L'inceste, un "fléau de santé publique" enfin reconnu

Par , le 29 avril 2009 à 15h48 , mis à jour le 29 avril 2009 à 16h43

Interview - Pour Isabelle Aubry, présidente de l'association internationale des victimes de l'inceste, l'adoption par les députés d'un texte inscrivant l'inceste dans le code pénal constitue une grande avancée.

Isabelle Aubry, présidente de l'association internationale des victimes de l'inceste.Isabelle Aubry, présidente de l'association internationale des victimes de l'inceste. © LCI

LCI.fr : La nuit dernière, les députés ont adopté une proposition de loi visant à mieux « prévenir, identifier et sanctionner l'inceste », notamment en l'inscrivant dans le code pénal (lire article).  C'est une belle victoire pour vous ?

Isabelle Aubry, présidente de l'AIVI, association internationale des victimes de l'inceste (www.aivi.org)
 : Pour nous, victimes, c'est une très belle avancée. Ce qui est formidable c'est que les enfants n'auront plus à prouver qu'ils n'étaient pas consentent à l'inceste. Et puis pour lutter contre un tabou, il faut commencer par le nommer. Désormais, c'est fait. Cela fait des années que mon association milite auprès du gouvernement et des députés pour leur faire comprendre que l'inceste est un fléau de santé publique qui touche 2 millions de personnes en France. Il falait faire quelque chose, arrêter de cacher cela sous le manteau. 
 
LCI.fr : Cela semble étonnant que cette inscription au code pénal n'arrive qu'en 2009... le problème ne date pourtant pas d'hier ?
I.A. :
L'inceste a été retiré du code pénal en 1791. A l'époque, c'était un crime de trouble à l'ordre public, ce qui veut dire que les deux protagonistes étaient jugés, la victime et l'agresseur. On comprend donc pourquoi il a été enlevé. Et puis, pendant des décennies, on n'a plus parlé de viol. Il a fallu attendre 1980 pour que le crime de viol entre dans la loi. J'ai moi-même était victime d'inceste, j'ai 44 ans et je fais partie de la première génération à avoir un jugement qui dit que je ne suis pas l'agresseur mais bien la victime. Je peux me montrer à visage découvert, dire mon nom. Ce n'était pas le cas avant. 
  
LCI.fr : Le vote de cette proposition de loi, vous dites que c'est bien mais qu'il faut aller encore plus loin ?
I.A. :
On souhaiterait que l'inceste soit vraiment un crime spécifique, qui soit jugé en cour d'assises comme cela se fait au Canada par exemple. Aujourd'hui, on fait une distinction entre le viol et l'agression sexuelle, c'est-à-dire, pour dire les choses clairement, entre les relations sexuelles avec ou sans pénétration. Le problème n'est pas là dans l'inceste. Bien sûr il y a la douleur physique, mais le problème est avant tout psychique car il y a eu trahison. Il y a eu un abus de pouvoir qui déconstruit l'enfant. Cet enfant va mettre toute sa vie à s'en remettre. Reconnaître l'inceste comme un crime spécifique permettrait de reconnaître cela.

Ensuite, cela évitera que l'on correctionnalise les viols d'enfants. Aujourd'hui les viols d'enfants par fellation sont jugés en correctionnelle avec des peines encourues qui sont moindre qu'en cour d'assises. Pour la victime, cela veut dire que la société minimise l'affaire, qu'elle se rend complice de l'agresseur. Par facilité, parce que les tribunaux sont encombrés, parce que la justice est à la bourre, les victimes en font les frais aujourd'hui.

LCI.fr : L'opposition s'est abstenue lors du vote. Vous comprenez pourquoi ?
I.A.
 : J'étais dans l'hémicycle lors des débats et j'ai ressenti leur abstention comme un pêché d'orgueil. A travers la députée socialiste George Pau-Langevin, principale élue à intervenir au micro, ils ont dit qu'ils avaient été saisis trop tard, qu'ils n'avaient pas eu le temps d'étudier le texte. Ils ont pinaillé sur la définition de l'inceste. Je ne suis pas d'accord avec cela. J'ai rencontré madame Pau-langevin en 2005 lorsqu'elle était à l'Hôtel de Paris. Je lui ai proposé de travailler sur le sujet, comme je l'ai fait avec beaucoup d'autres personnes, car notre association est apolitique. J'attends toujours qu'elle me rappelle.
 
En 2004, déjà, on avait fait une opération très forte qui s'appelait « 50 000 nounours ». Nous avions notamment déposé un manifeste, en donnant des chiffres etc, à tous les députés et sénateurs, en leur demandant de le signer. Nous n'avons eu aucune réponse de la gauche et ça, personnellement, je ne m'en suis toujours pas remise. En 2005, il y a eu un premier rapport sur la question de l'inceste, rédigé par Christian Estrosi. Là encore la gauche aurait pu s'en saisir, mais elle ne l'a pas fait. L'inceste est un problème de société avant d'être un problème politique. Tout le monde devrait se soucier de nos enfants. Et tout cela je l'ai dit en face, hier, à Madame Pau-Angevin.

