
Le tribunal de Nanterre a décidé mardi de surseoir à statuer sur l'action civile de Nicolas Sarkozy, constitué partie civile dans une affaire de piratage bancaire, jusqu'à un délai d'un mois à compter de la cessation de ses fonctions. "Cela contribue à rendre confiance en la justice de notre pays", a déclaré Me Jean Ngafaounain, avocat d'Ama M'Bodji, principal prévenu.
Les avocats des prévenus avaient évoqué dans cette affaire l'ombre du président, qui avait demandé un euro pour son préjudice moral. Les trois principaux prévenus poursuivis dans ce dossier qualifié de "classique" par les enquêteurs avaient affirmé ne pas savoir que parmi leurs victimes figurait Nicolas Sarkozy. L'un d'eux, Bocar M'Boh, celui qui se procurait les coordonnées bancaires, avait reconnu avoir consulté son compte "par curiosité", mais ne plus se souvenir s'il les avait recopiées.
"Quel a été le rôle de Nicolas Sarkozy ?"
Pour l'un des avocats des prévenus, Me Pierre Degoul, "il est inédit de voir le président de la République se porter partie civile devant une juridiction répressive". Selon l'autre défenseur, Me Georges Parastatis, "il s'agissait pour le parquet de dire : vous avez vu, je suis un bon parquet, je vais très vite". Me Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy, avait plaidé pour sa part : "Quel a été le rôle de Nicolas Sarkozy dans cette affaire ? Comme des millions de Français qui consultent leurs relevés de banque, il a téléphoné au directeur de son agence bancaire, car il était surpris de voir des débits chez SFR alors qu'il n'y a souscrit aucun abonnement".
Au final, Ama M'Bodji, "cerveau de l"opération", a été condamné pour "escroquerie en bande organisée" à quatre ans de prison, dont deux avec sursis. L'un des vendeurs en téléphonie a été relaxé, un autre a été condamné à six mois de prison avec sursis. La vendeuse de la boutique Orange, qualifiée de "maillon déterminant de ce trafic", a été relaxée du chef de bande organisée, mais condamnée pour escroquerie à douze mois de prison avec sursis. Les cinq autres prévenus de ce dossier ont été condamnés à des peines d'emprisonnement allant de huit mois avec sursis à dix-huit mois fermes.
Lors de l'audience, la procureure avait évoqué une "quasi-société commerciale créée de fait". Pour ouvrir des lignes, puis revendre les téléphones, les trois principaux accusés se procuraient des coordonnées bancaires via une société sous-traitante de Canal+, dans laquelle travaillait l'un d'eux, des numéros de carte bleue et de faux papiers. Ils fabriquaient ensuite de faux relevés d'identités bancaires sur Internet. Ama M'Bodji promettait de leur amener des clients et avait gagné la confiance des vendeurs, qui outrepassaient alors les règles préconisées par leurs employeurs pour les ouvertures de lignes.
D'après agence
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