Le père de Julien Coupat, mis en examen après des sabotages sur les rails SNCF © TF1/LCILa décision est tombée vendredi : Julien Coupat, le principal suspect de l'affaire des sabotages de lignes TGV début novembre en France, entamera l'année 2009 en prison. Ainsi en a décidé la Cour d'appel de Paris. La chambre de l'instruction a en effet infirmé l'ordonnance de mise en liberté rendue le 19 décembre dernier. Une décision qui ne clôt pourtant pas la polémique, au contraire. "Une fois de plus, les principes élémentaires du droit pénal ne sont pas respectés", a déploré l'avocate de Julien Coupat, Irène Terrel. Elle a souligné que la détention provisoire devrait avoir "théoriquement un caractère exceptionnel" puisque "toute personne est présumée innocente dès lors qu'elle n'a pas été définitivement jugée".
Les soutiens des mis en examen estiment que les poursuites, appuyées publiquement par la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie, sont politiques. Ces soutiens remettent également en cause la qualification terroriste. Pour sa part, le père du jeune homme crie son désespoir et dénonce des conditions de détention volontairement humiliantes, pour le principal accusé des actes de sabotage comme pour sa compagne.
"Le parquet n'a cessé de faire obstruction"
"Ils veulent casser Julien et Yldune. Ce matin, entre le moment où Julien est sorti de prison et le moment où il est rentré au tribunal, il a été déshabillé plusieurs fois. A chaque fois on le met complètement nu. Le but c'est de l'humilier", a déclaré Gérard Coupat vendredi sur France info. Cette image insupportable de son fils "nu devant des policiers hilares" est selon lui une arme politique : il estime "qu'on veut se servir de ces deux jeunes pour intimider la jeunesse dans son ensemble en la dissuadant de manifester au risque de subir le même sort. Tout cela n'annonce rien de bon et risque de contenir en germe des choses plutôt violentes comme on l'a déjà vu ailleurs". Et il est persuadé qu'on a "affaire depuis le début à une volonté du pouvoir et du ministère de l'Intérieur visant à instrumentaliser la justice à des fins politiques". Il en veut pour preuve le fait "qu'alors qu'un juge indépendant avait demandé la libération de Julien, le parquet n'a cessé de faire obstruction, misant sur la loi du plus fort. Ça dure et ca durera" tant que le ministère de l'Intérieur "en aura décidé ainsi".
Sans aller aussi loin, la gauche s'interroge. La décision de justice de maintenir en détention Julien Coupat, incarcéré depuis la mi-novembre, est ainsi "difficile à comprendre" pour le Parti socialiste, où l'on craint que les "leçons d'Outreau" n'aient pas été retenues. André Vallini, secrétaire national du PS chargé de la Justice, qui présida la commission d'enquête sur l'affaire d'Outreau, souligne qu'il "existe en effet des possibilités de contrôle judiciaire très strict allant jusqu'à l'assignation à résidence, de même qu'il y a des possibilités d'empêcher toute concertation entre les protagonistes présumés et qu'il n'est pas difficile de s'assurer des garanties de représentation d'une personne mise en examen".
L'Union Syndicale des Magistrats défend la Cour d'appel
Il est vrai que sur les cinq femmes et quatre hommes, âgés de 22 à 34 ans et soupçonnés d'appartenir à un groupuscule d'activistes, mis en examen dans ce dossier notamment pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste", trois ont été remis en liberté le 2 décembre par la chambre de l'instruction, contre l'avis du parquet. Seuls Julien Coupat et sa compagne restent incarcérés à ce jour. Le jeune homme nie toute responsabilité dans les faits qui lui sont reprochés. Mais les enquêteurs estiment avoir des éléments sérieux. Selon l'accusation, le 7 novembre au soir, Julien Coupat et Yldune Lévy, qui étaient surveillés par la police depuis plusieurs semaines, avaient été localisés entre 23h40 et 4 heures près du réseau TGV-Est, où la ligne a été endommagée une heure plus tard par le passage d'un train sur la caténaire piégée.
Outre ces éléments avancés par l'accusation, des magistrats s'insurgent contre la remise en cause d'une décision de justice. C'est notamment le cas de Laurent Bedouet, secrétaire général de l'Union Syndicale des Magistrats. Il a fait état samedi de son malaise devant cette polémique, fustigeant l'attitude à ses yeux inadmissible de l'avocate de Julien Coupat, et soulignant : "Les magistrats de la cour d'appel sont aussi compétents que le juge des libertés. Pourquoi voudrait-on que le juge des libertés ait raison, simplement parce qu'il avait prononcé une décision favorable au détenu ? Et si demain, l'affaire arrive devant la Cour de cassation et qu'elle rend aussi une décision défavorable, ira-t-on aussi contester la décision de la Cour de cassation ?"
Avec agences
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