Explosion AZF : le procès en 5 questions

Par Alexandra GUILLET,avec Patricia BOUTRON, le 20 février 2009 à 06h00 , mis à jour le 23 février 2009 à 17h55

Dossier : Explosion AZF : 10 ans

Le procès de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, la plus importante catastrophe industrielle enregistrée en France, qui a fait 31 morts et des milliers de blessés en 2001, s'est ouvert lundi.

AZF Toulouse procèsL'ouverture du procès AZF à Toulouse, le 23 février 2009 © TF1-LCI

Le procès du directeur de l'usine et de son propriétaire, la société Grande Paroisse (groupe Total) pour l'explosion du site AZF s'est ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Toulouse. Voici les points clés pour comprendre.  

  • AZF: la piste terroriste a-t-elle été écartée trop vite ?

    L'ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière reproche aux policiers et magistrats d'avoir négligé la piste terroriste dans l'enquête sur l'explosion de l'usine AZF de Toulouse en septembre 2001. Total assigne l'Etat mercredi sur ce point.

    Publié le 07/02/2011 AZF: la piste terroriste a-t-elle été écartée trop vite ?
  • AZF : le parquet fait appel

    Il conteste la relaxe générale prononcée jeudi par le tribunal correctionnel de Toulouse dans l'explosion de l'usine AZF qui avait fait 31 morts en 2001l'enquête.

    Publié le 20/11/2009 AZF : le parquet fait appel
  • AZF : relaxe générale au bénéfice du doute

    Dans son jugement, le tribunal correctionnel de Toulouse a estimé impossible de conclure avec certitude que l'accident, qui a fait 31 morts en 2001, était dû au problème de stockage relevé par l'enquête.

    Publié le 19/11/2009 AZF : relaxe générale au bénéfice du doute
  • AZF : l'heure du jugement

    La justice se prononce jeudi sur la cause de l'explosion de l'usine AZF, qui avait fait 31 morts en 2001, et sur les poursuites visant les sociétés et dirigeants du groupe Total, responsables de l'usine.

    Publié le 19/11/2009 AZF : l'heure du jugement
Plus d'infos

L'ONDE DE CHOC
 
Vendredi 21 septembre 2001 : il est 10h17 lorsqu'une violente explosion retentit, provoquant une secousse équivalente à un séisme de 3,4 degrés sur l'échelle de Richter. La déflagration du hangar 221 de l'usine chimique AZote Fertilisant (AZF) Grande Paroisse (filiale de Total), construite dans les années 1920 à la sortie de la ville, creuse un cratère de 10 mètres de profondeur et 50 mètres de diamètre. Le bilan est terrible : 31 personnes, dont 21 employés du site, et des milliers de blessés. Quelque 30.000 logements et des centaines d'entreprises ont été touchés dans un rayon de six kilomètres autour de l'usine. Sur le moment, tout le monde pense à un attentat. Les cendres des tours du World Trade Center, tombées dix jours plus tôt, sont encore fumantes.
 
 
L'ENQUETE
 
L'information judiciaire pour « homicides et blessures involontaires » ouverte le 28 septembre 2001 conduit les enquêteurs à explorer plusieurs pistes, dont celle du terrorisme. Un rapport des RG signale qu'une des victimes travaillant sur le site, d'origine tunisienne, entretenait des liens avec les membres d'un groupe islamique fondamentaliste. On découvrira sur son corps plusieurs épaisseurs de sous-vêtements, évoquant le rituel de certains kamikazes. La rumeur enfle, puis se dégonfle. Autres pistes évoquées et abandonnées : une dispute entre chauffeurs routiers et ouvriers, la présence suspecte de deux aéronefs, la création d'un arc électrique entre l'usine AZF et un bâtiment industriel voisin ou encore la présence sous l'usine d'explosifs datant de la guerre 1914-1918.
 
A l'issue de l'instruction du juge Thierry Perriquet qui se termine en septembre 2006, le rapport final des experts conclut finalement que les causes de la catastrophe sont accidentelles. L'accident chimique aurait été provoqué par un mélange de nitrate d'ammonium avec un dérivé chloré, ce que réfute Total.
 
INDEMNITES COLOSSALES
 
Au terme de transactions et de procédures d'indemnisation, 20 800 personnes victimes de dommages corporels et matériels ont reçu près de deux milliards d'euros versés par la SA Grande Paroisse et Total, sans pour autant renoncer à l'action publique.
 

QUI EST RESPONSABLE ?

Deux prévenus seront sur le banc des accusés : Serge Biechlin, directeur de l'usine AZF au moment des faits et la société Grande Paroisse, en qualité de personne morale. Ils devront répondre des chefs « d'homicides involontaires, blessures involontaires, destructions et dégradationsinvolontaires par l'effet d'une explosion ou d'un incendie, et infractions au code du travail ».  
 
Les associations de victimes et leurs avocats réclament aussi depuis sept ans la mise en examen et la condamnation de Total en tant que responsable de l'explosion. L'association des Sinistrés du 21 septembre a cité à comparaître la société et son président d'alors, Thierry Desmarest, estimant qu'en l'absence du groupe pétrolier  « le procès perd tout son sens ». Le tribunal de grande instance de Toulouse a repoussé au 23 février, date de l'ouverture du procès, la décision de recevabilité de cette citation.
 
