"Incarcérer des enfants à 12 ans est un échec"

Par Fatoumata BAKILY, le 05 décembre 2008 à 12h50 , mis à jour le 05 décembre 2008 à 17h47

Sonia Imloul est chargée de mission à la Délégation interministérielle à la ville (la DIV). Habitante de la Seine-Saint-Denis, elle a créée en 2004, une association pour venir en aide aux enfants en difficultés, Respect 93. Femme engagée, Sonia Imloul, milite pour une politique de prévention de la délinquance

Sonia Imloul DIVSonia Imloul, chargée de mission à la Délégation Interministérielle à la Ville © Philippe Matsas

Sonia Imloul est chargée de mission à la Délégation interministérielle à la ville (la DIV). Habitante de la Seine-Saint-Denis, elle a créée en 2004, une association pour venir en aide aux enfants en difficulté,  Respect 93. Femme engagée, Sonia Imloul milite pour une politique de prévention de la délinquance. Elle juge que le rapport Varinard, contenant 70 propositions de réforme de la justice des mineurs, remis mercredi à la ministre de la Justice, Rachida Dati, est un constat d'échec. Ce rapport contient une proposition visant à incarcérer les mineurs de 12 ans. Une mesure approuvée par la ministre de la Justice mais contestée vendredi par François Fillon qui s'y est dit "totalement hostile".


LCI.fr : La ministre de la Justice, Rachida Dati, a affirmé que la sanction pénale dès 12 ans "relève du bon sens". Etes-vous d'accord avec elle ?
 
Sonia Imloul : Il me semble que la France est le pays des droits de l'homme et des droits de l'enfant. Comment peut-elle laisser entendre qu'à 12 ans, c'est foutu ? Pourquoi ne pas intervenir à la source des problèmes, quand les enfants sont en difficultés graves, à l'école, dans la famille. Ce qu'il faut, c'est de la prévention. C'est grave qu'on arrive uniquement à intervenir lorsque c'est la machine judiciaire qui s'en mêle. Il est déjà trop tard.

"Il y a une crise
internationale,
financière et
aussi familiale"

Sonia Imloul

LCI.fr : Incarcérer un enfant à 12 ans, comme le propose le rapport Varinard, c'est considérer les enfants comme des adultes ?
 
S.I : Enfermer un jeune de 12 ans, c'est faire preuve de déterminisme. A 12 ans, on est encore un enfant. La prison va faire de ces mômes des caïds. Est-ce que les établissements pénitentiaires pour mineurs fonctionnent ? Non. Cette réforme est un constat d'échec, elle me paraît insensée. Je suis choquée de constater que les hommes politiques ferment les yeux sur la situation de détresse de ces enfants. 

LCI.fr : Alors pour vous les mineurs délinquants sont des enfants en difficulté familiales et scolaires?
 
S.I : J'ai rencontré une maman qui me disait qu'elle avait emmené son fils au commissariat pour qu'on puisse s'occuper de lui. Elle ne savait plus quoi faire avec son enfant. Doit-on en arriver là ? Hier encore, une autre maman est venue me voir pour me parler du cas d'un enfant en primaire, il ne sait ni lire ni écrire. Que va-t-il advenir de lui ? C'est dans ce type de situation qu'il faut intervenir. Or Il n' y a pas de structure, aujourd'hui, en France pour aider ces familles. Depuis quatre ans, je prône d'orienter la politique familiale en direction de ces personnes. Concrètement, je propose d'aider les parents à retrouver leur rôle et de créer,  par exemple, un bureau des familles au sein même des écoles.
 
LCI.fr : Quel est le profil de ces enfants violents ?
 
S.I : Souvent ce sont des enfants issus de familles monoparentales où l'absence du père pèse. Il y a aussi des parents submergés par leurs problèmes qui se renferment sur eux mêmes. D'autres, encore, travaillent toujours plus pour mettre du beurre dans les épinards et les enfants se retrouvent livrés à eux même. Il y a une crise internationale, une crise financière et aussi, une crise familiale. Et malheureusement, ce sont les familles les plus pauvres, les plus durement touchées.
 
LCI.fr : Dans votre livre vous écrivez que "les signes de la souffrance et de la violence qui présideront plus tard à la délinquance sont visibles dès l'âge de trois ans". Vous êtes donc d'accord avec le député Frédéric Lefebvre qui préconise un dépistage des enfants dès 3 ans ?
 
