Un si fragile accord

Par F.L., le 11 mai 2009 à 11h17 , mis à jour le 11 mai 2009 à 11h54

L'accord qui avait mis fin aux blocages dans les prisons doit être signé ce lundi. Mais l'un des deux syndicats signataires, FO, fait marche arrière pendant que la CGT menace.

[Expiré] [Expiré] prisons © AFP

En concrétisant ce lundi la signature de l'accord conclu la semaine dernière, le gouvernement espère mettre un terme officiel au conflit qui a amené quatre jours de blocages dans les prisons. Privés du droit de grève, des surveillants en repos ou en délégation syndicale avaient perturbé les extractions de détenus et empêché l'accès des avocats. Le climat s'était tendu après des interventions musclées des forces de l'ordre pour dégager les barrages, notamment dans les grands établissements de la région parisienne. Mais l'accord ayant ramené le calme semble déjà compromis après les dernières déclarations de Christophe Marquès, secrétaire général de FO-pénitentiaire.

Il avait contribué à l'acceptation du compromis trouvé avec le ministère en expliquant à ses troupes qu'il fallait "savoir sortir la tête haute d'un conflit". Et les deux syndicats majoritaires, FO et Ufap, avaient annoncé, bien qu'en traînant les pieds, leur intention de signer un texte prévoyant notamment la création de 174 emplois dans le budget 2010 - texte qui selon eux ne réglait pas les problèmes les plus lourds. Mais le ton a changé ce lundi matin, lorsque, sur France Info, le même Christophe Marquès a annoncé sa décision de suspendre sa signature, lassé de "voir appliquer des règles pénitentiaires européennes sans moyens humains et matériels". Jérôme Capdevielle, secrétaire général adjoint du syndicat, a renchéri dans la matinée : "On ne peut pas signer avec une ministre qui fait des propositions et un directeur de l'administration pénitentiaire qui dit le contraire".

Le mail qui met le feu aux poudres

En cause : un courriel  qui vient d'être adressé aux chefs d'établissement par l'administration pénitentiaire, où il est écrit que les  modalités de l'accord "n'infléchissent en rien" la mise aux normes européennes. Or cette question de l'application des normes de l'UE est justement l'un des points les plus problématiques en raison du manque de moyens. Et l'accord conclu avec le ministère prévoit précisément que "les modalités de  mise en oeuvre" des "règles pénitentiaires européennes", chargées de mettre la France en conformité avec les standards de l'UE en matière d'accueil des détenus, "seront réexaminées afin  qu'il soit tenu compte des contraintes qu'elles font peser" sur les personnels. Devant ce décalage, FO réclame des explications. 

FO rejoint ainsi la CGT, troisième organisation et minoritaire, qui contestait l'accord conclu la semaine dernière. Elle a déjà appelé la "base" des surveillants, qui s'était montrée souvent très réticente la semaine dernière, à reprendre la mobilisation : "Soit la ministre vide les prisons, soit le gouvernement ouvre de nombreuses créations de postes". Son dirigeant, Céline Verzeletti, avait fait ouvertement part de ses interrogations lors de la conclusion du pré-accord la semaine dernière par FO et Ufap... après le départ de la CGT. Les deux syndicats s'étaient alors réclamés de l'appui de "plus de 60% des personnels". Alors même que de nombreuses assemblées générales tenues établissement par établissement dans les 194 centres de détention se sont montrées hostiles à l'accord.

L'Ufap aussi veut des explications

Après cette marche arrière de FO, le seul syndicat à soutenir encore le pré-accord semblait donc être l'Ufap. Or, du côté de l'Ufap, Jean-François Forget réclame aussi des éclaircissements du ministère. Et il accuse la direction de l'administration pénitentiaire, à travers son mail aux directeurs d'établissements, de "vouloir mettre de l'huile sur le feu".

