© AFPLe trader de la Caisse d'épargne, soupçonné d'être à l'origine de la perte de 751 millions d'euros subie par la banque, a été mis en examen jeudi pour "abus de confiance", un chef passible de trois ans d'emprisonnement et de 375.000 euros d'amende, et placé sous contrôle judiciaire. Boris Picano-Nacci, 33 ans, est soupçonné d'avoir outrepassé son mandat en prenant des positions hors normes sur les marchés qui ont conduit à des pertes de 751 millions d'euros entre le 15 septembre et la mi-octobre. Le jeune homme avait été placé en garde à vue mercredi à la Brigade financière. Un rapport interne d'inspection, publié par la presse mercredi, l'accablait... mais il se révélait aussi sévère envers la direction des Caisses d'épargne pour la gestion de ce dossier.
L'Ecureuil épinglé pour "Doubl'ô"
Selon la Direction des Fraudes, les Caisses d'Epargne se sont rendues coupables de "publicité trompeuse" en vantant les mérites de ce produit de placement qui promettait un doublement du capital investi en six ans.
Publié le 06/07/2010
La Caisse nationale des caisses d'épargne et de prévoyance avait annoncé le 17 octobre cette perte, qualifiée alors "d'incident de marché" et chiffrée à 600 millions d'euros, un chiffre revu ensuite à la hausse. Plusieurs personnes, dont le trader, ont déjà été sanctionnées sur le plan administratif par la CNCE, qui a engagé des procédures de licenciement. L'enquête interne a montré que la société avait décidé en avril l'arrêt d'une pratique à risque - l'engagement de fonds propres de la banque sur les marchés financiers -, décision notifiée le 8 août à la Banque de France.
L'ombre de l'affaire Kerviel
Les enquêteurs de L'Ecureuil assurent que c'est de sa propre initiative que le trader a enfreint l'interdiction en misant en septembre sur le marché des "dérivés action", continuant en octobre malgré plusieurs alertes. Déjouant sans problème les contrôles, le trader, interrogé en octobre, aurait poursuivi ses engagements pour compenser de premières pertes tout en mentant à sa hiérarchie, toujours selon le rapport interne. Après une évaluation des pertes à 120 millions d'euros le 13 octobre, la direction aurait hésité avant de liquider les positions à risque, attendant jusqu'au 17 octobre, ce qui sur fond de "krach" a augmenté l'addition à 751 millions d'euros.
L'affaire, qui a suscité la colère publique de l'Elysée et de Bercy, a entraîné la démission de trois des principaux dirigeants de la banque, dont son président Charles Milhaud, son directeur général Nicolas Mérindol et Julien Carmona, chargé des finances et des risques. Charles Milhaud s'est vu refuser les indemnités de départ qu'il demandait, mais Nicolas Mérindol devait reprendre un autre poste important dans le groupe, peut-être à la tête du Crédit foncier tandis que Julien Carmona retrouverait aussi un autre poste dans la direction.
L'enquête pénale rappelle celle visant le trader de la Société générale Jérôme Kerviel, tenu pour responsable d'une perte de 4,9 milliards d'euros en janvier. Mis en examen pour "abus de confiance, faux" et intrusion informatique, il réplique que cette pratique d'engagements à risque était tolérée par sa hiérarchie.
D'après agence
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