Verdict pour Burgaud, les juges dans le collimateur

Par Alexandra GUILLET (avec agence), le 24 avril 2009 à 06h00 , mis à jour le 24 avril 2009 à 11h59

Le Conseil supérieur de la magistrature devrait selon plusieurs sources infliger une "simple réprimande" au juge ayant instruit l'affaire d'Outreau.

Fabrice Burgaud magistrat Outreau jugeImage d'archives © Abaca
Fabrice Burgaud, 37 ans, va-t-il être sanctionné par ses pairs pour son instruction de l'affaire d'Outreau ? Après avoir reporté sa décision d'un mois, le Conseil supérieur de la magistrature se prononcera en début d'après-midi. L'affaire s'était soldée par quatre condamnations mais surtout par l'acquittement de 12 personnes victimes d'accusations fantaisistes de pédophilie. Une treizième personne, un homme qui clamait également son innocence, est mort en détention d'une surdose de médicaments.
  
Le ministère, qui est à l'origine de la saisine de l'instance disciplinaire, reproche à ce magistrat son "manque évident de rigueur et d'impartialité" lorsqu'il a instruit, en 2001-2002 au tribunal de Boulogne-sur-Mer où il venait d'être affecté à la sortie de l'école de la magistrature, cette affaire très médiatisée d'abus sexuel sur mineurs dans la ville d'Outreau. Lors de l'audience début février, la Chancellerie a réclamé contre lui un an maximum d'exclusion de la magistrature. La défense a, en revanche, demandé la "réhabilitation" d'un "homme (qui) a agi en conscience, a fait ce qu'il a pu". Fabrice Burgaud, lui, a demandé au CSM de lui "rendre (son) honneur". Aujourd'hui, il est affecté au parquet de Paris. Selon une source proche du dossier citée par Europe 1 et Le Figaro, le CSM devrait infliger au juge une "simple réprimande".
Cette sanction, la plus basse parmi une échelle de neuf possibles, aurait été obtenue par six voix pour et cinq voix contre. L'un des avocats du juge Burgaud, Me Jean-Yves Dupeux, a aussitôt assuré que si la sanction était confirmée officiellement, le magistrat déposerait "certainement" un recours devant le Conseil d'Etat, instance qui déciderait en dernière ressort, statuant sur le fond du dossier.

Seul autre magistrat poursuivi, le procureur de Boulogne Gérald Lesigne n'a lui reçu aucune sanction après une autre audience du CSM en 2007, où a été remarqué qu'il avait agi avec l'appui de sa hiérarchie. La Chancellerie l'a depuis muté à Caen, au même grade.

Une réforme difficile à mettre en oeuvre    

Le fiasco d'Outreau avait contribué à miner la confiance des Français dans leur Justice, et avait posé de façon criante le problème de la responsabilité des magistrats. Comme pour anticiper une éventuelle relaxe du juge Burgaud, Nicolas Sarkozy a annoncé mardi depuis Nice le dépôt dans les prochaines semaines d'un projet de loi organique sur cette question. "En faisant cette déclaration, Nicolas Sarkozy a voulu préparer l'opinion, à quelques semaines d'une échéance électorale, au cas où le juge Burgaud n'aurait aucune sanction. Il a voulu dire à cette opinion, moi, Nicolas Sarkozy, je prépare quelque chose pour éviter cela", estime Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats.

Cette réforme prévoirait notamment la possibilité pour les justiciables de saisir le CSM directement s'ils s'estiment lésés par le comportement d'un juge, alors qu'actuellement seuls les procureurs généraux, les présidents de cours d'appel et le ministre de la Justice ont ce pouvoir. Deux nouvelles sections seraient créées au sein même du CSM pour "filtrer" ces plaintes, une pour les juges du siège, l'autre pour les juges du parquet.
"Difficile en pratique"

Les magistrats sont dans l'ensemble favorable à cette réforme. Mais à plusieurs conditions. "La loi organique telle qu'elle nous a été présentée nous inquiète un peu parce que les filtres paraissent insuffisants, explique Christophe Régnard. Son syndicat, majoritaire, a d'ailleurs rendez-vous la semaine prochaine à la Chancellerie pour en discuter. "Il faut selon nous, pour envisager la saisine par un citoyen, que l'affaire soit définitivement jugée et que la juridiction ait constaté qu'il y avait eu un problème dans le comportement du magistrat".