Le front syndical pourrait donc bien se reconstituer. Et la mobilisation repartir, dans un conflit déjà marqué par une longue accumulation de ressentiment du côté des personnels pénitentiaires. Dans les prisons françaises où s'entassent 63.351 détenus pour 52.000 places, la situation est qualifiée de dramatique par les syndicats de surveillants. Meurtres, suicides de détenus et de gardiens se multiplient depuis la fin 2008. Une première menace de blocage avait été brandie à l'automne 2008 mais le mot d'ordre avait été levé in extremis après des promesses de la garde des Sceaux Rachida Dati d'améliorer le quotidien des 24.000 surveillants. S'estimant floués depuis lors, les syndicats n'avaient donc pas eu de mal à mobiliser leurs troupes dès lundi. Et la semaine dernière, c'est après l'échec d'une journée entière de négociations mardi et un rejet massif d'un premier projet d'accord, que les représentants syndicaux étaient revenus à la table du ministère.

Avec agences

Par F.L. le 11 mai 2009 à 11:17
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8 Commentaires

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  • Kad, le 12/05/2009 à 15h44

    Que je sache Fo et Ufap représentant à eux seuls une très grande majorité du personnel pénitentier ont obtenu à la base ce qu'ils demandaient, à savoir : la création d'un bureau social, davantage de surveillants en maison d'arrêt, aussi les chefs d'établissements n'auront plus ce prévilège de vous sanctionner quand l'agent est malade même si c'est justifié, cette circulaire est dorénavant supprimée ; en effet ellle permettait tout simplement de supprimer la prime de sujjettion spéciale de l'agent parce que vous étiez malade ! C'est fou ! quand on voit le travail peu reconnu et peu valorisant de ce métier, on comprend pourquoi le personnel pénitentier est délaissé, très rarement entendu par une hiéarchie sourde... Et ce n'est qu'un début !!! Un surveillant d'Auxerre.

  • Mimij, le 11/05/2009 à 20h24

    On oublie malheureusement de mentionner que cet accord risque de se faire sur le dos des personnes détenues. Car le Garde des Sceaux a essentiellement proposé un moratoire sur l'application des règles pénitentiaires européennes ; alors que ce même responsable politique se présente aux élections européennes !... Où est l'erreur ? Mimi

  • KIKI, le 11/05/2009 à 19h49

    En réponse à Rémi, normal qu'on en veuille toujours plus !!! On est certain d'obtenir un minimum en demandant beaucoup. Il s'agit de nos conditions de travail après tout. Les règles européennes on s'en fou un peu tant qu'on a pas le personnel nécessaire pour les appliquer. Actuellement, on est comme des citrons, on nous presse et quand on ne peut plus avancer, si on a le malheur de s'arrêter, on nous ponctionne du fric. Au moins les deux syndicats signataires de l'accord ont eu le courage d'affronter la ministre et faire front à un DAP faux-cul qui va à l'encontre des promesses faites pendant les négociations. Bravo à Christophe et à l'ufap

  • Abankor, le 11/05/2009 à 19h03

    Les 177 postes, tout le monde s'en fout; ce qu'ont obtenu d'autre les syndicats constitue l'essentiel de leurs revendications, ainsi que les moins avouables : abrogation de toutes les directives permettant un contrôles des arrêts de travail des personnels, révision de leur régime disciplinaire (comme s'il était draconien...), et surtout, régressions générale de l'administration pénitentiaire à travers tout un processus de rénovation innovant plaçant les détenus au coeur du dispositif : les Régles Pénitentiaires Européennes....et de ça, les syndicats ne veulent pas entendre parler! Quelques années d'effort pour faire évoluer les prisons mises à mal par une ministre en position de faiblesse que les syndicats ont sû opportunément pressurer...

  • Jhon, le 11/05/2009 à 17h50

    Ils ont signe des promesses ..... ils vont subir maintenant ....que du folklore qu ils ne viennent pas se plaindre dans quelque temps ....

  • Jano, le 11/05/2009 à 15h40

    La base ne croit pas aux promesses qui sont bien maigres par rapport aux attentes des personnels. je pense que ce week end les remontées négatives des agents ont peut etre été prises en compte par les responsables syndicaux nationaux. Dur de mobiliser, alors quand ils le font faut pas lacher pour des miettes!

  • Remi, le 11/05/2009 à 14h40

    On connait FO, ils en voudront toujours plus.

  • Paul, le 11/05/2009 à 14h04

    La réalité est plus simple, il n'ont rien demadé à la base, et se font ''engueuler'' par tout le monde

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