Image d'archives © ABACAA deux semaines de l'audience sur l'affaire Clearstream, la bataille médiatique s'est intensifiée lundi entre les acteurs d'une manipulation menée avec des faux documents qui pourrait avoir visé Nicolas Sarkozy. La présidence de la République a fait savoir que le chef de l'Etat, partie civile dans le procès où il sera représenté par son avocat Thierry Herzog, souhaitait savoir qui était le responsable de ce qu'elle considère comme une "combine".
"Il est grand temps que toutes ces combines sous la Ve République, une bonne fois pour toutes on en soit débarrassé", a confié lundi à Brasilia Nicolas Sarkozy, indique-t-on à l'Elysée. "Qui que ce soit qui les fasse. Les officines, les combines, il y en a eu beaucoup trop, et j'ai eu l'occasion de le montrer. Et plus personne ne sera victime de ça. Maintenant, que les prévenus s'expliquent et que les juges décident". L'ancien policier des Renseignements généraux Yves Bertrand a de son côté qualifié de "rocambolesques" les affirmations d'un des protagonistes, Imad Lahoud, l'accusant d'avoir organisé en sa compagnie la mise en cause calomnieuse de Nicolas Sarkozy et d'en avoir informé son rival à droite, Dominique de Villepin.
Quel mobile ?
Ce procès, qui s'ouvre le 21 septembre pour un mois, opposera pour la première fois un chef d'Etat en exercice et un ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, qui risque jusqu'à cinq ans de prison pour "complicité de dénonciation calomnieuse, complicité d'usage de faux, recel de vol". Des listes falsifiées de comptes bancaires de la société financière luxembourgeoise Clearstream, qui imputaient la détention de comptes bancaires secrets et des fonds de corruption à de nombreuses personnalités, dont Nicolas Sarkozy, ont été remises en 2004 au juge Renaud Van Ruymbeke. Ce dernier a ensuite déclenché une enquête judiciaire menaçante pour plusieurs personnes, dont Nicolas Sarkozy, et n'a mis au jour la supercherie que fin 2005.
La défense souligne que l'enquête n'a pas permis d'établir avec certitude le mobile de l'opération, même si les juges d'instruction concluent qu'il s'agissait pour Dominique de Villepin d'éliminer Nicolas Sarkozy dans la course à l'Elysée.
Le point sur l'affaire Clearstream
Les listes comportaient, outre le nom de Nagy-Bocsa (patronyme hongrois de Nicolas Sarkozy), ceux de Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement, Laurent Fabius, Alain Madelin, de magistrats, d'avocats, de policiers, d'industriels ou de stars du cinéma comme Laetitia Casta. La police a rassemblé des éléments matériels laissant penser qu'Imad Lahoud, ancien cadre d'EADS, a fabriqué les faux listings à partir de vrais documents obtenus par un journaliste, Denis Robert, et un consultant, Florian Bourges. Il est par ailleurs établi que c'est un vice-président d'EADS de l'époque, Jean-Louis Gergorin, ami de Dominique de Villepin, qui les a remis au juge Van Ruymbeke.
Après de très nombreuses déclarations divergentes durant l'enquête et dans un livre, Imad Lahoud a assumé la falsification et mis en cause Yves Bertrand et Dominique de Villepin dans une déclaration faite fin 2008 dans une autre procédure, qui a été publiée par Le Journal du Dimanche. L'ancien patron des "RG", proche de Jacques Chirac, a nié lundi sur France Info tout rôle dans cette affaire. Dans un livre qui vient de sortir, il retourne l'accusation et laisse entendre que Nicolas Sarkozy a utilisé l'affaire pour faire place nette en éliminant ses opposants à droite.
D'après agence
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