
Cette affaire est devenue emblématique de la violence dans les banlieues françaises et du regain d'antisémitisme que la communauté juive française dénonce depuis l'aggravation du conflit en Israël au début des années 2000. Youssouf Fofana et 26 complices présumés comparaissent depuis mercredi pour le rapt et l'assassinat en février 2006 d'Ilan Halimi, jeune Français juif. Deux accusées mineures au moment des faits devaient demander une audience à huis clos, ce qui devrait légalement être suivi (lire l'encadré plus bas), malgré l'opposition de la famille Halimi. "C'est la loi du silence qui a tué son fils. Il serait intolérable qu'elle s'impose encore aux assises", a ainsi déclaré Maître Francis Szpiner, son avocat. Les auditions de 162 témoins et 50 experts sont programmées au cours de deux mois et demi de procès, jusqu'au 10 juillet.
"Gang des barbares" : quand l'appât fait tomber un directeur de prison
Le directeur de la maison d'arrêt pour femmes de Versailles a été mis en examen pour avoir fait bénéficier d'un traitement de faveur à la jeune femme condamnée pour avoir servi d'appât dans l'affaire du "gang des barbares", selon le Parisien.
Publié le 13/01/2011
Ilan Halimi, 23 ans, avait été enlevé le 20 janvier 2006 à Sceaux, où il avait été attiré dans un guet-apens par une jeune fille servant d'"appât". Après de vaines négociations avec sa famille pour une demande de rançon de 450.000 euros et une séquestration très violente de trois semaines émaillée de tortures et de sévices dans une cave d'immeuble, il avait été retrouvé agonisant le 13 février près d'une gare de l'Essonne. Il est mort à l'hôpital. La mère de la victime a écrit avant le procès un livre intitulé "24 jours", où elle critique la police. Selon elle, elle a mal conduit l'enquête en niant l'antisémitisme des ravisseurs et leurs intentions criminelles, et a manqué plusieurs occasions de démasquer les ravisseurs.
Extradé de Côte d'Ivoire
La personnalité de Youssouf Fofana, 28 ans, Français d'origine ivoirienne, est au centre de ce dossier. Il est considéré comme le chef du gang, l'instigateur de l'enlèvement et l'auteur unique de l'assassinat, commis à coups de couteau. Poursuivi pour "enlèvement, séquestration en bande organisée avec actes de tortures et de barbarie, assassinat", il reconnaît l'ensemble des faits mais nie avoir tué le jeune homme. Il encourt la réclusion à perpétuité. Après la mort d'Ilan Halimi, il a téléphoné au père et à l'amie de la victime pour les menacer de mort, depuis la Côte d'Ivoire où il avait fui. Il y a été finalement arrêté puis a été extradé vers Paris le 4 mars 2006. Il sera aussi jugé pour cinq autres tentatives d'enlèvements infructueuses ayant précédé l'affaire Halimi.
Selon les dépositions des membres du groupe, Ilan Halimi aurait été choisi parce qu'il était juif, ce qui, dans l'esprit des membres du gang, impliquait qu'il avait de l'argent et qu'il serait soutenu financièrement par sa communauté. Le parquet contestait initialement le mobile antisémite du crime, mais la circonstance aggravante de faits commis "en raison de l'appartenance de la victime à une ethnie, une race ou une religion déterminée" a finalement été retenue contre lui et un autre accusé pour la séquestration et l'assassinat. Parmi les autres accusés, dont 19 sont en prison, figurent les jeunes filles utilisées comme "appâts", les personnes ayant participé à son enlèvement et surveillé Ilan Halimi. Plusieurs suspects sont poursuivis pour les délits de non-assistance à personne en danger ou non-dénonciation de crime.
| Le huis clos, un principe de droit aux assises des mineurs |
Le procès du meurtre d'Ilan Halimi, qui s'ouvre mercredi à Paris, devrait se tenir en l'absence des journalistes car le huis clos est un principe de droit pour toute audience devant la cour d'assises des mineurs. Deux des 27 accusés n'avaient pas 18 ans au moment des faits début 2006 et la justice, qui les considère encore comme "mineurs", n'a pas disjoint leurs cas Cela explique que toute la procédure, y compris les débats concernant les majeurs, relève du huis clos excluant tous les journalistes, et le public à quelques exceptions près, d'après un principe édicté par l'Ordonnance du 2 février 1945 sur la délinquance des mineurs. Le Code de procédure pénale (art. 306) précise que le huis clos peut être levé à la cour d'assises des mineurs, mais à la double condition qu'un accusé mineur en fasse la demande et qu'aucun autre dans la même situation ne vienne s'opposer à cette demande. Dans le cas du procès de l'affaire Halimi, la jeune femme accusée d'avoir servi d'"appât" pour l'enlèvement d'Ilan, Emma (17 ans à l'époque) souhaite a priori le huis clos, et l'autre mineur accusé de complicité ne devrait pas contrarier ce voeu, selon leurs avocats. Favorable à un débat public, la famille Halimi devrait malgré tout réclamer, dès l'ouverture du procès, que le huis clos soit levé. |
(D'après agence)
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