© TF1/LCISurpeuplées, en butte à un taux alarmant de suicides et à des problèmes de sécurité révélés par de récentes évasions, les quelque 200 prisons françaises ont rarement été autant montrées du doigt par les professionnels et les associations de défense des détenus. Le monde judiciaire réclame depuis longtemps une nouvelle loi. Les services de la Chancellerie y travaillent d'arrache-pied depuis des mois. Le projet de loi sera, enfin, présenté ce mardi aux sénateurs dans le cadre d'une procédure d'urgence (une lecture par chambre).
Engagement de campagne de Nicolas Sarkozy, le texte a été présenté par Rachida Dati comme une "loi fondatrice" pour mettre la France en conformité avec les 108 règles du Conseil de l'Europe sur les droits des détenus, mais aussi pour contrebalancer des lois répressives votées depuis deux ans comme les peines plancher ou la rétention de sûreté.
Bracelet électronique et téléphone
L'une des mesures-phares du projet est le développement des alternatives à l'incarcération pour les personnes en attente de jugement et les condamnés à de courtes peines. Cela passe par une généralisation du bracelet électronique avec assignation à domicile, qui existe depuis 1997. Cette mesure sera "ordonnée" quand les peines sont inférieures ou égales à six mois. Le temps passé sous bracelet sera désormais décompté de la durée de la peine en cas de condamnation. Les aménagements de peine (semi-liberté, travaux d'intérêt général) seront étendus aux condamnés à deux ans de prison, au lieu d'un an aujourd'hui.
Concernant la vie en détention, les détenus qui ne disposent pas d'un domicile personnel pourront "élire domicile auprès de l'établissement pénitentiaire pour l'exercice de leurs droits civiques." Une "aide en nature" est allouée à ceux "dont les ressources sont inférieures à un montant fixé" par décret. Les détenus "ont le droit de téléphoner aux membres de leur famille" et à "d'autres personnes pour préparer leur réinsertion", à condition d'y être autorisés par le juge. En cas de faute, le détenu peut être sanctionné par un placement en cellule disciplinaire ou à l'isolement qui ne peut "excéder vingt jours". Toutefois, celle-ci "peut être portée à 30 jours pour tout acte de violence physique". Le placement, "à titre exceptionnel", des mineurs de plus de 16 ans "ne peut excéder sept jours". Les mineurs "sont tenus à suivre une activité à caractère éducatif" et l'Administration pénitentiaire (AP) leur garantit "le respect des droits fondamentaux reconnus à l'enfant".
Un "toilettage" pas à la hauteur de la situation d'urgence ?
Dans sa version initiale, le projet a beaucoup déçu les syndicats, qui ont fustigé son manque d'ambition. ""Un toilettage" pas à la hauteur de la situation d'urgence dans les prisons", a estimé le principal syndicat de surveillants, l'Ufap-Unsa. Les représentants des personnels chargés de la réinsertion des détenus se plaignent d'un manque récurrent de moyens que ne pallie pas le nouveau texte. Dans l'opposition, le sénateur socialiste Alain Anziani s'est inquiété de voir que "le financement de ce projet n'(avait) aucunement été prévu" dans le budget 2009.
Le texte a suscité également des réserves au sein de la Commission des lois. Elle a estimé qu'il méritait "d'être très largement amélioré" sur les conditions de détention, selon Jean-René Lecerf, rapporteur de la loi au Sénat. En tout 95 amendements ont été adoptés par la commission des Lois, instituant "une obligation d'activité" pour les détenus ou un "conseil d'évaluation" auprès de chaque prison, dont le taux de récidive sera publié chaque année "afin de mesurer l'impact des conditions de détention sur la réinsertion".
Le principe d'une cellule individuelle est également réaffirmé. La commission des Affaires sociales a proposé "qu'aucun détenu ne puisse être incarcéré dans un établissement affichant un taux d'occupation supérieur à 120% de ses capacités", soit 104 prisons sur 194 selon les derniers calculs du criminologue Pierre Tournier. Un tel effort paraît matériellement impossible à mettre en oeuvre avec, au 1er février, 62.744 détenus pour 52.589 places.
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