L'informaticien Imad Lahoud, au centre de l'affaire Clearstream © TF1/LCIDans le complexe dossier Clearstream, il est beaucoup question de dates, de coïncidences et de rencontres peut-être pas si fortuites. Que savaient les deux principaux protagonistes de ce dossier à haute teneur politique - à savoir Dominique de Villepin, ancien chef du gouvernement de Jacques Chirac, et Nicolas Sarkozy, actuel chef de l'Etat ? Le premier aura l'occasion de s'exprimer à l'audience cette semaine. Il s'affirme victime d'un acharnement qui dépasse l'institution judiciaire, de la part d'un homme que sa fonction met au-dessus de toute poursuite. Et il assure avoir tout ignoré de la manipulation des fameux listings sur lesquels figurait, entre autres, le patronyme de Nicolas Sarkozy. Mais la justice a évolué sur le rôle de l'ancien Premier ministre : tant qu'il était à Matignon, le procureur de Paris refusait de le poursuivre. Désormais, il lui est reproché, au minimum, un rôle de "complice par abstention" dans la dénonciation calomnieuse - et au pire, un rôle plus actif. L'objectif aurait été d'éliminer un adversaire politique - en l'occurrence Nicolas Sarkozy.
Les fameux listings truqués ont été transmis à la justice par Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS. Il est établi que Dominique de Villepin le connaissait depuis longtemps. Des témoins assurent en outre que les deux hommes se sont secrètement rencontrés au moment de l'affaire des listings, ce que Dominique de Villepin récuse.
Quinze déjeuners avec François Pérol
En guise de contre-attaque, la défense de l'ancien Premier ministre a produit des documents montrant que le faussaire présumé des fameux listings, Imad Lahoud, avait coutume de rencontrer François Pérol, alors directeur adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Economie. Pour la défense de Dominique de Villepin, ces rencontres pourraient tout aussi bien démontrer que c'est Nicolas Sarkozy qui s'est servi de l'affaire contre l'ancien Premier ministre, et non l'inverse.
Ces fameux documents ont été publiés ce week-end par le Journal du Dimanche. Il s'agit d'un rapport de quatre pages remis en 2008 aux juges d'instruction de l'affaire Clearstream. Rédigé par les policiers de la Division nationale des investigations financières, il recense les frais de réception et de restauration remboursés à Imad Lahoud par son ancien employeur, EADS, en 2004 et 2005, pour un montant total proche de 16.000 euros. Imad Lahoud aurait ainsi déjeuné quinze fois avec François Pérol.
A la table de Lahoud, futurs ministres et chefs du renseignement
Il aurait également, selon les policiers, organisé le 25 février 2004, quelques semaines avant l'envoi de listings falsifiés à la justice, une réception à laquelle participait non seulement François Pérol, mais aussi Gilles Grapinet, conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon et le beau-frère de Dominique de Villepin, Michel Piloquet.
Le 5 mai 2005, c'est le nom de l'actuel ministre du Budget, Eric Woerth, qui apparaît : il aurait été invité par Lahoud, dont l'épouse, Anne-Gabrielle Heilbronner, dirigeait alors son cabinet. De même, l'actuelle secrétaire d'Etat à l'Economie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, aurait partagé à deux reprises avec son époux, à l'époque cadre chez EADS, la table d'Imad Lahoud. Lequel aurait également déjeuné avec Bernard Casanova, alors proche de Bernard Squarcini, l'actuel patron de la Direction centrale du renseignement intérieur, et Brigitte Henri, qui travaillait avec le directeur central des Renseignements généraux : Yves Bertrand. Bertrand, autre personnalité ambiguë de ce dossier, qui a longtemps affirmé n'avoir pas fréquenté Imad Lahoud, et dont le nom avait même été cité, début 2006, comme la source possible des fameux listings.
D'après agence
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