Coup de théâtre au procès Colonna

le 14 février 2009 à 07h17 , mis à jour le 14 février 2009 à 15h12

Un témoin, commissaire de police, affirme que deux hommes soupçonnés d'avoir participé à l'assassinat du préfet Erignac sont "peut-être" encore en liberté.

Yvan ColonnaPortrait d'Yvan Colonna avant son arrestation © TF1/LCI

Coup de tonnerre au procès Colonna. Douze ans après les faits, un témoin, commissaire de police en détachement qui fut haut fonctionnaire en Corse, a assuré qu'il y avait "peut-être deux hommes dans la nature qui ont participé à  l'assassinat du préfet". "Ça m'est insupportable", a déclaré Didier Vinolas,  qui n'est autre l'ancien secrétaire général de Claude Erignac à la préfecture d'Ajaccio, aujourd'hui "directeur de projet" à la Ville de Paris. Le témoin a affirmé tenir ces "deux noms" - qu'il a refusé de révéler -  d'un mystérieux informateur depuis septembre 2002, et les avoir transmis quelques jours plus tard au procureur Yves Bot, qui s'apprêtait alors à prendre la tête du parquet de Paris avant de devenir en 2005 procureur général.

L'informateur, qu'il a baptisé "X", "une personne tout à fait respectable", lui a présenté les deux hommes "comme faisant partie de la sphère" à l'origine de l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997, une des premières actions revendiquées par le groupe nationaliste dit des "anonymes". Puisque l'assassinat du préfet le 6 février 1998 a aussi été signé de ce  groupe (qui s'est servi d'une arme volée à Pietrosella), "je me dis qu'il y a  peut-être d'autres personnes ayant participé à l'assassinat" qui n'ont jamais été arrêtés, a poursuivi le commissaire. Dans sa déposition, l'ancien collaborateur de Claude Erignac a déclaré que l'ex sous-préfet de Corte Jacques Nodin détenait depuis 2001 des informations nouvelles sur Pietrosella. "Il souhaiterait être entendu", a-t-il précisé. Il a dit avoir aussi transmis les noms de deux suspects en février 2004 à Christian Lambert, ancien chef du RAID (à l'origine de l'arrestation de Colonna)  et plus récemment à Charles-Antoine Erignac, le fils du préfet. "Je suis totalement stupéfait", a commenté Me Philippe Lemaire, avocat de la  veuve et deux enfants Erignac. "Pourquoi dire ça aujourd'hui, dix ans après?", a  demandé l'un des avocats généraux, Christophe Teissier.

"Extraordinaire"

Déjà témoin au premier procès de Colonna fin 2007, il n'avait jamais évoqué cette hypothèse, mais s'est décidé à en parler en appel pour "aider les  magistrats à forger leur intime conviction", parlant aussi du  "risque de laisser condamner innocent". "C'est le premier fait extraordinaire de cette audience", a déclaré Me  Gilles Siméoni, un des avocats d'Yvan Colonna. Six membres des "anonymes", condamnés en 2003, sont sous les verrous. Yvan Colonna serait le septième d'après l'accusation qui s'appuie sur les dénonciations de quatre des six conjurés en 1999. Ceux-ci s'étaient ensuite rétractés faisant valoir des "pressions" policières.

Les avocats d'Yvan Colonna, dénonçant un "scandale d'Etat", demanderont dès lundi à la cour d'assises spéciale de Paris un supplément d'information susceptible de provoquer le renvoi du procès en appel. Ses avocats entendent désormais demander l'audition des personnes qui auraient eu de nouveaux éléments en leur possession, notamment l'ancien procureur de Paris Yves Bot et l'ex-sous-préfet de Corte Jacques Nodin, cités nommément vendredi soir. "Il faut aussi prendre le temps de retrouver les gens" - notamment un  policier d'Ajaccio - que Didier Vinolas a évoqués sans les nommer, pour expliquer la nécessité d'un renvoi de l'audience, explique un des avocats. Désormais "la demande de reconstitution de l'assassinat n'est plus notre demande principale", a conclu l'avocat.

Le gouvernement "souhaite que la lumière soit faite"

"Est-ce que le gouvernement va laisser à la justice le soin de démêler cette  affaire? La réponse est oui," a déclaré le porte-parole du gouvernement Luc Chatel, interrogé sur Europe 1, en réaction au témoignage. "Cet élément nouveau m'interpelle. Ensuite c'est à la justice de faire toute la lumière, de savoir pourquoi, si cette personne avait bien communiqué ces noms  à la date qu'il a évoquée, ensuite pourquoi ça n'a pas été versé au dossier". "Ce que souhaite le gouvernement, c'est que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Tuer un préfet, c'est s'attaquer directement à la République et  donc tous les républicains doivent se mobiliser pour faire la vérité sur cette  affaire," a conclu le porte-parole.

D'après agence

le 14 février 2009 à 07:17
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1 Commentaires

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  • Spaccone, le 14/02/2009 à 09h06

    Ca se corse...

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