Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin sont auditionnés sur les notes inédites du Général Rondot © TF1/LCIJean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS au moment des faits, et Imad Lahoud, le mathématicien qu'il avait embauché, se sont accusés mutuellement mercredi de la falsification qui a abouti à compromettre l'actuel chef de l'Etat. Jean-Louis Gergorin, qui admet avoir diffusé en 2004 les listings compromettants dans l'appareil d'Etat, puis à un juge, a dit au tribunal avoir été trompé par Imad Lahoud. "Je le confesse, je me suis trompé, j'ai lourdement péché, je lui ai accordé une crédibilité excessive", a-t-il déclaré. C'est le mathématicien qui lui a remis en mars 2004 des documents semblant montrer que Nicolas Sarkozy avait des comptes occultes à la société luxembourgeoise Clearstream, sous ses patronymes hongrois Bocsa et Nagy, a-t-il dit aux juges.
Imad Lahoud a rétorqué que c'est le vice-président d'EADS qui l'avait poussé en mars 2004 à fabriquer ces faux documents. "Je reconnais avoir recopié sur Excel un modèle papier (...) qui m'a été tendu par Jean-Louis Gergorin, sur lequel figuraient, avec une dizaine de colonnes derrière, les noms Nagy et Bocsa, je ne sais plus dans quel sens", a-t-il dit. L'opération s'est passée au ministère de l'Intérieur et le patron de l'époque des Renseignements généraux, Yves Bertrand, un proche de Jacques Chirac, était présent, a-t-il assuré. "Je ne sais pas pourquoi on m'a demandé de le faire, mais je l'ai fait", a-t-il poursuivi. "Je l'ai fait, aujourd'hui, je le regrette amèrement et je demande pardon", a encore dit Imad Lahoud, affirmant n'être qu'une "petite main", mais "en aucun cas l'auteur de cette affaire".
Des preuves contre Lahoud
Ces dépositions contradictoires risquent de rendre difficile l'examen de la responsabilité éventuelle de Dominique de Villepin, qui n'a pas commencé. Son interrogatoire est prévu la semaine prochaine. L'enquête a établi que les fausses listes de comptes imputées à Clearstream avaient été établies à partir de documents authentiques mais vierges, remis à Imad Lahoud en 2003 par un consultant, Florian Bourges, et un journaliste, Denis Robert. Faisant croire qu'il pouvait ouvrir une piste vers Oussama ben Laden, Imad Lahoud, Franco-Libanais qui sortait fin 2002 d'un séjour en prison pour escroquerie dans une autre affaire, était parvenu début 2003 à se faire recruter par la DGSE, les services secrets, puis par Jean-Louis Gergorin à EADS.
Le président du tribunal a présenté plusieurs éléments matériels du dossier, notamment les expertises judiciaires des ordinateurs d'Imad Lahoud, qui laissent penser qu'il est bien l'auteur des faux. Le fait qu'il ait effacé plus de 632.000 fichiers de ces ordinateurs en 2005, en pleine enquête, conforte pour l'accusation cette hypothèse. A l'audience, il l'a expliqué par un accident informatique.
Jean-Louis Gergorin a raconté au tribunal qu'Imad Lahoud lui avait fait croire qu'il était parvenu à "pirater" les ordinateurs de Clearstream grâce à une "taupe" dans la société. Le président du tribunal lui a cependant fait remarquer qu'il avait accordé un statut privilégié à EADS à Lahoud, avec un haut salaire et même un sauf-conduit écrit produit par de hautes personnalités du renseignement, qui lui a permis d''échapper à une garde à vue. Le procès doit reprendre lundi.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




