Jacques Viguier/Image d'archives © TF1-LCI"Fatigué" mais optimiste. Le procès de Jacques Viguier, poursuivi pour le meurtre de sa femme mystérieusement disparue en 2000 et dont le corps n'a jamais été retrouvé, s'est ouvert lundi pour deux semaines devant la cour d'assises de Haute-Garonne par une courte intervention de l'accusé. "Je suis fatigué mais en même temps, ce sera une délivrance d'être acquitté dans 15 jours", a déclaré le professeur de droit public de la Faculté de droit de Toulouse, le visage fermé, entouré de ses avocats et suivi d'une cohorte de journalistes, lors de son entrée au tribunal. Sans jamais adresser de regard aux proches de son épouse, il a pris des notes lors de la lecture de l'acte d'accusation.
Suzanne Blanch épouse Viguier, mère de trois enfants, avait disparu le 27 février 2000, la veille d'un rendez-vous avec son avocat pour entamer une procédure de divorce. Elle avait été raccompagnée à son domicile vers 4h30 par son amant après une partie de cartes. Son mari n'avait signalé la disparition que trois jours plus tard, expliquant que le couple faisait chambre à part. Au mois de mai 2000, Jacques Viguier avait été mis en examen et écroué en raison d'"incohérences et d'incertitudes" dans ses explications et sur la foi d'expertises scientifiques. La disparition du matelas du canapé sur lequel dormait Mme Viguier, la présence d'ADN mélangé des deux époux décelé dans des taches de sang découvertes sur du linge de maison, un mystérieux coup de fil passé du domicile à une heure où il certifie qu'il faisait un jogging... ont formé un faisceau de présomption dans une enquête sans aveu et sans cadavre.
Une personnalité complexe dotée d'une intelligence exceptionnelle
L'avocat de Jacques Viguier a déclaré que l'accusé "était partagé entre angoisse et confiance. Angoisse car ça fait 9 ans qu'il suit cet itinéraire et confiance car il croit à la justice de son pays". "Il n'y a pas de doute depuis le début, toutes les personnes qui connaissent le dossier savent qu'il est coupable, reste à le démontrer et à le prouver. Selon l'accusation, le mobile est que le lendemain matin, elle avait rendez-vous chez un avocat et Jacques Viguier ne voulait pas divorcer", a déclaré pour sa part l'avocat des parties civiles. "Même si lui-même avait quelques turpitudes conjugales, il avait estimé qu'à un certain niveau social, on ne divorçait pas", a ajouté avant l'ouverture des débats l'avocat, convaincu qu'il y aura un nouveau procès. "Il y aura forcément appel, affirme-t-il : s'il y a acquittement, c'est le parquet qui fera appel, s'il est condamné, c'est Viguier qui fera appel". Jacques Viguier avait effectué 9 mois de détention provisoire après sa mise en examen en mai 2000.
Jacques Viguier a fait face lundi après-midi à une série d'experts qui ont décrit une personnalité complexe dotée d'une intelligence exceptionnelle. "D'un point de vue scientifique, rien ne me permet de conclure à une innocence ou bien à une culpabilité", est venu dire à la barre Daniel Zagury, expert psychiatre. "En revanche, dans l'hypothèse éventuelle de sa culpabilité bien sûr, l'acte criminel ne pourrait s'expliquer ni par la passion, ni par la vengeance ni par la jalousie. Excluant l'assassinat à froid, je ne verrais alors que l'hypothèse d'un effondrement brutal de personnalitéavant l'acte criminel, suivi d'un rétablissement de toutes ses facultés", a-t-il ajouté. "Monsieur Viguier ne souffre pas d'aliénation mentale. Son état est compatible avec une éventuelle condamnation", a-t-il ajouté en évoquant la vie tumultueuse de ce couple, chacun ayant tour à tour commis des infidélités jusqu'à ce que Suzanne n'annonce à son mari son intention de rencontrer un avocat pour entamer une procédure de divorce. Le verdict est attendu le 30 avril.
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