Un procès d'assises sur fond d'affaire Ranucci

le 15 octobre 2008 à 06h00 , mis à jour le 14 octobre 2008 à 18h24

Le frère de Marie-Dolores Rambla, fillette tuée en 1974 et dont le meurtre a abouti à l'exécution de Christian Ranucci, comparaît aux assises des Bouches-du-Rhône pour meurtre.

assises cour justice

Le 12 février 2005, la compagne de Jean-Baptiste Rambla, Patricia Aymar, découvrait dans un cabanon du jardin de son domicile à Marseille un sac de voyage contenant les restes d'un cadavre en décomposition. Immédiatement arrêté, Jean-Baptiste Rambla avouait avoir étranglé Corinne Beidl, disparue depuis le 20 juillet 2004, qui, avec son compagnon Christian Chalançon, l'avait fait travailler en tant que régisseur adjoint ou serveur dans leur entreprise spécialisée dans la restauration sur les plateaux de tournage.
  
Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, Jean-Baptiste Rambla qui avait, selon ses dires, eu une relation amoureuse avec la victime, s'en était pris à elle car elle aurait voulu lui faire du chantage, le menaçant de perdre son emploi à défaut de relations sexuelles. Pour la défense de Jean-Baptiste Rambla, son crime ne peut s'expliquer sans évoquer un contexte dévastateur qui, depuis plus de trente ans, hante l'accusé.
  
Aujourd'hui âgé de 41 ans, Jean-Baptiste Rambla est en effet le petit frère de Marie-Dolores Rambla, enlevée le 3 juin 1974 à l'âge de 8 ans, alors qu'elle jouait avec d'autres enfants devant leur immeuble à Marseille, et découverte assassinée le lendemain. Le 28 juillet 1976, Christian Ranucci, 22 ans, condamné à mort, a été exécuté à la prison marseillaise des Baumettes pour ce crime. Mais l'affaire est loin de s'être arrêtée là, l'écrivain Gilles Perrault publiant deux ans plus  tard "Le pull-over rouge", un livre qui reprenait l'enquête pour tenter de démontrer que, truffée de lacunes et d'inexactitudes, elle avait envoyé un innocent à la guillotine.
 
"Quand on a vécu ce qu'il a vécu, on ne peut pas fonctionner normalement" 

Depuis plus de trente ans, les tenants de l'erreur judiciaire cherchent à faire réviser l'affaire. "Jean-Baptiste avait six ans quand sa soeur a été enlevée et les flous de son témoignage de l'époque ont été utilisés par tous ceux qui voulaient voir réviser le dossier", explique Me Jean-Michel Pesenti, son avocat. Le dossier de l'affaire Ranucci a été joint à cette procédure. Pour son conseil, M. Rambla a grandi avec une double culpabilité, celle de  n'avoir pas pu sauver sa soeur et celle d'avoir pu involontairement alimenter une polémique qui a continué, pendant tant d'années, à faire souffrir sa  famille.
  
"Quand on a vécu ce qu'il a vécu, on ne peut pas fonctionner normalement",  soutient Me Pesenti qui compte, en essayant de le démontrer, obtenir un minimum de clémence de la cour d'assises. Mais pour Christian Chalançon, l'une des partie civiles, pas question de s'engager sur ce chemin. "Notre client (M. Chalançon) vit un drame, il a dû  subir six mois de silence et de questions pour ensuite découvrir que Jean-Baptiste Rambla qu'il avait aidé en le faisant travailler, était l'auteur de ce crime", explique Me Fabien Perez qui, avec Me Michel Pezet, défend les  intérêts de M. Chalançon. "M. Rambla dit que pendant l'affaire Ranucci, on lui a enlevé son statut de  victime; en raison du battage médiatique autour de cette affaire, c'est  exactement ce qu'est en train de vivre M. Chalançon", ajoute Me Perez. Pour ce dernier, le meurtre de Mme Beidl est avant tout un crime crapuleux. Le verdict est attendu vendredi.

le 15 octobre 2008 à 06:00
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