© TF1Sept responsables de la récolte, de la transformation, de la diffusion ou de la prescription de l'hormone de croissance durant les années 80 ont siégé durant quatre mois sur le banc des prévenus. Sept médecins et pharmaciens, accusés de blessures et/ou homicide involontaires après le décès à ce jour de 117 jeunes. Près de 20 ans après le premier cas en France, les juges du tribunal correctionnel de Paris doivent rendre leur jugement ce mercredi. Avant cela ils ont dû démêler les responsabilités de chacun à l'issue d'un procès qui n'a pas fait toute la lumière sur ce scandale sanitaire.
Hormones de croissance : "la justice, pas la pitié"
Me Francis Szpiner, avocat d'une partie des familles des 120 victimes de l'hormone de croissance, a demandé jeudi à la cour d'appel de Paris la condamnation des deux scientifiques jugés pour homicide involontaire.
Publié le 18/11/2010
Les prévenus sont accusés d'avoir commis de "graves fautes d'imprudence et de négligence" dans le traitement de 1.698 enfants trop petits, avec cette hormone fabriquée à l'époque à partir de l'hypophyse, glande crânienne prélevée sur les cadavres. C'est parce que certaines étaient infectées que 117 jeunes sont morts de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), après une longue et terrible agonie que les familles en pleurs se sont relayées pour décrire, le tribunal prenant des airs de chapelle ardente.
Un jugement sans Jean-Claude Job
Les cinq hommes et deux femmes, tous se disant innocents, sont-ils responsables? Au centre du drame, le professeur Jean-Claude Job, ancien président de l'association France Hypophyse, qui avait le monopole du traitement, a "demandé pardon" aux familles. Mais l'octogénaire est mort en octobre et la justice ne se prononcera donc pas sur son cas.
A en croire l'accusation, l'incurie régnait partout : son association privilégiait le rendement, collectant les hypophyses même sur les cadavres à risques ; puis l'Institut Pasteur en extrayait l'hormone sans effectuer la stérilisation nécessaire, ce que ne contrôlait pas ensuite la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), qui conditionnait le médicament. Et ce alors que les scientifiques du monde entier avaient multiplié les mises en garde sur les risques de transmission de la MCJ.
Le procès, où une trentaine d'experts se sont succédés, a dressé un tableau plus nuancé. Certes, la vétérinaire Jeanne Brugère-Picoux, enseignante à l'école d'Alfort, a certifié l'existence de "beaucoup d'alertes sur les risques à partir de 1974", mais le Nobel américain Stanley Prusiner, découvreur du prion, l'agent infectieux de la MCJ, a assuré à la barre n'avoir réalisé lui-même le danger de contamination qu'en 1985.
Un jugement très attendu
L'accusation a tenté de faire la part des choses, demandant trois relaxes et réservant les peines, toutes avec sursis, aux prévenus ayant géré le dossier au plus près : quatre ans pour Jean-Claude Job et Fernand Dray, ancien responsable du laboratoire de Pasteur ; un an pour Elisabeth Mugnier, qui collectait les hypophyses, et deux ans pour Marc Mollet, ancien responsable du conditionnement du médicament à la PCH.
Après le fiasco de l'enquête globale sur le scandale du sang contaminé par le sida, soldé par un non-lieu général, ce jugement est très attendu par les familles, d'autant que la maladie tue toujours. "La 117e victime est un père de famille qui est mort le jour de Noël", a fait savoir Jeanne Goerrian, présidente de l'Association des victimes de l'hormone de croissance (AVHC). Car des centaines de jeunes ayant subi le traitement vivent toujours dans la peur de succomber à leur tour à ce mal dont l'incubation peut prendre 30 ans. "La justice ne doit pas être confondue avec la souffrance des victimes et la vengeance", a cependant mis en garde un avocat de la défense, soulignant l'absence de preuves établies.
Retour MYTF1
Hormones de croissance : "la justice, pas la pitié"
Chargement en cours...





