Un procès sans accusé ni avocats ?

le 07 novembre 2008 à 15h57 , mis à jour le 07 novembre 2008 à 16h23

"C'est une situation inédite" a reconnu vendredi la présidente de la cour d'assises de Paris en annonçant que le procès du roi de l'évasion se poursuivrait sans lui et ses avocats.

Antonio FerraraAntonio Ferrara © TF1-LCI

"Je reconnais que c'est une situation inédite (...) Oui nous sommes en 2008, dans une démocratie, mais les débats doivent se poursuivre parce que la cour en a décidé ainsi", a répondu Janine Drai, la présidente  de la cour d'assises qui juge le braqueur Antonio Ferrara à Paris, à un avocat qui l'interrogeait peu après le départ du procès du principal accusé et de deux de ses 20 coaccusés. "Dites nous clairement comment une audience criminelle (un procès d'assises, ndlr), pour la première fois dans ce pays, peut se poursuivre sans défenseur", outre l'absence des accusés eux-mêmes, lui demandait Me Patrick Maisonneuve, un des avocats de la défense.
  
Le braqueur multirécidiviste "Nino" Ferrara et ses complices présumés dans l'évasion de Fresnes, Hamid Hakkar et Dominique Battini, ont en effet quitté l'audience en ayant au préalable récusé tous leurs avocats. Une menace brandie dès mercredi et qu'ils ont mise à exécution vendredi en début d'après-midi. Menace qui faisait suite aux incidents survenus entre gendarmes et accusés dans le box (lire notre article). "Je ne tiens plus (...) je serai jugé en mon absence", a déclaré ce matin Ferrara peu avant la suspension de mi-journée. Le braqueur italien a demandé à "rester dans sa geôle à Fleury" après s'être désigné comme "le coupable de ce qui s'est passé mardi".
 
Les avocats de Ferrara, Hakkar et Battini étaient absents à l'audience dès vendredi matin. Ils ont refusé d'être "commis d'office" par la présidente, en estimant qu'il leur était impossible de défendre un client ayant décidé de les récuser. Pour la présidente, ils avaient malgré tout "l'obligation de rester, même en se taisant, dans cette audience". La décision de leur départ "n'est pas le fait de la cour", a dit Janine Drai.

"Ce n'est pas un événement mineur"

En marge de l'audience, Me Maisonneuve a ensuite indiqué à des journalistes qu'il allait saisir le bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris, Christian Charrière-Bournazel, déjà venu trois fois au procès depuis son ouverture le 2 octobre. "On ne peut pas faire comme s'il s'agissait d'un événement mineur. C'est une  grande première, une situation totalement inédite... même aux pires périodes de  notre histoire judiciaire", a ajouté Me Maisonneuve. "Si le bâtonnier et le Conseil de l'Ordre n'adressent pas une position  forte, c'est la porte ouverte pour accepter une situation où l'accusé sera jugé  sans avocat", a renchéri Me Joseph Cohen-Sabban.
  
Le procès de la spectaculaire évasion de Fresnes le 12 mars 2003, avec armes automatiques et explosifs, est au bord de l'implosion depuis une bousculade générale survenue dans le box mardi peu avant 18 heures après qu'un gendarme eut intercepté un mot que Ferrara transmettait à l'un de ses conseils. La défense a déposé des demandes de renvoi successives, dénonçant une  audience "inéquitable" ne laissant pas suffisamment la parole aux accusés et  risquant d'influencer négativement les jurés.

le 07 novembre 2008 à 15:57
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