Furieux, excédés, les personnels pénitentiaires. Et ils ont prévenu : cette fois-ci, ils iront "jusqu'au bout" pour obtenir une amélioration de leurs conditions de travail. "Désormais, nous ne parlerons plus pour parler, on veut des négociations avec des avancées, prévient sur LCI.fr Jean-François Forget, responsable de l'Ufap-Unsa, premier syndicat pénitentiaire (écoutez interview). Il y en a marre que dans ce pays il faille toujours en venir au sacro-saint rapport de force physique pour que peut-être enfin les autorités pénitentiaires et politiques prennent conscience de la situation et l'assument a minima".
A l'appel de l'intersyndicale Ufap-Unsa -FO-CGT, quelque 4000 surveillants se sont mobilisés lundi, bloquant diversement 120 établissements pénitentiaires dans l'Hexagone, selon les syndicats. L'Administration pénitentiaire, pour sa part, n'a comptabilisé que "79 établissements sur 194" effectivement victimes de blocages, et "7% des effectifs mobilisés" par le mouvement. Une certitude en tout cas, au-delà de cette querelle de chiffres : dans plusieurs régions, les forces de l'ordre sont intervenues pour libérer les accès aux prisons (lire article). Dans la soirée, les forces de l'ordre ont chargé à plusieurs reprises pour dégager des barrages de pneus enflammés empêchant de ramener des détenus à la prison de Fleury-mérogis.
Les gardiens, qui n'ont pas le droit de faire grève, menacent de prolonger leurs actions au moins jusqu'à jeudi et même de le durcir si le gouvernement reste sourd à leurs revendications. L'intersyndicale a annoncé qu'elle avait obtenu un rendez-vous mardi matin à 10 heures à la Chancellerie.
Ce malaise du monde pénitentiaire, exprimé à travers le mot d'ordre de "blocage progressif" lancé par les principaux syndicats de surveillants se reflète dans les chiffres de la surpopulation, des suicides et dans les rapports officiels sur l'insécurité.
SURPOPULATION
Au 1er avril, on comptait 63.351 détenus pour seulement 52.535 places disponibles dans les quelque 200 prisons françaises. Un pic historique a été atteint le 1er juillet 2008 avec 64.250 détenus. Le taux de densité carcérale, actuellement de 120,5% (102% en moyenne dans les 47 Etats du Conseil de l'Europe), révèle une surpopulation récurrente. "Ces situations engendrent sans aucun doute des situations d'attente et de frustrations", note le Contrôleur général des prisons dans son rapport 2008. Cela pèse sur l'état psychologique des détenus et de ceux qui les surveillent.
Le nombre excessif de prisonniers par cellule, parfois quatre ou cinq, gêne l'organisation des activités et des visites, et entraîne des problèmes d'hygiène. «On demande toujours plus aux surveillants. Plus de promenades, plus de sports, plus d'audience, plus de gestion de la population pénale sans avoir plus de moyen, avec des salaires au ras des pâquerettes et des primes qui sautent dès qu'on pause un arrêt maladie. C'est une conjoncture que le personnel ne supporte plus », dénonce Jean-François Forget. « Un surveillant c'est un repos tous les 5-6 jours, un we toutes les six semaines, des nuits à répétition... », ajoute-t-il.
SUICIDE
Le nombre de suicides chez les détenus a fortement augmenté en 2008 avec 115 suicides de détenus, contre 96 l'année précédente. Depuis début 2009, l'association Ban public a recensé "52 suicides et morts suspects". Toujours depuis le 1er janvier, les syndicats dénombrent dix suicides chez les surveillants. Le mois dernier, deux d'entre eux se sont donné la mort avec leur arme de service dans le mirador où ils travaillaient.
INSECURITE
Manque de personnel et locaux vétustes : de nombreux surveillants ne se sentent pas en sécurité dans leur travail. «Les surveillants n'en peuvent plus car leur quotidien c'est des menaces, des insultes, des crachats, des agressions physique, un manque de considération et de soutien de sa hiérarchie. J'en ai marre d'ouvrir mon ordinateur et de voir qu'hier encore quatre surveillants ont été frappés», s'emporte Jean-François Forget.







