© AFP/Montage LCI.frC'est l'événement politique et judiciaire de la rentrée. C'est du lourd. C'est le procès de l'affaire Clearstream. Dominique de Villepin et quatre autres prévenus sont jugés à partir de lundi, à Paris, dans le cadre de cette affaire de dénonciation calomnieuse, dans laquelle Nicolas Sarkozy s'est constitué partie civile. L'épilogue de cette rocambolesque saga, révélée il y a cinq ans, va se dérouler un mois durant, dans une salle d'audience où, le 16 octobre 1793, le tribunal révolutionnaire condamna Marie-Antoinette.
Sur le banc des prévenus aux côtés de l'ancien Premier ministre, l'ancien vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin, l'ancien trader devenu agrégé de mathématiques Imad Lahoud, l'ex-auditeur Florian Bourges et le journaliste Denis Robert. Ces deux derniers sont poursuivis pour avoir fourni à Lahoud des listings comptables de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream, Lahoud et Gergorin sont soupçonnés d'avoir falsifié ces fichiers. On les accuse d'y avoir ajouté plusieurs centaines de noms d'industriels et de politiques, dont celui de l'actuel chef de l'Etat, afin de faire croire à la justice qu'ils détenaient des comptes occultes, éventuellement dépositaires de rétro-commissions lors de la vente de frégates à Taïwan en 1991. Selon l'accusation, ce serait Dominique de Villepin qui aurait demandé à Gergorin, le Corbeau, d'alerter le juge Renaud van Ruymbeke sur les listings alors qu'il les savait faux. Il est aujourd'hui poursuivi pour "complicité de dénonciation calomnieuse", infraction qu'il nie en bloc. Tout comme il assure n'avoir jamais visé Nicolas Sarkozy.
L'avenir politique de Villepin en jeu
Pour compléter cette affiche d'exception, aux côtés du président seront représentés une quarantaine d'autres parties civiles, les principaux autres "calomniés" des listes. Parmi eux, Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement mais aussi des policiers, des magistrats, des journalistes et des industriels. Côté témoins, le casting sera tout aussi exceptionnel avec notamment le général Rondot, l'un des premiers à avoir douté de la fiabilité des listings. Ses carnets sont au centre de la procédure. Autre singularité : c'est le procureur de la République lui-même qui soutiendra l'accusation. Fait rarissime, Jean-Claude Marin s'est exprimé sur le dossier, déclarant que Dominique de Villepin était "un des bénéficiaires collatéraux, mais parfaitement conscient" de la manipulation.
Simple affaire de dénonciation calomnieuse pour les uns, scandale d'Etat pour les autres, le procès Clearstream risque de se plaider autant devant les caméras que dans la salle d'audience. Depuis trois semaines, pas un jour sans qu'un média n'apporte sa dose de "révélation" ou son interview "exclusive" d'un des protagonistes. Les principaux rivaux de l'affaire ont affûté leurs armes. Tandis que Nicolas Sarkozy appelait au début du mois à se "débarrasser" de "toutes ces combines", Dominique de Villepin l'a accusé sur LCI de faire preuve d'un "acharnement" dont il devra "s'expliquer". Lundi ses avocats plaideront l'irrecevabilité de la plainte présidentielle. S'il est reconnu coupable, Dominique de Villepin encourt, comme Gergorin et Lahoud jusqu'à cinq ans de prison et une amende. L'ancien diplomate a beau assurer se rendre "le cœur très léger" à l'audience, il y joue son avenir politique.
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