S.I : Ce que j'ai voulu dire c'est qu'il est possible, à travers le comportement d'un enfant de trois ans, de repérer des situations familiales difficiles. Bien évidemment, je ne peux pas être contre le fait d'intervenir au plus tôt. Par contre, ces termes, dépistage, repérage, me choquent beaucoup, on parle d'enfants, de nos enfants. Ces mots créent la polémique et parasitent le débat. Il faut dépolitiser le sujet et cesser de se renvoyer des idéaux de gauche ou de droite car, en attendant, les premières victimes sont les familles. 
 

"J'aimerais que
Nicolas Sarkozy
vienne constater
la souffrance
des familles"
Sonia Imloul

LCI.fr : La violence des mineurs est-elle spécifique aux banlieues ?
 
S.I : Non, ce n'est pas un phénomène endémique aux banlieues. J'ai eu l'occasion de traverser la France pour écrire mon livre et je peux vous dire que c'est un phénomène qui touche tout l'Hexagone. On arrive depuis cinq ou six ans à des situations préoccupantes avec une intensification des actes de violence commis par des enfants de plus en plus jeunes. Est-ce qu'il faut attendre que deux enfants de 6, 7 ou 8 ans s'entretuent pour agir? Est-ce qu'il faut attendre qu'il y ait un mort ? C'est ce qui va se passer pour que les politiques réagissent et prennent enfin des mesures concrètes.
 
LCI.fr : Vous avez envoyé votre livre au président de la République, vous a-t-il répondu ?
 
S.I : Nicolas Sarkozy est le président de tous les Français mais aussi de tous les enfants de France. Il lui revient d'impulser une volonté politique et de faire bouger les lignes. Compte tenu de l'urgence de la situation, il est temps qu'il prenne des mesures, lui seul a le pragmatisme pour le faire. J'aimerais qu'il vienne voir dans quel état sont les enfants, qu'il vienne constater l'état de ces familles impuissantes face à leur propre souffrance et à celle de leurs enfants.
 
LCI.fr : Vous avez écrit que vous auriez pu être une "enfant bandit" et que le directeur de votre collège avait dit à votre maman que vous finiriez sur le trottoir. Quand est-il aujourd'hui ?
 
S.I : J'ai effectivement fini sur les trottoirs mais pas sur ceux qui m'étaient prédestinés. J'ai fini sur les trottoirs entre le Conseil économique et social, l'Elysée et Matignon. Plus sérieusement, j'ai eu la chance de faire des études. Je suis une maman, je vis en cité et je souhaite à mes enfants et à tous les enfants de la République, de ne pas finir au coin de la rue. La seule solution pour leur éviter la violence, c'est de les instruire.
 
*Enfants Bandits ? la violence des 3-13 ans dans les banlieues, Editions du Panama, 2008, 158 pages.

Par Fatoumata BAKILY le 05 décembre 2008 à 12:50
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12 Commentaires

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  • MIKE, le 07/12/2008 à 18h44

    C'est en premier l'échec des parents qui reportent l'autorité sur l'enseignement, et si un instituteur touche à un enfant c'est la ruée des parents laxistes et l'accusation tout azimuts. Meme si il est vrai que pendant des années l'enseignement n'a rien fait pour ces jeunes , qui de toute facons ne réussiront pas des études tres poussées, les élèves passent de classe en classe , à l'ancienneté et non pas au mérite, curieux comme système

  • Dude, le 06/12/2008 à 00h53

    Je n'ai qu'une chose a dire , je suis contre la prison a 12 ans , mais les coles militaires pour ado comme aux usa , MARCHES tres tres bien

  • Phil, le 05/12/2008 à 22h08

    Il est vrai que toutes les précédentes politiques ont été un pur succés,il y qu'a voir dans quel état est notre pays. Les éducateurs les structures socialo-éducatives etc etc un argent considérable investi sans résultat ou si peu. Donc vos méthodes Madame, ne fonctionnent pas et servent tout juste à créer des emplois associatifs. Dire qu'un enfant doit être traité comme un enfant et non comme un adulte je suis tout à fait d'accord mais à une seule et unique condition qu'il se conduise en enfant de son âge, autrement s'il commet un acte de délinquance un délit, ou tout autre méfait répréhensible par la loi il doit être sanctionné comme un adulte. Je vous rappelle ou je vous informe que grace à cette impunité ces enfants étaient envoyés par "leur grand frères "commettrent des méfaits à leur place. Alors s'il vous plait ouvrez les yeux plus de démagogie et de la fermeté de grâce.