De son côté, Pascal Eydoux, président de la Conférence des bâtonniers (qui représente tous les barreaux de France, hormis Paris) se dit "réservé" sur la faisabilité d'une telle réforme  "Que les justiciables puissent  saisir le CSM, sur le plan de la démocratie, c'est très bien. Mais sur le plan pratique, elle sera difficile à mettre en œuvre. Faire comprendre au public la différence entre, d'un côté, la décision de justice et  son autorité et, de l'autre, la faute comportementale du magistrat, va être extrêmement difficile", prévient-il.
Surtout, estime-t-il à l'instar de son collègue magistrat, "il est indispensable que cette saisine passe par des filtres car on ne peut pas imaginer un système qui soit de nature à empêcher un magistrat à prendre des décisions. Le pouvoir judiciaire est un pouvoir indépendant qui ne peut pas être fragilisé par une menace systématique. Sinon, le juge n'osera plus juger et ça ce n'est pas possible non plus". 
Par Alexandra GUILLET (avec agence) le 24 avril 2009 à 06:00
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61 Commentaires

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  • ROMY, le 30/04/2009 à 16h55

    BRAVO A TOUS ! VOUS AVEZ COMPRIS CE QU EST LA JUSTICE FRANCAISE !

  • Carla, le 28/04/2009 à 01h34

    ça cache quelque chose: si c'est par corporatisme que les magistrats defendent burgaud c'est qu'ils cherchent l'autodestruction ou souhaitent ils une petite revolution?

  • Frederic, le 28/04/2009 à 01h21

    Au secours du juge Burgaud Responsabilité: devoir de répondre de ses actes, toutes circonstances et conséquences comprises, c'est-à-dire d'assumer: il assume son salaire Corporatisme: regroupement de différents corps de métier au sein d'institutions défendant leurs intérêts: si les magistrats veulent défendre leur image et leurs intérêts ils ont raison de cautionner ce merveilleux individu. Justice: le respect du droit et de l?équité comme fondement de la vie sociale: c'est tout bon!

  • Djp, le 25/04/2009 à 11h11

    Une petite tape sur la main !! Une honte pour ces juges beaucoup plus prompts et sévères à réagir contre une décision de leur ministre de tutelle....! Deux catégories , en France , sont intouchables :les journalistes et la magistrature. (souvenons-nous du "petit juge " Lambert " de l'affaire Grégory... et de bien d'autres !!! ) On vous a mis en détention ? c'est pour votre bien ! et puis , vous serez dédommagés : alors , ne vous plaignez pas !!LA JUSTICE VEILLE POUR VOUS , BRAVES GENS : DORMEZ BIEN !!!

  • CACHOU, le 25/04/2009 à 11h04

    Outre la sanction qui fait déjà debat, il faut souligner le peu de dignité du juge BURGAUD .....Quand on a fait une erreur aussi enorme , comment continuer à exercer cette profession en se regardant encore le matin dans la glace et se dire: je continue . sincerement à sa place j'aurai changé de metier ou tout du moins d'activité.....cette corporation à beaucoup à faire pour evoluer ..

  • Jock, le 25/04/2009 à 02h17

    Le juge Burgaud aurait du être jugé sur la place publique en présence de ses victimes . Il a su faire le beau devant les media en étalant sa superbe obstination. Il doit répondre du mal qu'il a fait par bétise. Mais le commisssaire Masson doit aussi etre jugé pour son enquète falsifiée , de même que tous les autres protagonistes dont les fameuses assistantes sociales. Ils sont tous complices et doivent tous répondre de leur actes. La justice est représenté avec les yeux bandés, il fauit lui ajouter un bonnet d'ane!!!

  • Walter, le 25/04/2009 à 01h23

    L'incompétence est récompensée. Normal puisque que ce jugement du CSM est lui aussi fait par des incompétents. Les loups ne se dévorent pas entre eux, ils se protègent. Tous ces gens payés avec nos impôts se croient au dessus du quidam normal que nous sommes. Cela indique que malheureusement nous vivons dans une république bananière, et que ces gens qui au demeurant sont des improductifs, vivent à nos crochets et non content de cela ont barre sur nous. Il faudra que cela change un jour ! Le plus rapidemment serait le mieux.....

  • Mimi, le 24/04/2009 à 22h41

    Franchement ecoeurant la justice Francaise et vraiment la honte ,les voyous on de beaux jours devant eux et les personnes qui ont souffert sont laisses pour compte

  • Planeur, le 24/04/2009 à 18h51

    Pas surprenant ce verdict car nos juges sont intouchables depuis de nombreuses decennies en brisant des vies car ils sont assurés de ne jamais subir une sanction. Ils participent activement à la violation des droits de l'homme en toute impunité dans notre pays.

  • Jacques, le 24/04/2009 à 18h31

    La sanction ayant toujours valeur d'exemple, cet imbécile aurait du être sévèrement sanctionné afin d'inciter ses collègues à mieux exerccer leurs lourdes responsabilités. il devrait en être de même pour tous les détenteurs de l'autorité. il semble qu'il soit indispensable d'exiger de l'état de revenir sur cette "réprimande" scandaleuse.

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