Les avocats d'Yvan Colonna, lors de son procès en appel devant la cour d'assises de Paris © LCIÇa continue. La cour d'assises spéciale de Paris a décidé lundi de surseoir à statuer sur la demande de complément d'information formulée par les avocats d'Yvan Colonna, jugé en appel pour l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998, ce qui permet la poursuite du procès.
Les avocats du berger de Cargèse ont demandé lundi après-midi au président de la cour d'organiser un complément d'information après le témoignage-surprise vendredi dernier de Didier Vinolas, un ancien collaborateur du préfet (ancien secrétaire général de la préfecture de Corse) laissant penser que deux autres auteurs du crime seraient toujours en liberté. La cour d'assises spéciale a estimé ne pas avoir suffisamment d'élément dans l'immédiat pour accéder à cette demande. Elle a préféré entendre de nouveau Didier Vinolas, convoquant également trois des quatre personnes mentionnées vendredi par Didier Vinolas.
Yves Bot dément avoir été au courant pour ces deux personnes
Vendredi, ce commissaire de police en détachement, secrétaire général du préfet lors de son assassinat par un commando nationaliste en 1998, a affirmé détenir les noms de deux nouveaux membres présumés du commando qui n'auraient jamais été inquiétés. Ces noms, a-t-il assuré, avaient été transmis en 2002 notamment à l'ex-procureur de la République de Paris, Yves Bot. La défense d'Yvan Colonna a immédiatement crié au "scandale d'Etat", fustigeant les "dissimulations" de magistrats "faussaires", ce qui a conduit le président Didier Wacogne à convoquer plusieurs nouveaux témoins pour qu'ils soient confrontés à ces mises en cause.
Premier sur la liste, le magistrat Yves Bot, 61 ans, ami "de longue date" de Nicolas Sarkozy selon ses dires, a confirmé avoir été approché à la fin de l'été 2002 par M. Vinolas mais assuré n'avoir "jamais eu à connaître du fond du dossier" Erignac par son intermédiaire. Il a contesté qu'on ait évoqué devant lui l'existence de deux suspects jamais interpellés, contredisant sur ce point M. Vinolas, convoqué de nouveau pour une confrontation à la barre.
Selon Yves Bot, l'informateur de M. Vinolas, dénommé "X", n'aurait évoqué lors d'une rencontre à Paris que "des renseignements destinés à faciliter l'arrestation d'Yvan Colonna (...) contre rémunération". Les deux témoins ont refusé d'identifier "X", à l'époque "un agent de la direction centrale des Renseignements généraux", d'après M. Vinolas. Ce dernier s'est dit prêt à révéler les deux noms obtenus du fonctionnaire des RG mais uniquement "dans le secret du cabinet d'un juge d'instruction". Actuellement haut fonctionnaire à la mairie du XVIIIe à Paris, il s'est défendu d'être un "sous-marin" du PS.
"Un panorama plus complet"
Après Vinolas, de nouveau appelé à la barre mardi matin, viendront témoigner l'ancien chef du Raid, Christian Lambert --à qui les noms des deux suspects auraient été communiqués en février 2004--, ainsi que Jacques Nodin, ex-sous-préfet de Corte, et un commissaire de police ayant participé à l'enquête, Philippe Frizon, a dit M. Wacogne.
"Le supplément d'information peut se faire ici" avec ces nouveaux témoignages à la barre offrant "un panorama plus complet" sur les révélations, ont justifié les avocats généraux en demandant de ne pas accorder pour l'instant le renvoi exigé. Pour les avocats de la défense, de nouvelles vérifications, "auditions et confrontations", s'imposaient pourtant en dehors du cadre des assises. "Est-ce qu'entendre ces personnes à la barre va permettre d'obtenir leur mea culpa ?", a demandé Me Pascal Garbarini.
Depuis l'arrestation en 1999 de six complices présumés (tous condamnés en 2003), Yvan Colonna est soupçonné d'être le septième homme du commando à l'origine de l'assassinat du préfet. L'accusation s'appuie sur les dénonciations, répétées pendant un an et demi, de quatre des six conjurés et de certaines de leurs compagnes. Tous s'étaient ensuite rétractés.
(Agence)
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