
Saisie par la famille d'Ilan Halimi, la justice a ordonné mercredi en référé le retrait des kiosques du mensuel Choc qui depuis vendredi publie en Une une photo du jeune juif torturé à mort en janvier 2006 par le Gang des Barbares. Pour tout exemplaire paru après vendredi 14h, la société SCPE qui édite le magazine devra verser 200 euros d'astreinte. A l'annonce de la décision, les avocats de Choc ont annoncé qu'ils allaient faire appel. L'audience pourrait avoir lieu vendredi. En France, l'interdiction d'une parution, quelle qu'elle soit, est rarissime. Le parquet s'était associé à la demande des proches de la jeune victime.
Le cliché concerné avait été pris par les tortionnaires du jeune homme et adressé à ses parents afin d'obtenir une rançon. La photo le montre, pistolet sur la tempe, le visage masqué par un scotch argenté, les poignets entravés, un quotidien posé sur le torse. Figurant dans le dossier d'instruction, la photo a été versée aux débats de la cour d'assises des mineurs qui juge depuis le 29 avril les membres présumés du "Gang des barbares", Youssouf Fofana et 26 autres jeunes, soupçonnés d'être impliqués dans le rapt et la mort d'Ilan Halimi.
"La liberté de la presse a une limite"
La mère et les deux soeurs d'Ilan Halimi ont assigné le magazine, en kiosque depuis vendredi, pour "atteinte à l'intimité de la vie privée". "La famille ressent cette photo comme quelque chose de particulièrement intolérable", avait expliqué mercredi leur avocat, Me Francis Szpiner. "La liberté de la presse a une limite", avait-il plaidé, estimant que la publication de ce cliché, remis par les tortionnaires à la famille pour obtenir une rançon, n'apportait "rien d'éclairant dans le débat public" et n'était que "voyeurisme".
Contacté par LCI.fr avant la décision en référé, Paul Payan, rédacteur en chef de Choc, réfutait ce dernier argument auquel il opposait un "devoir d'informer". "Nous avons décidé de publier cette photo pour plusieurs raisons. D'abord parce que notre cible est un lectorat jeune, qui entre dans l'information par l'image beaucoup plus que par l'écrit. Ensuite, à un moment où dans le cadre d'un procès à huis clos, on entend tout et son contraire sur l'attitude de Youssouf Fofana et de son gang, à un moment où on a un Dieudonné qui le défend tacitement, il nous paraissait essentiel de montrer à nos jeunes lecteurs le comportement qu'avait eu le dit Fofana dès le premier jour de la séquestration d'Ilan Halimi. Cette photo, prise dès le lendemain de l'enlèvement, montre que la barbarie était présente dès le départ. Il nous est apparu pédagogiquement important de montrer ce que peut donner ce genre de comportement".
Enfin, Paul Payan rappelle que le cliché litigieux avait déjà été diffusé en 2006 dans une émission de M6, "alors que l'affaire était encore à l'instruction" et que "cela n'avait donné lieu à aucune poursuite". Réponse de Mme Caby, qui a reconnu à l'audience que cette diffusion avait échappé à la sagacité du parquet : cette "divulgation préalable ne donne pas un droit postérieur à la diffusion" et "ne fait pas disparaître le caractère attentatoire à la dignité humaine".
Retour MYTF1



Chargement en cours...





