
"A aucun moment, personne ne m'a dit que l'escabeau devait être retiré." L'hôtesse qui se trouvait à côté de sa collègue victime d'une chute mortelle en 2005 à l'aéroport d'Orly a maintenu ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Créteil, en relatant les quelques secondes où l'accident s'était produit. "A aucun moment", la question de l'autorisation de retirer cet escalier autotracté n'a été posée, "absolument pas", a-t-elle répété.
Si l'agent de piste poursuivi dans ce dossier -au côté d'Air-France- a toujours reconnu une responsabilité dans l'accident, en n'ayant pas vérifié au dernier moment que personne ne se trouvait sur l'escalier, il a aussi toujours affirmé qu'il n'avait entamé sa manoeuvre de retrait de l'escalier qu'après en avoir reçu l'autorisation de cette hôtesse. "Si, comme il le dit, il était venu nous dire qu'il retirait l'escalier, pourquoi serait-il parti (sans attendre que la porte de l'avion soit fermée ? C'est aberrant", a poursuivi l'hôtesse.
Face à ce témoignage, l'agent, poursuivi pour homicide involontaire, a lui aussi maintenu qu'il avait bien demandé l'autorisation et souligné qu'il était descendu "au moment où" l'hôtesse "entamait la fermeture de la porte". La question de savoir qui devait donner cette autorisation a occupé une partie des débats mardi.
Savoir "si la faute du salarié était telle qu'elle éclipsait la faute de l'entreprise"
La condamnation de la compagnie aérienne Air France, jugée pour homicide involontaire au côté d'un de ses ex-salariés, a ensuite été requise au motif de "deux fautes de nature réglementaire". Le procureur Dominique Gaillardot a requis une amende de 80.000 à 100.000 euros à l'encontre de la compagnie aérienne, poursuivie en tant que personne morale. Il a demandé une peine de six mois de prison avec sursis et 10.000 euros à l'égard de l'agent de piste. Sur les faits reprochés à ce dernier, le procureur a estimé que sa faute se "résumait à un point central : ne pas avoir regardé si la porte (de l'avion, ndlr) était fermée avant de démarrer" son engin. C'est "la raison première de ce qui s'est passé", a ajouté M. Gaillardot. Mais, dans ce dossier, il s'agit de savoir "si la faute du salarié était telle qu'elle éclipsait la faute de l'entreprise", a poursuivi le procureur.
Or, pour lui, Air France a commis "deux fautes de nature réglementaire" en ne disposant pas d'une procédure précise concernant les modalités de transmission d'information en cas de retrait d'un escalier autotracté et en n'ayant pas mis à la disposition de ses salariés un matériel conforme, c'est-à-dire un escalier à la visibilité très réduite et sans avertisseur sonore ou de présence humaine. "Le sens de la réglementation est de pousser les entreprises à pallier les défaillances humaines" par des dispositifs adaptés, a observé le procureur. Air France non seulement "pouvait mais devait" le faire. Le jugement devrait être mis en délibéré après les plaidoiries de la défense.
Au contraire, pour la défense de l'agent, Me Antoine Comte a rappelé que "dès le 15 février", soit deux semaines après l'accident, son client avait été "désigné comme l'unique responsable" par Air France. Le jugement a été mis en délibéré au 27 novembre.
Alors que les deux hôtesses fermaient la porte de l'avion le 1er février 2005, l'une d'elles avait chuté de la plate-forme de l'escalier autotracté, au moment où l'engin reculait. Elle était décédée des suites de ses blessures. Les réquisitions sont attendues dans l'après-midi.
(Avec agence)
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