Par Alexandra Guillet le 29 avril 2009 à 15:48
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21 Commentaires

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  • Sephoralite, le 30/05/2009 à 17h20

    Courage je vous soutien de tous mon coeur il fo avancer et tres vite mon assotiation ce bat a marseille et jai ecrit un livre

  • Sephoralite, le 30/05/2009 à 17h18

    Victime dinceste je vous soutien es moi meme commencer a cree une assotiation contre le viol et lincester bon courage

  • Sephoralite, le 30/05/2009 à 17h16

    Je souhaite fleau de sante puplique reconnue je vous soutien de tous mon coeur

  • Cat28, le 04/05/2009 à 09h08

    Quand meme il etait temp car cela ne ce pardonne pas

  • Chanouk, le 03/05/2009 à 11h38

    Je suis sortie du déni à 38 ans et 11 mois, donc trop tard car il y a prescription. Pourquoi ne pas avoir parlé plus tôt, et bien tout simplement parce que je ne pouvais pas. Rien n'est prévisible à savoir quand une victime parlera ! J'ai tout révélé à ma mère, elle m'a rejetée, et ça fait plus de 4ans que je ne l'ai pas vu. Elle soutien son mari, l'homme qui m'a reconnu. Le plus dur est d'être trahi par sa famille lorsque l'on révèle ce terrible secret dont on est tenue de rester sous peine de représailles de la part de son agresseur.J'ai brisé le silence pour pouvoir guérir des divers maux qui m'envahissent depuis plusieurs années dont certaines hospitalisations. Je suis maintenant adhérente à AIVI et mobilisée pour faire bouger les choses dans ma ville. Courage à toutes les victimes et serrons nous les coudes. Bravo à Isabelle Aubry pour nous tous. MERCI;

  • Boss, le 01/05/2009 à 13h43

    A Cath75 si vous êtes vraiment psy et que vous soutenez les relations entre frère et soeurs vous devriez immédiatement venir me consulter car je suis psy et je ne cautionne pas du tout cela.L'inceste est valable entre frères et soeurs même si comme certains disent un amour entre eux cela reste de l'inceste.Il y a aussi l'inceste par viol ce qui rajoute une couche à ce crime.Adulte ou pas l'inceste le reste entre fratries d'une même famille.Ceux qui défendent la cause de l'amour incestueux sont généralement les plus exposés dans le cas d'un durcissement de la loi.Pour le principe des libertés on devrait accepter tout et n'importe quoi.Dans une société même les libertés ont leurs limite.

  • Aude46, le 30/04/2009 à 18h17

    "des frère/soeur, des cousin/cousine qui s'aiment et qui ont choisi de vivre cette amour, seront des criminels passibles de la cour d'assise ?" nous ne parlons pas des relations entre adultes consentants, mais des relations imposées à un enfant soit par un adulte soit par un autre enfant de la fratrie. avec cette précision indispensable : un enfant ne peut pas être consentant à quelquechose qu'il ne peut pas évaluer en pleine conscience. il faut en finir avec le consentement de la victime mineure me^me dans la fratrie: c'est une illusion aux yeux d'observateurs extérieurs qui ignorent ce que les psychothérapeutes et autres experts appellent emprise. l'emprise sur un jeune enfant est le contraire d'un amour librement consenti et actualisé dans une sexualité génitale adulte. 45% des agressions sexuelles sur mineurs ont lieu avant l'âge de 9 ans. et Mireille Cyr au Canada (univrsité de Montréal) a prouvé que les agressions sexuelles par les frères étaient aussi dommageables et avaient des séquelles aussi graves que celles commises par les pères sur leurs enfants.

  • Madeleine, le 30/04/2009 à 16h02

    Bravo Madame Aubry pour votre lutte infatigable. Il n'y a eut que vous pour aider les victimes, que vous pour parler, dénoncer, briser le tabou: aujourd'hui nous vous devons beaucoup.

  • Jean Louis, le 30/04/2009 à 06h49

    Nous connaissons l'attachement, compréhensible mais aujourd'hui dépassé, des gens pour leur Commune, leur Département. Alors, vis à vis de l'inceste, faisont les réagir en diffusant une carte des Régions les plus touchées par cette horreur.

  • Cath75, le 30/04/2009 à 01h59

    @ Bridget de Tarbes : oui, des relations entre frère et s?ur ont pour nom "inceste", d'où mon indignation devant la confusion quasi-générale entre viols incestueux (en général un adulte sur un mineur) et l'inceste entre deux adultes consentants. Seriez-vous homophobe, Bridget ? Car c'est exactement le même raisonnement qu'ont tenu, que tiennent encore, les accusateurs des relations entre personnes du même sexe : ce ne sont pas des relations "normales" !! Dans certains pays, les homosexuels sont jetés en prison. Avec cette loi mal ficelée, les amants incestueux seront des criminels, eux aussi. Merci pour votre conseil, mais je suis psy, justement ! Les codes de notre société semblent faire fi d'un principe fondamental (parmi d'autres) : le respect de la liberté de l'autre si cette liberté n'entrave pas la mienne. La tolérance de la différence, si vous préférez. Laissez donc les gens s'aimer, quelque soit leur sexe ou leurs liens familiaux (les amours incestueuses sont beaucoup plus répandues que vous ne l'imaginez, mais presque toujours cachées). Pour en revenir aux viols incestueux, oui, il faut des lois et des condamnations. Mais pourquoi nombre de ces violeurs semblent ne pas comprendre ce qu'on leur reproche ? Parce que, pour la plupart, ils ont été d'abord des victimes avant d'être des bourreaux. Alors, avant de les traiter de monstres, penchez-vous vraiment sur le problème comme moi je l'ai fait dans le cadre de l'exercice de ma profession.

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