Rachida Dati tente de calmer le jeu

le 25 octobre 2008 à 22h16 , mis à jour le 25 octobre 2008 à 22h21

Très contestée par les magistrats qui se sont fortement mobilisés contre elle cette semaine, la ministre de la Justice s'explique dans les colonnes du Journal du Dimanche.

TF1-LCI : Rassemblement de magistrats devant le palais de Justice de Paris, le 11 juin 2007Rassemblement de magistrats devant le palais de Justice de Paris, le 11 juin 2007 © TF1-LCI

Au terme d'une semaine marquée par une journée de forte mobilisation des magistrats contre sa politique, Rachida Dati essaie de faire baisser la tension dans un entretien au Journal du Dimanche. Jeudi, à l'appel des deux principaux syndicats de magistrats, des centaines d'avocats, juges, greffiers et gardiens de prison ont manifesté dans toute la France dénonçant la "politique du coup d'éclat permanent" de la ministre de la Justice. Leurs représentants ont été reçus vendredi soir par Rachida Dati au ministère. Ils sont sortis du rendez-vous deux heures plus tard en déplorant un "dialogue de sourds". Pourtant, à la question de savoir si elle "aime" les juges, la ministre répond dans le Journal du Dimanche : "Je leur fais confiance et je les respecte", rappelant qu'elle-même a choisi d'être magistrate. Quand on lui oppose que les juges "ne (l') aiment pas", elle répond : "Je ne suis pas d'accord".

Quant aux menaces qu'elle ferait peser sur l'indépendance des juges, elle répond que "l'indépendance de la justice est un principe fondamental. Je le dis et je le redis aux Français : cette indépendance est une garantie pour eux. (...) Le ministre de la Justice peut donner des instructions aux procureurs (...) Mais les juges du siège, qui rendent les décisions, sont indépendants dans leurs jugements. Cela fonde notre Etat de droit".

"Aucun dysfonctionnement n'est acceptable"

Elle dit aussi "assumer une politique pénale plus ferme qu'auparavant" et déclare vouloir "tout faire pour que les Français aiment leur justice et aient confiance dans leurs magistrats". Interrogée sur la polémique autour de la remise en liberté par erreur d'un présumé violeur récidiviste, elle tape du poing sur la table : "Aucun dysfonctionnement (de la justice) n'est acceptable", affirme-t-elle, soulignant que "la justice est là pour sanctionner les délinquants et garantir la même sécurité à tous les citoyens". Ce qui affaiblit la justice, "c'est le déni ou l'absence d'explications. Quand il y a un problème il faut le dire, expliquer et réparer, prendre ses responsabilités", ajoute-t-elle.

Pour la garde des Sceaux, le mouvement de grogne chez les magistrats est lié à l'ampleur des réformes engagées par le ministère de la Justice depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. "Si on ne veut pas avoir de manifestation, c'est simple, il suffit de ne rien faire", explique-t-elle. Les magistrats "savent s'adapter, ils le montrent tous les jours. Les réformes sont votées, elles se mettent en place", poursuit-elle rappelant la mise en place de la nouvelle carte judiciaire ou la réduction des délais de jugement.

En pleine fronde des magistrats, Nicolas Sarkozy doit recevoir lundi les représentants du syndicat majoritaire, l'Union syndicale des magistrats, ce qui provoque la colère du Syndicat de la magistrature, plutôt classé à gauche. Un désaveu présidentiel pour Rachida Dati ? Elle le dément dans le JDD : "Qu'y a-t-il d'anormal à ce que le président de la République reçoive le premier syndicat de magistrats? Nicolas Sarkozy s'implique fortement dans toutes les réformes menées par le gouvernement. A ma connaissance, on ne dit jamais qu'un ministre est affaibli quand le Président reçoit les représentants des enseignants, des salariés, des entreprises, des étudiants".

D'après agences

Libération par erreur : la requête examinée le 31 octobre

La requête déposée par le parquet général visant à rectifier l'erreur à l'origine de la libération d'un violeur présumé sera examinée le 31 octobre par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. La décision de la chambre de l'instruction peut être rendue dans la foulée ou mise en délibéré. Elle a été engagée vendredi "en exécution des instructions reçues" de la garde des Sceaux peu après une intervention de Nicolas Sarkozy qui a affirmé n'avoir pas "l'intention qu'on laisse libérer un violeur récidiviste simplement parce que quelqu'un a fait une erreur matérielle".

le 25 octobre 2008 à 22:16
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