 
UN PROCES HORS NORME
 
Fait rarissime, le procès va durer quatre mois. Le délibéré devrait être rendu en novembre. Le dossier de l'instruction représente 109 tomes, soit environ 7.500 cotes réparties sur 53.820 pages, selon Richard Bometon, procureur de la République ajoint de Toulouse. Plus de 1.700 éléments ont été placés sous scellés. 2.949 plaignants et 1.103 témoins ont été entendus par la police.

Quelque 1.400 parties civiles, une soixantaine d'avocats, des dizaines d'experts sont attendus pour ce procès en correctionnelle, qui sera "le plus  important organisé en France", selon une source judiciaire. La salle de spectacle Jean Mermoz, d'une capacité d'accueil de 1.600 places, a été louée spécialement. Les frais de justice liés à l'enquête et à l'instruction s'élèvent à plus de 3,7 millions d'euros. L'organisation du procès est estimée à 3,8 millions d'euros.
 
A la demande des associations de victimes, les audiences seront filmées, ce qui est une première en correctionnelle pour un procès non historique. Les Toulousains attendent beaucoup de ce jugement qui rouvre le débat sur les risques  industriels et les exigences de sécurité. Les premiers bâtiments du futur Canceropôle, édifié sur le site dépollué de l'ancienne usine AZF, seront livrés au printemps 2009.

Par Alexandra GUILLET,avec Patricia BOUTRON le 20 février 2009 à 06:00
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4 Commentaires

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  • Timbert, le 23/02/2009 à 09h32

    Ce que l'état cache depuis 8 ans, c'est le vrai coupable: EDF. Il y a deux façons de faire exploser le produit chimique de la citerne d'AZF: soit en y ajoutant un produit (impossible), soit un arc électrique de 100,000V, ce qui s'est produit. Pour faire simple: certaines usines locales produisent de l'électricité revendue à EDF. Cette électricité est électroniquement régulée avant d'être envoyée aux transformateurs de ligne. Seulement, la pile EDF de sauvegarde d'un régulateur, périmée de 1993 (on était en 2001 !!!), ne sauvegardait plus les données du régulateur, qui a alors envoyé une tension maximale aux transformateurs, qui ont alors délivré les 100,000V. Les structures métalliques diverses étaient assez rapprochées pour permettre à un arc électrique de se propager aux alentours, et c'est ce qui s'est produit jusqu'à la citerne AZF qui a alors explosé. Le problème, c'est que si on reconnaît l'histoire de la pile EDF, alors EDF est gravement coupable. Mais l'état le cache. Seulement, les faits ont été constatés, un livre est même sorti à cet effet il y a peu de temps avec tous les documents à l'appui. Voyons donc comment l'état va gérer son mensonge...

  • Mam, le 22/02/2009 à 10h54

    Malheureusement encore un procés qui se finira avec un non lieu ; nous avons déja vu cela ( l'affaire du sang contamniné et bien d'autres) c'est bizarre AUCUN RESPONSABLE . Certainement une parodie de procés en dépit de toutes les personnes meurtries par cette explosion.

  • Jsnormand, le 22/02/2009 à 08h52

    Pour que le nitrate d'ammonium explose il faut 3 conditions simultanées réunies 1)il faut une enceinte ou enveloppe fermée et confinée : or le bâtiment dans lequel a eu lieu l'explosion était ouvert et plein de courants d'air 2)il faut en grande quantité d'autres produits catalyseurs ou combustible intimement mélangés au nitrate Au pire il y aurait un hypothétique chlorure qui aurait été en présence du nitrate mais dont aucune trace n'a été à ce jour retrouvée Et de plus ce chlorure est pratiquement incapable de provoquer l'explosion du nitrate 3) il faut de plus une amorce de grande puissance : Et pourtant le nitrate a réellement explosé : Pourquoi ? La communauté scientifique interna-tionale dit clairement que l'hypothèse actuelle retenue par les enquêteurs sur la simple présence d'un chlorue qui aurait provoqué l'explosion ne tient absolument pas . Et que penser de tous les témoignages dans l'usine AZF et dans Toulouse qui parlent qui parlent de 2 explosions , une assez petite puis la trés grosse ,espacées d'environ 8 secon-des ? Les enquêteurs ont pratiquement ignoré ces témoignages , pourquoi ? Moi même j'ai entendu un enregis-trement pris lors d'une réunion à AIR FRANCE à Blagnac On y entend l'orateut parler ,puis on entend une petite explosion et l'orateur dire "tiens un mur du son", puis environ 8 secondes après l'énorme explosion ( celle d'AZF), et l'orateur dire "tiens cette fois ce autre chose qu'un mur du son" pourquoi cet enregistrement sonore a-t-il été caché et retrouvé par hasard à Lyon ? Il y a eu plusieurs autres enregis-trements sonores avec de temps entre les deux explosions Des scientifiques ont démontré que la première "petite explosion" provient de l'usine SNPE voisine de celle d'AZF : et si l'amorce manquante dans l'explosion d'AZF provenait de la SNPE? Au fait que fabrique la SNPE et a qui appartient-elle ? Elle fabrique les combustibles de nos missiles nucléaires et des fusées Ariane

  • FRANCK, le 21/02/2009 à 15h47

    Saura-y-on un jour l'exacte VERITE sur ce qui s'est passé . Chitac devrait témoigner, lui qui avait annoncé un accident quelques heures seulement après l'explosion..

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