Imad Lahoud, à la sortie de son audition à Paris, le 19 juillet 2007 © LCIC'est ce qu'on appelle enfoncer le clou. Dans un procès-verbal jusque-là secret, et révélé par le Journal du Dimanche (JDD) dans son édition de samedi, l'ex-informaticien d'EADS Imad Lahoud, l'un des principaux protagonistes du scandale Clearstream, reconnaît avoir rajouté le nom de Nicolas Sarkozy, sous les noms de Nagy et Bocsa, sur les fameux listings bancaires provenant de l'établissement luxembourgeois."Il assure l'avoir fait à la demande de Jean-Louis Gergorin", l'ex vice-président d'EADS, proche de Dominique de Villepin, et également impliqué dans l'affaire. Cette falsification aurait eu pour but, entre autres, de discréditer Nicolas Sarkozy et de nuire alors à ses ambitions présidentielles. L'informaticien assure en outre que l'ex-Premier ministre était au courant : "La cabale contre Nicolas Sarkozy était montée sous la connaissance de Dominique de Villepin".
Quoiqu'il en soit, ces aveux, l'informaticien les a formulés devant le juge d'Huy, chargé du dossier, le 9 décembre 2008, assure le JDD. "J'ai recopié sur une feuille Excel deux noms avec des comptes bancaires attachés qui se sont retrouvés dans les faux listings Clearstream. Je reconnais devant vous aujourd'hui l'avoir fait", raconte-t-il. Imad Lahoud poursuit : Gergorin "m'a demandé de rajouter les noms de Nagy et Bocsa. Il m'a dit que cette personne était dangereuse pour la France et qu'il fallait à tout prix l'écarter."
L'avocat de Dominique de Villepin, Me Olivier Metzner, a d'ores et déjà prévenu dans un entretien à paraître dimanche dans le JDD qu'il comptait "tirer toutes les conséquences de cette poursuite occulte de l'instruction, soit en procédure, soit sur le fond". Et selon Le Figaro, le procureur de Paris a décidé de verser ces révélations au dossier, de communiquer aux acteurs du procès le PV où Lahoud accuse Gergorin et Villepin.
Procès en correctionnel le 21 septembre
A noter qu'Imad Lahoud, avait déjà affirmé en novembre 2008, dans le Point, avoir lui-même "ajouté le nom de Nicolas Sarkozy dans les faux listings". Il avait en outre assuré que c'était depuis "le bureau d'Yves Bertrand", alors patron des Renseignements généraux, qu'il avait falsifié les listings. Une déclaration démentie alors par Yves Bertrand lui-même qui avait porté plainte.
Quoiqu'il en soit, ces révélations arrivent à point nommé alors que l'affaire Clearstream va occuper le tribunal correctionnel de Paris pendant un mois, à partir du 21 septembre. Au premier rang des accusés se trouve évidemment Dominique de Villepin. En effet, le 7 octobre 2008, le parquet a requis le renvoi de Dominique de Villepin en correctionnelle. Le parquet considère que l'ancien Premier ministre a eu connaissance du caractère fallacieux des listings bancaires et n'a pas empêché leur transmission à la justice entre mai et octobre 2004 par Jean-Louis Gergorin, un de ses proches.
Affaire "instrumentalisée"
Réquisition confirmée Le 19 novembre 2008, après près de quatre ans d'enquête, par les juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons qui ont demandé à leur tour le renvoi de l'ancien Premier ministre en correctionnelle. Ils ont retenu notamment contre lui les charges de "complicité de dénonciation calomnieuse". Sont aussi renvoyés devant le tribunal l'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin et trois autres protagonistes - Imad Lahoud, le journaliste Denis Robert et l'ancien consultant Florian Bourges.
Dominique de Villepin a toujours nié les faits. Il a réaffirmé à L'Express, que l'affaire Clearstream a été "instrumentalisée", soulignant -sans citer son nom- que Nicolas Sarkozy, partie civile, "pèse sur le dossier de tout son poids institutionnel".
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