Xavier Fortin 
"Notre père n'a rien à faire en prison"
Arrêté fin janvier en Ariège, après onze ans de cavale avec ses deux fils enlevés fin 1997 à l'âge de 6 et 7 ans, Xavier Fortin, 52 ans, comparaît mardi devant le tribunal correctionnel de Draguignan, dans le Var. Par soucis d'apaisement, son ex-femme, ne s'est pas portée partie civile. "Elle ne veut pas la guerre mais juste revoir ses fils", a déclaré l'une des avocates du prévenu, Me Pascaline Saint-Arroman Petroff, qui espère que la peine qui sera prononcée contre son client n'excédera pas la durée de sa détention provisoire. Xavier Fortin, détenu depuis début février à Draguignan, risque deux ans de prison ferme pour "soustraction d'enfant par ascendant", peine à laquelle il avait été condamné par défaut en 2005, a expliqué Me Saint-Arroman Petroff, qui représente également les intérêts des deux fils.
Pour l'avocate, cette affaire "ne devrait pas relever de la justice pénale". "Il ne s'agit pas de délinquance mais d'un père qui aime ses mômes et n'a pas supporté qu'on lui dise 'vous avez juste mis la petite graine et vous n'avez aucun droit'", dit-elle, estimant que, dans les années 1990, quand le couple s'est séparé, la justice confiait systématiquement les enfants à la maman "sans écouter la parole des enfants". Or, selon leurs déclarations, ils souhaitaient rester avec leur père, "pas parce qu'ils n'aimaient pas leur mère" mais parce qu'ils voulaient "continuer à vivre à la campagne, proche de leurs copains et au milieu des animaux", a poursuivi l'avocate.
Mode de vie alternatif
Xavier Fortin et sa compagne avaient jusqu'à leur séparation été d'accord pour mener un mode de vie alternatif aux Adrets, dans le Var. La garde des enfants avait ensuite été confiée à la mère, avec droit de visite et d'hébergement au père. Mais à Noël 1997, ce dernier avait décidé de ne pas les ramener chez son ex-compagne, débutant une vie de clandestinité sous une fausse identité dans l'Ariège où il a géré pendant sept ans une ferme pédagogique avant d'occuper pendant un an une grange à Massat, lieu où il a été arrêté.
L'agriculture et l'élevage lui rapportaient environ 180 euros par mois, a-t-il indiqué au tribunal de Draguignan début février. Titulaire d'une maîtrise de sciences, il a affirmé avoir suivi à la lettre les programmes de l'Education nationale pour assurer l'enseignement des enfants. Il a également indiqué avoir régulièrement donné de leurs nouvelles, par courrier dont la provenance n'était pas identifiable, au juge d'instruction de Draguignan chargé de l'affaire.
Une expertise dénonce "l'emprise" du père
Une expertise psychiatrique ordonnée par le procureur souligne toutefois que les enfants étaient sous l'influence de leur père. Dans ce document d'une dizaine de pages que Le Figaro a consulté, le docteur Marie-Françoise Grau-Espel - qui a rencontré les enfants, aujourd'hui âgés de 17 et 18 ans-, dénonce "l'emprise" exercée par le quinquagénaire sur les garçons. Ces derniers présenteraient des troubles de la construction et de la personnalité. Au final, l'expertise remet en cause la version défendue par les enfants qui prétendent avoir décidé librement de fuir, alors qu'ils n'avaient que 7 et 8 ans. Me Saint-Arroman Petroff admet que la construction psychique des jeunes gens a été marquée "par l'absence de la mère" mais estime que "les enfants ont besoin des deux parents".
Dans une interviexw donnée lundi au Figaro, Shahi Yena, le fils aîné demande à la justice d'être clémente et de "libérer" son père qui avait à l'époque fait un choix "pour préserver notre bonheur, notre équilibre et l'éducation que le couple avait commencé à nous prodiguer avant de se séparer".
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