Enquêteurs sur les lieux d'une fusillade à Grenoble, le 24 février 2007 © TF1/LCI"Il est réfugié à l'étranger et je lui ai déconseillé de s'exposer à nouveau, car il a pris trop de coups dans cette affaire et il a tout perdu". Après des mois d'attente anxieuse, de vie quasi-clandestine, Amor Kaak, principal témoin à charge dans le procès en appel de trois trafiquants de drogue accusés d'avoir supprimé un rival en 2003 à Grenoble, ne s'est finalement pas présenté mardi devant les assises de la Drôme, "faute d'avoir obtenu la protection de la justice" selon son avocat. "Mon client est resté cinq ans dans une situation de fugitif avec un contrat sur sa tête. Entre temps il y a eu une dizaine de morts et la justice l'a laissé choir après l'avoir incité à renoncer à son statut de témoin anonyme", a expliqué Me Dominique Chambon, du barreau de l'Ardèche, dénonçant "le problème du statut de témoin en droit français".
Les avocats des accusés ont immédiatement demandé un report du procès, estimant que l'absence du principal témoin, et l'impossibilité pour eux de l'interroger, attentait aux droits de la défense. Après en avoir débattu, la cour a toutefois décidé de poursuivre les débats normalement et de ne rendre sa décision sur cette requête qu'à la fin du procès, prévue vendredi.
Vains appels à la justice et au gouvernement
Quant au témoin, il reste donc, une nouvelle fois, un fugitif. La vie de ce Tunisien de 37 ans avait basculé en 2003, le jour où ce patron de snack avait surpris une conversation entre des jeunes parlant de préparatifs d'expédition punitive contre un dénommé Lassad Lamiri. Apprenant peu de temps après la mort par balles de ce dernier à Fontaine, près de Grenoble, il acceptait de témoigner à charge aux assises de l'Isère. Mais le 27 janvier 2007, faute de preuves formelles, les cinq jeunes étaient acquittés. Un mois plus tard, l'un d'eux était abattu d'un coup de fusil. Puis les morts s'enchaînaient.
Depuis, Amor Kaak craint lui aussi pour sa vie. Il a dû sucessivement vendre son commerce, quitter son domicile, se réfugier dans un village au nom gardé secret... Devant l'absence de mesures de protection, son avocat est allé jusqu'à saisir la garde des Sceaux, Rachida Dati, d'une réclamation pour dommages et intérêts : il demandait 220.000 euros. Copie avait même été envoyée au président de la République. Faute d'avancées dans ce dossier, le témoin et son avocat avaient décidé de forcer la porte en se rendant place Vendôme pour être reçus par la ministre de la Justice. Mais ni l'appel aux médias, ni l'appel à la justice, ni l'appel aux autorités politiques n'ont réussi, jusqu'alors, à débloquer la situation. D'où ce choix d'Amor Kaak : alors qu'il avait initialement accepté de témoigner aussi au procès en appel du meurtre de Lassad Lamiri, il a finalement décidé, après plusieurs mois de reports d'audience, de ne pas répondre à la convocation du tribunal.
Avec agences
Retour MYTF1
Chargement en cours...





