Bernard BonnetC'est le premier témoignage à charge contre Yvan Colonna, qui a jusqu'ici bénéficié, devant la cour d'assises spéciale de Paris qui le juge en appel, de dépositions favorables de témoins oculaires de la mort de Claude Erignac. Bernard Bonnet, qui a succédé au préfet de Corse tué en février 1998, a évoqué les éléments appuyant la thèse de l'implication de l'accusé dans cet assassinat. "Des éléments précis et convergents me font dire aujourd'hui qu'ils rendaient tout à fait crédible dès cette époque (fin 1998) l'implication d'Yvan Colonna", a-t-il dit lors de sa déposition. "Ces éléments ne me permettent pas de dire qu'Yvan Colonna est l'assassin du préfet Claude Erignac, je ne le sais pas, mais ils convergent pour rendre crédible le fait qu'Alain Ferrandi vous a choisi pour intégrer le commando", a-t-il ajouté en s'adressant à l'accusé.
Visiblement peu convaincues par Bernard Bonnet, condamné à de la prison ferme pour avoir ordonné l'incendie de restaurants de plage en Corse, la défense et l'accusation ont mis en doute la validité de sa déposition. L'avocat général et les avocats d'Yvan Colonna ont souligné que Bernard Bonnet ne s'appuyait que sur des convictions et un prétendu informateur anonyme qu'il a encore refusé d'identifier à la barre, s'en tenant au surnom qu'il lui a donné, "Corte". L'existence de "Corte" est sujette à caution. Le préfet Bonnet a été soupçonné d'avoir en réalité mené, avec la gendarmerie, une enquête parallèle à l'aide d'écoutes téléphoniques illégales, ce qu'il dément.
"Corte", le mystérieux informateur
Pour mettre en cause l'accusé, condamné à la perpétuité en première instance, Bernard Bonnet a expliqué qu'il s'appuyait sur plusieurs éléments. Il a souligné qu'Yvan Colonna était un ami d'enfance du chef du commando de tueurs, Alain Ferrandi, condamné lui aussi à perpétuité en 2003 et qui, selon le préfet, a composé le groupe avec des proches. Bernard Bonnet a rappelé que deux chefs des clandestins armés aujourd'hui décédés, François Santoni et Jean-Michel Rossi, avaient décrit dans un livre Yvan Colonna comme un militant du groupe armé FLNC au début des années 1990, entré ensuite en dissidence.
Succédant au préfet assassiné, Bernard Bonnet avait livré ses informations sur le crime à la justice en novembre et décembre 1998. Mais s'il citait certains des membres du commando de tueurs aujourd'hui condamnés, il ne citait pas le nom d'Yvan Colonna mais celui de son frère, Stéphane. Les informations ne semblent pas avoir été exploitées immédiatement car les enquêteurs suivaient d'autres pistes. Une fois les communications sur portables identifiées sur la scène du crime le soir des faits, ce n'est qu'en mai 1999 que les membres du commando, dont Alain Ferrandi, ont été arrêtés, Yvan Colonna prenant alors la fuite. Quelques jours auparavant, Bernard Bonnet avait été envoyé en prison dans l'affaire des paillotes. Il a ensuite été condamné à un an de prison ferme pour avoir ordonné cette opération. Lundi, Bernard Bonnet a qualifié le dossier des paillotes de "fait divers" et ironisé amèrement sur des démêlés judiciaires. Il a estimé que son incarcération avait provoqué le coup de filet contre les tueurs, les magistrats ayant selon lui peur de voir ses informations dévoilées.
Mais Bernard Bonnet n'a pas été le seul, lundi, à désigner Colonna. "En décembre 1998, il y avait aux RG des policiers qui pensaient qu'Yvan Colonna était l'assassin", a appuyé un peu plus tard devant la cour Jean-Pierre Colombani, 55 ans, ancien policier des Renseignements généraux et aujourd'hui retraité. Ce témoin, qui n'a "pas participé à l'enquête" sur l'assassinat du préfet Erignac, n'a toutefois guère été plus prolixe au sujet d'Yvan Colonna, "militant nationaliste connu des services spécialisés" mais "pas un clandestin". Et la défense du berger de Cargèse a fait part de sa "surprise" car "le nom de Colonna a été donné en garde à vue en mai 1999" par quatre des six membres du commando qui a tué le préfet, a rappelé Me Gilles Simeoni. Tous s'étaient rétractés par la suite.
D'après agence
| La défense de Colonna demande une reconstitution |
La défense d'Yvan Colonna et l'accusé lui-même ont demandé lundi "à tout prix" une reconstitution de l'assassinat de Claude Erignac, en présence "de toutes les parties", c'est-à-dire les six membres du commando condamnés en 2003, les témoins oculaires du crime, Yvan Colonna lui-même, ainsi que les experts balisticien et légiste. Le parquet général, de même que les parties civiles, s'y sont opposés au motif que cela n'avait pas "d'utilité". La cour rendra sa décision mardi matin. |
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