© AFPEn concrétisant ce lundi la signature de l'accord conclu la semaine dernière, le gouvernement espère mettre un terme officiel au conflit qui a amené quatre jours de blocages dans les prisons. Privés du droit de grève, des surveillants en repos ou en délégation syndicale avaient perturbé les extractions de détenus et empêché l'accès des avocats. Le climat s'était tendu après des interventions musclées des forces de l'ordre pour dégager les barrages, notamment dans les grands établissements de la région parisienne. Mais l'accord ayant ramené le calme semble déjà compromis après les dernières déclarations de Christophe Marquès, secrétaire général de FO-pénitentiaire.
Il avait contribué à l'acceptation du compromis trouvé avec le ministère en expliquant à ses troupes qu'il fallait "savoir sortir la tête haute d'un conflit". Et les deux syndicats majoritaires, FO et Ufap, avaient annoncé, bien qu'en traînant les pieds, leur intention de signer un texte prévoyant notamment la création de 174 emplois dans le budget 2010 - texte qui selon eux ne réglait pas les problèmes les plus lourds. Mais le ton a changé ce lundi matin, lorsque, sur France Info, le même Christophe Marquès a annoncé sa décision de suspendre sa signature, lassé de "voir appliquer des règles pénitentiaires européennes sans moyens humains et matériels". Jérôme Capdevielle, secrétaire général adjoint du syndicat, a renchéri dans la matinée : "On ne peut pas signer avec une ministre qui fait des propositions et un directeur de l'administration pénitentiaire qui dit le contraire".
Le mail qui met le feu aux poudres
En cause : un courriel qui vient d'être adressé aux chefs d'établissement par l'administration pénitentiaire, où il est écrit que les modalités de l'accord "n'infléchissent en rien" la mise aux normes européennes. Or cette question de l'application des normes de l'UE est justement l'un des points les plus problématiques en raison du manque de moyens. Et l'accord conclu avec le ministère prévoit précisément que "les modalités de mise en oeuvre" des "règles pénitentiaires européennes", chargées de mettre la France en conformité avec les standards de l'UE en matière d'accueil des détenus, "seront réexaminées afin qu'il soit tenu compte des contraintes qu'elles font peser" sur les personnels. Devant ce décalage, FO réclame des explications.
FO rejoint ainsi la CGT, troisième organisation et minoritaire, qui contestait l'accord conclu la semaine dernière. Elle a déjà appelé la "base" des surveillants, qui s'était montrée souvent très réticente la semaine dernière, à reprendre la mobilisation : "Soit la ministre vide les prisons, soit le gouvernement ouvre de nombreuses créations de postes". Son dirigeant, Céline Verzeletti, avait fait ouvertement part de ses interrogations lors de la conclusion du pré-accord la semaine dernière par FO et Ufap... après le départ de la CGT. Les deux syndicats s'étaient alors réclamés de l'appui de "plus de 60% des personnels". Alors même que de nombreuses assemblées générales tenues établissement par établissement dans les 194 centres de détention se sont montrées hostiles à l'accord.
L'Ufap aussi veut des explications
Après cette marche arrière de FO, le seul syndicat à soutenir encore le pré-accord semblait donc être l'Ufap. Or, du côté de l'Ufap, Jean-François Forget réclame aussi des éclaircissements du ministère. Et il accuse la direction de l'administration pénitentiaire, à travers son mail aux directeurs d'établissements, de "vouloir mettre de l'huile sur le feu".
Le front syndical pourrait donc bien se reconstituer. Et la mobilisation repartir, dans un conflit déjà marqué par une longue accumulation de ressentiment du côté des personnels pénitentiaires. Dans les prisons françaises où s'entassent 63.351 détenus pour 52.000 places, la situation est qualifiée de dramatique par les syndicats de surveillants. Meurtres, suicides de détenus et de gardiens se multiplient depuis la fin 2008. Une première menace de blocage avait été brandie à l'automne 2008 mais le mot d'ordre avait été levé in extremis après des promesses de la garde des Sceaux Rachida Dati d'améliorer le quotidien des 24.000 surveillants. S'estimant floués depuis lors, les syndicats n'avaient donc pas eu de mal à mobiliser leurs troupes dès lundi. Et la semaine dernière, c'est après l'échec d'une journée entière de négociations mardi et un rejet massif d'un premier projet d'accord, que les représentants syndicaux étaient revenus à la table du ministère.
Avec agences
Retour MYTF1
Chargement en cours...




