Image d'archives © Abacapress.comLa deuxième semaine du procès de l'affaire Clearstream s'annonce des plus importantes pour Dominique de Villepin, opposé à Nicolas Sarkozy dans ce dossier devenu affaire d'Etat, et où les débats sont passés sur le terrain politique avec un lapsus du chef de l'Etat qualifiant de "coupables" les cinq prévenus. Les juges entendront dès ce lundi certaines des parties civiles, au nombre d'une quarantaine, reléguées au second plan par l'âpreté de l'affrontement entre l'actuel président et l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Villepin lui-même sera entendu mercredi, après le vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin et le faussaire présumé Imad Lahoud mardi.
Pour une partie des plaignants, rien ne démontre que Nicolas Sarkozy ait été la principale ou unique cible de la manipulation. Les faux listings de comptes bancaires de la société luxembourgeoise Clearstream comportaient, outre les patronymes hongrois de Sarkozy, Nagy et Bocsa, des centaines de noms. Y figuraient des hommes politiques comme Alain Madelin, Dominique Strauss-Kahn ou Jean-Pierre Chevènement, des industriels de l'armement, des policiers, des magistrats, ou avocats, ainsi que des artistes et intellectuels.
Que savait Villepin ?
L'appréciation par la justice du rôle de Dominique de Villepin dans ce dossier a fluctué. Le procureur de Paris, qui refusait de le poursuivre quand il était à Matignon, lui a finalement imputé dans son réquisitoire de fin d'enquête en octobre 2008 un rôle de "complice par abstention" dans la dénonciation calomnieuse. Selon cette version, il n'a pas organisé la manipulation mais a négligé de la dénoncer et de la désamorcer alors qu'il l'avait découverte avec certitude le 21 juillet 2004, dans les conclusions d'un rapport de la DST commandé par ses soins. Les deux juges d'instruction Jean-Marie d'Huy et Henri Pons sont allés plus loin, lui imputant un rôle actif dès avril 2004, lors de la transmission des faux listings à la justice par Jean-Louis Gergorin. "Il ressort de l'information que M. de Villepin a donné à M. Gergorin l'instruction de transmettre à l'autorité judiciaire les faux listings (...) une telle instruction étant susceptible d'aboutir à l'élimination du rival politique que représentait M. Nicolas Sarkozy", lit-on dans l'ordonnance de renvoi.
Dominique de Villepin, à l'époque des faits ministre des Affaires étrangères (mai 2002-mars 2004), de l'Intérieur (mars 2004-mai 2005) puis Premier ministre (mai 2005-mai 2007) conteste cette conclusion et nie avoir donné un ordre quelconque. Il confirme avoir demandé une première enquête au général Philippe Rondot, spécialiste du renseignement, en janvier 2004, puis une seconde à la DST en juillet 2004, mais c'était selon lui pour examiner le problème général posé par les listings. Il conteste avoir visé Nicolas Sarkozy et dit avoir cru de bonne foi que les listings pouvaient être authentiques.
Que savait Sarkozy ?
Les dépositions de ses accusateurs ont été fluctuantes. Jean-Louis Gergorin a mis en cause Dominique de Villepin en évoquant un ordre de sa part, mais seulement à son septième interrogatoire, alors qu'il l'avait jusque-là blanchi. Imad Lahoud a commencé, lui, à mettre en cause Dominique de Villepin après la fin de l'instruction, en 2008. Fait établi cependant, Dominique de Villepin connaissait Jean-Louis Gergorin de longue date et l'a décoré de l'Ordre national du mérite dans les jours précédant la transmission des listings à la justice en avril 2004. Il l'aurait, selon des témoignages versés au dossier, souvent vu secrètement lorsque l'affaire s'est nouée, ce qu'il nie. Les juges d'instruction voient aussi comme preuve de la mauvaise foi du prévenu le fait que, comme ministre des Affaires étrangères, il n'avait aucune qualité pour demander une enquête.
En réplique, la défense de Dominique de Villepin a déjà produit à l'audience des documents montrant qu'entre février 2004 et juillet 2005 Imad Lahoud avait vu 15 fois François Pérol, alors directeur adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Economie. A ses yeux, ces documents prouvent que Nicolas Sarkozy avait un rôle plus ambigu que celui de simple victime.
D'après agence
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