Un juge français s'en prend à trois dirigeants africains

le 05 mai 2009 à 23h10 , mis à jour le 06 mai 2009 à 11h41

Une information judiciaire a été ouverte contre l'avis du parquet, visant Omar Bongo, Denis Sassou-Nguesso et Teodoro Obiang.

TF1/LCIOmar Bongo © TF1/LCI

Contre l'avis du parquet, un juge d'instruction de Paris a décidé mardi d'ouvrir une information judiciaire pour "recel de détournement de fonds publics" concernant le patrimoine détenu en France par trois présidents africains de pays producteurs de pétrole. Procédure unique en son genre, des poursuites sont donc susceptibles d'être déclenchées concernant les 39 propriétés et 70 comptes bancaires détenus en France par Omar Bongo, président du Gabon et ses proches, les 24 propriétés et 112 comptes bancaires du président du Congo-Brazzaville Denis Sassou-Nguesso. Le dossier concerne aussi les limousines achetées à Paris pour plus de 4 millions d'euros par le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang, et ses proches.

Mercredi, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a refusé de se prononcer sur un éventuel appel du parquet contre l'ouverture d'une enquête mardi visant les biens détenus en France par les présidents de trois pays africains. "Je ne suis pas partie à l'affaire, je m'exprime en tant que garde des Sceaux. La plainte a été jugée recevable par la juge d'instruction, le parquet fera des réquisitions", a-t-elle dit sur RMC et BFM TV.

Cette décision, rendue par la doyenne des juges du pôle financier de Paris Françoise Desset après une plainte de l'association Transparency France, devrait cependant faire l'objet d'un appel du parquet. Ce dernier demandait un refus d'informer, jugeant irrecevables les plaintes déposées. Dans ce cas, la chambre de l'instruction devra trancher et dans l'attente de son arrêt, il n'y aurait pas d'investigations.

Plaidoyer pour la survie du juge d'instruction

L'avocat des plaignants, Me William Bourdon, a cependant salué la décision. "C'est une décision sans précédent parce que c'est la première fois qu'une enquête judiciaire est ouverte concernant le détournement d'argent public imputé à des chefs d'Etats en exercice. Est désormais possible l'identification et la poursuite de ceux qui, inlassablement et sournoisement, appauvrissent leurs pays", a-t-il commenté. A ses yeux, la décision met en lumière l'inanité du projet de l'Elysée de supprimer le juge d'instruction. "Si le juge d'instruction était supprimé dans ce pays, une telle enquête n'aurait jamais eu une chance d'aboutir. L'appel est probable et le parquet devra alors assumer d'apparaître comme ce qu'il est, le bras armé de la raison d'Etat", a-t-il ajouté.

La juge a accepté la plainte déposée en décembre par l'association Transparency International France, qui a selon elle le droit juridiquement d'agir, mais non celle d'un citoyen gabonais, Grégory Gbwa Mintsa, qu'elle juge irrecevable. Les biens ont déjà été minutieusement inventoriés par la police financière parisienne en 2007 dans une enquête préliminaire. Mais le procureur avait déjà classé sans suite cette première procédure, estimant alors que l'infraction n'était "pas suffisamment caractérisée".

Climat tendu en Afrique

La procédure se déroule dans un climat tendu en Afrique, où deux Congolais qui voulaient porter plainte ont renoncé en expliquant avoir reçu des menaces. En janvier, Grégory Gbwa Mintsa a été emprisonné durant douze jours dans son pays. Me William Bourdon assure qu'un avocat de Paris se disant mandaté par le Gabon est venu lui proposer d'ouvrir un compte bancaire en Suisse bien garni pour son association, Sherpa, associée à la procédure.

Les immeubles cossus du trésor africain sont devenus encombrants. Un hôtel particulier acheté près des Champs-Elysées pour 18,8 millions d'euros par l'épouse d'Omar Bongo, fille de Denis Sassou-Nguesso, a fait l'objet en 2007 d'un simulacre de "saisie" publique par des militants anticorruption. Les fonds ne peuvent venir, pour les plaignants, des salaires des présidents, mais ont forcément, à leurs yeux, été acquis avec de l'argent public détourné. Ils soulignent que le procès Elf à Paris en 2003 a démontré que les revenus tirés de "l'or noir" profitaient personnellement aux chefs d'Etats en question. Ces derniers nient toute malversation. Mais Omar Bongo n'a pas engagé à ce jour les poursuites en diffamation qu'annonçait son avocat, Me Patrick Maisonneuve. Denis Sassou-Nguesso a assuré qu'il ne possédait en propre que deux logements en France. Le reste, détenu par ses enfants, ne le regarde pas, a-t-il au Figaro en mars.

D'après agence

le 05 mai 2009 à 23:10
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18 Commentaires

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  • Dieudescris, le 10/05/2009 à 14h42

    Sur un plan de technique juridique pure, je crains que la procédure ne puisse pas aller bien loin.

  • JGH, le 07/05/2009 à 09h02

    Hélas, ce magistrat vient de saborder sa carrière...

  • Orphee, le 06/05/2009 à 19h55

    C'est bien de montrer tant d'intérêt pour la corruption en Afrique mais si la justice faisait le ménage devant sa porte en s'occupant de la corruption en France. Tous ces procès coutent très cher à la collectivité et aboutissent rarement à une inculpation et encore moins à des "mesures descentes" afin d'éviter les récidives.

  • Regis, le 06/05/2009 à 17h20

    Et pendant que les dirigeants africains exploitent leur peuple, ces peuples viennent demander de l'aide chez nous et vivre a nos crochets......

  • Louarn, le 06/05/2009 à 17h13

    NONO, tu devrais faire le commerce d'enfants étant donné le peu de scrupule que tu affiches. Je ne SOURCILLERAIS , pour reprendre ton expression qui démontre que tu es prêt à n'importe quelle saloperie pour de l'argent, ni à la vue de ta misère, ni à la privation de tes droits les plus basiques, ni à ton exploitation crapuleuse. Il faudrait pour cela que tu mérites le qualificatif d'Homme.

  • Nono, le 06/05/2009 à 15h24

    Moi, ces gens me font vivre, je leurs vend des voitures de sport haut de gamme, des dizaines, et sans sourcilier. Je ne suis pas sur qu'il y est beaucoup de clients français qui aujourd'hui achètent des voiture à 150000 ? sans discuter contrairement à ce que l'on peut penser, se sont des personnes très correct, et qui font vivre l'économie du luxe. Merci à eux.

  • Pepone, le 06/05/2009 à 13h12

    Tant que les multinationales y trouverons leurs comptes tout le monde ferme les yeux de l'argent est distribué et peu importe a qui ,du moment que les actionnaires de ces multinationales touchent des dividendes a 2 chiffres peu importe si les Africains meurent de tout et au besoin une bonne guerre tiribale arrange bien les choses

  • Gybsi, le 06/05/2009 à 12h02

    Détourner des fonds publics, ou détourner un pouvoir politique à son profit, c'est du racket, du banditisme, ou tout ce qu'on veut sauf une bonne action; je souhaite que la France soit moins accueuillante aux voleurs et aux bandits (on en a bien assez chez nous!). Bravo aux courageux qui s'attaquent à ce problème !

  • Laure, le 06/05/2009 à 11h18

    Beaucoup de bruit pour rien ! La justice française n'est pas indépendante donc la politique france africaine va entérer toutes ces affaires.

  • Alain, le 06/05/2009 à 10h29

    Plus facile de s'en prendre à des potentats africains, qu'à ses collègues qui emprisonnent des innocents à tour de bras !

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