne sais pas ». Pas du genre à se plaindre, le détenu le plus surveillé de France, ne souligne que les séquelles physiques, eczéma, migraines, psoriasis ... Et rappelle : « depuis 5 ans, le soleil n'a pas touché ma peau ». A part ça, pour le moment, il dit se sentir plutôt « bien au procès ».
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