Image d'archive © TF1/LCINon, les propos de Robert Riblet, qui a estimé à plusieurs reprises que la Française des Jeux était responsable d'une "tricherie organisée", ne sont pas diffamatoires. C'est ce qu'a estimé mercredi la 17e chambre correctionnelle de Paris, déboutant ainsi la Française des Jeux. L'entreprise attaquait en diffamation cet ingénieur à la retraite connu pour avoir dénoncé l'intégrité des jeux de grattage en France. En février 2006, le sexagénaire avait déclaré sur Europe 1 ainsi que dans des entretiens au Journal du Dimanche et à 20 Minutes, que les joueurs étaient "victimes de discriminations", certains d'entre eux "grattant parfois sans avoir aucune chance de gagner". La 17e chambre a estimé que le propos, "pour vif qu'il soit, ne dépasse pas les limites admissibles de la liberté d'expression dans une telle controverse".
Par ailleurs, la 17e chambre a estimé que l'ensemble des éléments de preuve apportés par Robert Riblet "conférait un assez large crédit aux faits objectifs" qu'il avait relevés. Selon l'ingénieur à la retraite, dans chaque carnet de tickets de jeux de grattage, qui ont une valeur totale de 150 euros, il y a un tiers de petits lots (de 1 à 10 euros) afin de maintenir l'addiction des joueurs, les deux tiers restants étant perdants. Et quand sort un lot "significatif", supérieur à 20 euros, il n'y en a qu'un seul, ce qui signifie que les joueurs qui acquerront un billet dans la fin du carnet n'ont plus aucune chance de gagner un gros lot. Toujours selon Robert Riblet, certains buralistes et accrocs du jeu, au courant de la faille, augmentent ainsi leurs chances de gagner en ne piochant plus dans les livrets ayant déjà fourni le précieux ticket. "Cela permet des manipulations du hasard" et entraîne "une rupture de l'égalité entre les joueurs", avait dénoncé à l'audience en octobre dernier son avocat, Me Dominique Mathonnet.
"Sinon les joueurs ne joueront plus !"
Un sérieux qu'est venu confirmer à la barre Gilles Delbos, ancien journaliste à Capital, auteur avec Robert Riblet d'un livre sur le sujet (100% des perdants ont tenté leur chance, Seuil). Le journaliste a raconté comment il avait, avec Robert Riblet, fait la tournée des bars-tabac, armé d'une caméra cachée. Dix buralistes sur douze lui avaient alors confirmé avoir remarqué la chose. "Mais, on ne va pas le dire aux clients, sinon ils ne joueront plus !", aurait répondu l'un d'entre eux.
Déplorant qu'il soit reproché à la Française des Jeux "de tricher, c'est-à-dire de ne pas respecter les règles" de manière "délibérée", son avocat, Me Thierry Herzog, a vigoureusement contesté le sérieux de la démonstration, "qu'un simple calcul mathématique vient contredire". D'autant, selon lui, que "le hasard total ne peut par nature exister pour des jeux de grattage puisqu'il est, par principe, affecté par la présence même d'un tableau de lots". Si la démonstration n'est pas sérieuse, l'affaire, elle, l'est un peu : une instruction est toujours en cours à Nanterre pour "escroquerie et abus de confiance", suite à une plainte du retraité.
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