Manifestation de magistrats contre la politique et les méthodes de Rachida Dati (23 octobre 2008) © TF1/LCILes magistrats, soutenus par l'ensemble des professions judiciaires, se sont fortement mobilisés jeudi, dans toute la France, pour dire leur refus de la politique "tout sécuritaire" de la garde des Sceaux Rachida Dati, également accusée d'attenter à leur "indépendance". A Paris, Lyon, Dijon, Toulouse, Lille, Nantes, Rennes, Marseille, Grenoble ou Metz... dans tous les tribunaux, les juges ont fait entendre leur mécontentement : rassemblement sur les marches, lecture de motions avant l'ouverture des débats, retard, voire renvoi d'audiences comme à Albi.
Dans une rare unanimité, les avocats, mais aussi les représentants des éducateurs judiciaires, des surveillants de prison ou des greffiers avaient apporté leur soutien à cette journée. A l'appel des trois principaux syndicats, l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) et FO-magistrats, le mouvement a été dirigé autant contre la politique que l'attitude de la garde des Sceaux. Rachida Dati "fragilise, par de constantes pressions, l'autorité judiciaire, dont l'indépendance est l'un des pivots de la démocratie", dénonçait la motion commune, l'accusant d'avoir une "attitude irresponsable" avec "la recherche systématique de boucs émissaires".
Les raisons de la colère
La colère des juges a été attisée ces dernières semaines par plusieurs initiatives de la garde des Sceaux, comme la convocation de procureurs pour leurs statistiques jugées décevantes sur les peines plancher, ou l'audition en pleine nuit à Metz de magistrats à propos du suicide d'un mineur en prison. Pour Christophe Régnard, président de l'USM, Rachida Dati affiche "un bilan très négatif, le plus mauvais de tous les gardes des Sceaux depuis très longtemps".
A Paris, une délégation a été reçue par le Premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda, et le procureur général de cette instance, Jean-Louis Nadal. Ils ont promis de se faire "les relais" des inquiétudes des juges auprès du président Sarkozy, également président du Conseil supérieur de la magistrature. En même temps, cette autorité suprême de la profession décidait d'enquêter sur l'éventualité de "pressions qui porteraient atteinte à l'indépendance de la justice", lors des auditions des magistrats après le suicide d'un adolescent le 6 octobre à la prison de Metz-Queuleu. De quoi répondre aux attentes des magistrats de Créteil qui ont demandé au CSM de "prendre enfin une position face aux attaques répétées de la garde des Sceaux".
"Une campagne sans précédent"
"Jamais aucun ministre n'avait réussi à cristalliser un tel mécontentement", lançait Clarisse Taron, déléguée SM et vice-procureur à la cour d'appel de Metz, tandis qu'à Lyon, le président du TGI Pierre Garbit assurait que les magistrats se sentaient "traités comme des boucs émissaires". "Désormais notre seule chance de rencontrer notre ministre, c'est lors de convocations dans un cadre disciplinaire", ironisait Virginie Valton, vice-présidente à Arras. A Lille, les magistrats ont reçu le soutien de la maire socialiste Martine Aubry qui a dénoncé "la mise en accusation permanente des juges".
Rachida Dati devait recevoir vendredi soir l'USM et le SM au sujet de ce qu'elle a qualifié mercredi "d'états d'âme" des juges. Prenant sa défense, le député UMP parisien Philippe Goujon dénoncé ce mouvement "excessif" de juges qui "sont en train de contester les lois qu'ils ont pour mission d'appliquer". Son collègue NC de Loire-Atlantique, Michel Hunault, dénonçait de son côté "une campagne sans précédent orchestrée contre la personne même de Rachida Dati".
D'après agence
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