Antonio Ferrara © TF1/LCIL'heure du verdict est proche pour Antonio Ferrara et la vingtaine de coaccusés soupçonnés de l'avoir aidé à s'évader de la prison de Fresnes en 2003. Après les derniers mots des accusés (sauf trois d'entre eux dont Ferrara ayant quitté le procès), la cour d'assises s'est retirée jeudi vers 19 heures pour délibérer. Les trois magistrats et les neuf jurés, qui doivent répondre à quelque 400 questions, ont été conduits dans un hôtel parisien, les discussions s'annonçant longues. Le verdict n'est pas attendu avant samedi.
Au cours des dix semaines de ce procès marqué par de multiples incidents, seul un des 20 coaccusés d'Antonio Ferrara, Dominique Battini, a reconnu sa participation au commando venu le libérer avec armes automatiques et explosifs, le 12 mars 2003 à 04h15. Mais le ministère public a identifié dans le box cinq autres membres du commando, contre lesquels ont également été demandés 18 ans de réclusion criminelle, réquisition la plus lourde après celle visant Ferrara (20 ans).
"Il fallait remplir le box !"
Au cinquième et dernier jour des plaidoiries, la défense de deux membres présumés du commando, Moussa Traoré et Karim Bouabbas, a stigmatisé à son tour des accusations bâties sur des "hypothèses" et "des soupçons non vérifiés". "Vous n'avez rien pour condamner Moussa Traoré, la seule issue est de l'acquitter", a déclaré aux jurés Me Philippe Dehapiot, l'avocat de ce fils d'émigrés maliens âgé de 32 ans dépeint par l'accusation comme "un des éléments moteurs" de l'organisation de l'évasion. Traoré aurait notamment été chargé, avec plusieurs autres proches de Ferrara, de recruter le surveillant Hocine Kroziz, accusé d'avoir fourni téléphone portable et explosif au braqueur dans sa cellule. Mais pour Me Dehapiot, les accusations lancées par Kroziz pendant l'enquête "ne sont pas cohérentes, pas crédibles".
Karim Bouabbas, 33 ans, "n'était pas à Fresnes" non plus, a enchaîné Me Joseph Cohen-Sabban, en s'attaquant aux accusations d'un garagiste de Drancy (Seine-Saint-Denis) ayant assuré que son établissement avait servi de lieu de repli à plusieurs membres du commando dont Bouabbas. Ce garagiste, un témoin clé qui a affirmé au procès avoir subi des "pressions" de la police, "a dit tout et son contraire" pendant l'enquête, a fustigé l'avocat. "Il fallait remplir ce box ! (...) Je ne veux pas être l'auxiliaire d'une justice qui met tous les accusés dans le même sac", a reproché Me Cohen-Sabban.
Antonio Ferrara, "un homme d'honneur"
Quelques-uns des accusés se sont ensuite exprimés une dernière fois avant que la cour ne se retire. Antonio Ferrara "n'a pas de sang sur les mains, c'est un homme d'honneur", a ainsi affirmé son frère Diego. Réclamer 20 ans de réclusion contre le braqueur est une manière de "l'achever", a-t-il ajouté. Hamed Illouli a étouffé un sanglot en avertissant la cour qu'avant même sa probable condamnation pour cette évasion, "Nino" Ferrara "ne peut espérer retrouver la liberté avant 2030 ou 2040 : en requérant 20 ans ce n'est pas sa tête que vous réclamez, c'est ce qu'il y a à l'intérieur, sa tête vous l'avez déjà !". Pour sa part, l'avocat Karim Achoui a assuré : "Je n'ai jamais trahi les devoirs de mon serment d'avocat, je suis humilié, déshonoré d'être présent dans ce prétoire sans ma robe".
En attendant le verdict, les 9 accusés libres, auxquels la loi impose de ne pas quitter le palais de justice, seront hébergés dans un appartement de fonction à l'intérieur du bâtiment, tandis que les 12 détenus seront dans leur maison d'arrêt.
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