  • Michèle, le 05/12/2008 à 20h03

    Je constate également, chaque jour, dans des familles qui m'entourent une souffrance "non exprimée" des familles : souffrance des enfants, souffrance du ou des parents présents. C'est notre société qui a créé cette situation : des enfants avides de biens et non de culture et des parents passifs qui ne savent plus imposer des règles de vie en famille pour que, plus tard, les règles de la vie en société soient comprises et acceptées. Mais la crise est là et c'est... heureux pour demain car, au sein de chaque famille, des choix devront être faits. Ca sera resto ou nouveau jeu, ceci ou cela et non plus les deux. Enfin, l'enfant va réfléchir, choisir, connaître le désir, l'attente, l'espoir...

  • Gmtonnedrien, le 05/12/2008 à 19h46

    Le virage de notre société nous le devons aux réactionnaires de 68 qui possèdent aujourd'hui le pouvoir et les privilèges. 1789 n'a servi à rien. Seulement remplacer royauté par république. Depuis 40ans à force de laisser faire nous voyons ou nous en sommes. Toute la chaîne de l'éducation à sa part de responsabilité (parents...ho mon pauvre chéri, éducation nationale ...complétement à la rue, d'ailleurs si nous avons autant de fils et filles sans diplôme ou métier "ils" en sont bien responsables, sans compter que l'armée et le travail n'existe plus). Ces 2 derniers permettaient éventuellement de revenir dans le droit chemin et de se faire une place dans la société. Nous aurons la société que nous méritons. Personnellemnt à 55ans je ne me fais plus d'illusion. Par contre je pense avoir bien éduqués mes 2 enfants dans la ligne des anciens. C'est pourquoi ils connaissent le mot respect et les règles de politesse, qu'ils ne sont pas "ALLERGIQUES" au travail (pour ceux qui se lèvent à midi et touchent les allocs ,voire faire de l'agriculture sur leur balcon...) il touchent 1500euros pour plus de 10heures par jour. Ils sont loin des 35 heures de madame AUBRY et de certain langage démagogue.

  • Un papa de 2 jeunes enfants, le 05/12/2008 à 19h18

    Je suis d'accord quand elle dit "La seule solution pour leur éviter la violence, c'est de les instruire". Mais ça c'est de la PREVENTION, qui a lieu par définition AVANT les faits. La prison est une SANCTION quand des faits d'une EXTREME GRAVITE ont été DEJA ETE commis. Il faut alors sanctionner, c'est normal, c'est la loi et ce serait bien de le rappeler aussi car on a tendance à stigmatiser les sanctions, mais celles-ci sont les conséquences logiques de ce qui a déjà été fait. Que cette dame, par ailleurs très intelligente et très impliquée, continue son travail sur la prévention mais qu'elle n'occulte pas les sanctions quand il en faut. Ce n'est pas incompatible mais au contraire complémentaire.

  • Nicole, le 05/12/2008 à 19h05

    Que fait le Président, que font les politiques, Mais enfin où va t-on? Depuis quand il faut déléguer? Les parents doivent assumer leurs roles. C'est trop facile de dire, famille monioparentales, cas sociaux. Ce ne sont pas des excuses. Nos parents ont vu la guerre.Il n'ont pas eu besoin de Pierre, Paul ou Jacques pour gérer leur famille. J'ai des enfants, que j'ai élevée toute seule, et je n'ai jamsais eu besoin de quelqu'un pour régler nos problèmes car comme tout le monde on a eu des problèmes a gerer. Retrouvons nos vraies valeurs, notre morale, le respect. Mais il est vrai que peu de personnes en sont capables, il est plus facille d'accuser le voisin que de regarder et faire le necessaire chez soi.........

  • Annie, le 05/12/2008 à 18h33

    Ecoutons avec grande attention ces professionnels généreux et compétents , au lieu de stigmatiser les "jeunes " !Les souffrances de ces enfants ont à nous apprendre sur l'état de notre société et sur notre responsabilité de citoyen . Pour ma part , je choisis de soutenir toutes les actions d'éducation en direction des enfants contre l'enfermement et la prison car nous sommes responsables de la société dans laquelle nous vivons . Madame Imloul Bravo !

  • Remi, le 05/12/2008 à 18h27

    Comme elle dit si bien, l instruction. N'en voulez pas a notre gouvernement, chaque fois qu il veut ameliorer le systeme francais dans ce domaine, il y a les syndicats qui se dressent et bloquent tout effort. Donc la seule solution est la repression. Cherchez les causes, pas les consequences.

  • Ali, le 05/12/2008 à 18h25

    La prevention ne marche pas et ont ne l'a que trop faite a un moment donné il faut savoir etre ferme d'autant que certains sont archi connus par la police. Moi aussi madame je vit depuis plus de 30 ans dans le 93 et les jeunes sont de plus en plus violent et ce chez les tres jeune le nié c'est vouloir caché la véritée !!!

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