Villepin assigne Sarkozy pour son lapsus

Par , le 24 septembre 2009 à 11h41 , mis à jour le 24 septembre 2009 à 21h56

Dossier : Clearstream : affaire d'Etat

L'ex-Premier ministre, jugé dans l'affaire Clearstream, va assigner le chef de l'Etat pour atteinte à la présomption d'innocence.

TF1/LCI Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin et François Baroin.Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin et François Baroin. © TF1/LCI

L'affaire Clearstream est sensible, tout autant que ses protagonistes. Et dans la guerre qui oppose Nicolas Sarkozy à Dominique de Villepin, chaque mot compte. C'est pourquoi l'ex-Premier ministre a fait savoir jeudi, par le biais de son avocat, qu'il allait assigner en justice le chef de l'Etat pour violation de sa présomption d'innocence.

Cette poursuite vise la phrase prononcée par Nicolas Sarkozy sur France 2 et TF1 mercredi soir à propos de la manipulation dont il estime avoir été victime, son nom apparaissant sur de fausses listes de la société financière Clearstream. "Deux juges d'instruction ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel", avait-il déclaré.

Un aubaine pour la défense ?

Pour ce lapsus, Dominique de Villepin va demander à la formation civile du tribunal de Paris une réparation financière "symbolique", a précisé son avocat Me Olivier Metzner. L'avocat s'est dit conscient que la démarche ne pourrait pas aboutir pour l'instant, puisque la Constitution prévoit que le chef de l'Etat bénéficie d'une immunité judiciaire totale tant qu'il est en fonctions. "C'est justement l'intérêt de cette procédure de démontrer que le tribunal ne pourra pas se prononcer contre la personne qui viole notre présomption d'innocence", a expliqué Me Olivier Metzner.

Le tribunal de Paris devrait repousser sa décision jusqu'au départ de Nicolas Sarkozy de l'Elysée, en 2012 ou en 2017. Les avocats de Dominique de Villepin pourront toutefois utiliser cette décision à l'appui de leur demande de rejet de constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy dans l'affaire principale, fondée notamment sur le fait que les deux adversaires ne bénéficient pas de l'égalité des armes.

 

Une portée politique assurément

Côté politique, le patron des sénateurs  UMP, Gérard Longuet, a pris très nettement ses distances jeudi avec le président Nicolas Sarkozy sur son utilisation du mot "coupables", en rappelant le précédent Poniatowski dans l'affaire de Broglie, homme politique assassiné en 1976 (voir son intervention ci-contre). 

Par ailleurs, le député villepiniste de l'Essonne, Georges Tron, a fait part sur LCI Radio de "sa surprise et de sa désolation" après ce mot de "coupables" lâché par le chef de l'Etat et qui, selon lui, du "baume sur les plaies du parti socialiste" (écouter son intervention ci-dessous).

Plusieurs autres députés villepinistes qui participaient aux journées parlementaires de l'UMP réunis au Touquet, se sont aussi indignés. Fidèles des fidèles, Jean-Pierre Grand a déclaré qu'il ne croyait pas à un lapsus : "Nicolas Sarkozy a une maîtrise hors du commun du verbe, et je ne pense pas qu'il puisse s'égarer aussi facilement", a expliqué ce proche de l'ex-Premier ministre à quelques journalistes. "En parlant de coupables, il a renouvelé sa feuille de route à la justice", avait déclaré un peu plus tôt le député de l'Hérault. "On sent l'ambiance, le pouvoir est très prégnant dans cette affaire, dans le prétoire, et ça heurte mes convictions républicaines". "Quand on est avocat, on sait faire la différence entre prévenu et coupable", a renchéri Jacques Le Guen, "profondément surpris par la prise de position du président de la République sur une affaire qui est en cours".

"Où est le problème ? Il n'y a pas de problème"
 
"Est-ce qu'un seul nom a été cité par le président de la République ? Alors, où est le problème ? Il n'y a pas de problème", a contré le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, à son arrivée aux Journées parlementaires UMP. Le député UMP Yves Jégo a estimé que "l'agitation entretenue" autour du mot "coupables" n'était qu'un "rideau de fumée" pour "éviter de parler du fond" de l'affaire. Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a estimé que "les coupables sont toujours parmi les prévenus", même si "les prévenus ne sont pas toujours coupables", jugeant "curieuse" la polémique suscitée par les propos de Nicolas Sarkozy.

Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, a lui souligné que "le président se considère comme un justiciable comme les autres". La garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, s'est refusée à commenter "une affaire en cours". "Pas de commentaires sur l'affaire, ni sur les commentaires", a déclaré le président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, ajoutant que cette affaire ne devait se dérouler "qu'en un seul lieu, le prétoire". Donc ni au Touquet, ni à New York... "Ce lapsus du président complique les choses, c'est vrai", a concédé le directeur de campagne UMP des élections régionales, Franck Riester, tout en pointant du doigt la prestation "scandaleuse" de Dominique de Villepin, en famille, à son arrivée au Palais lundi. Quant à Patrick Devedjian, ancien avocat, il a estimé que Nicolas Sarkozy s'est "exprimé dans le cadre de sa constitution de partie civile". Or, quand "on se constitue partie civile, cela veut dire juridiquement qu'on accuse son adversaire d'avoir commis une infraction. Et donc il n'a fait  que répéter ce que juridiquement il a établi depuis longtemps".
 
La gauche, au vu de l'ampleur de la polémique, est restée plutôt discrète. La première secrétaire du PS, Martine Aubry, a toutefois jugé "très grave qu'un président de la République (...) puisse s'exprimer ainsi", ajoutant : "Je continue à penser qu'il ne devrait pas être partie civile alors qu'il est intouchable par son statut".

Avec agences

Par Alexandra Guillet le 24 septembre 2009 à 11:41
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

86 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • REmy, le 29/09/2009 à 21h20

    Il peut dire qu'il a assigné si çà lui fait plaisir, mais en l'occurence prévenus ou coupables puisqu'ils sont au moins 4, çà n'a aucune chance d'être recevables, aucun nom n'étant cité dans la phrase de Sarkozy, en revanche aa fureur de DDVP donne à penser que le terme de coupable , il l'a pris pour lui, erreur psychologique !!! Tout çà n'a aucun intérêt, Mr.. de Villepin se coince tout seul la main dans la portière, déjà c'est à lui que revient la lumineuse idée de la dissolution, pas très nettes, ses motivations. ! Il n'empêche qu'il a été un bon premier Ministre mais que Sarkozy l'a dérangé dans ses ambitions. Cà arrive à plus d'un !

  • Gilles, le 25/09/2009 à 19h34

    La démocratie selon monsieur de Villepin, sur son blog tous commentaires contraire à sa personne sont éffacés dès que le "modérateur ou l'auteur" s'en aperçoit. Je vous conseille d'aller y jeter un coup d'oeil, c'est édifiant.

  • Mecheri, le 25/09/2009 à 19h08

    Je n'ai pu m'empêcher de bondir à la 2ième partie de la déclaration de notre Président au sein de l'hémicycle de l'ONU, lorsque celui-ci a prétendu haut et fort ne pas être Homme à mentir. Pour mémoire il convient de rappeler que Monsieur Nicolas Sarkozy s'est approprié en 2005 la désignation du 1er Préfet issu de l'immigration, d'origine musulman en la personne de Mr aïsa Dermouche; le tout bien évidemment pour lui assurer un vote favorable des huit millions de français composant cette partie d'électorat, de plus en plus mobilisé. Or, ceci est catégoriquement faux puisque le 1er Préfet issu de l'immigration est Mr chérif Mecheri, nommé en 1945 !!! Emblématique exemple d'intégration au moyen de sa seule force de travail, il acheva sa carrière en qualité de Conseiller-maître inamovible au sein de la cour des comptes, Entre temps, Mr Mecheri qui avait l'absolue confiance du Président Auriol et de Mr pierre Mendès France a rempli les fonctions de Secrétaire Général de l'union française et à la Présidence de la République. Enfin, ce n'est pas faire injure à notre Président que de rétablir cette vérité historique, d'autant qu'à l'époque, en sa qualité de Ministre de l'Intérieur et donc en charge des questions d'immigration et des cultes, à ce titre, il ne pouvait pas dire qu'il ne savait pas ? Et, comme il faut toujours conclure par une note optimiste, espérons que l'actuel gouvernement fera, au vu de l'actualité récente et d'ici peu, une place un peu plus grande à ceux qui souhaitent réellement s'engager dans la vie politique, pour dignement représenter cette fraction inaudible de la population. En résumé de concrétiser les belles promesses jusqu'alors non tenues, en passant aux actes ?

  • Christian, le 25/09/2009 à 18h24

    Le Président aurait dû demander à la magjistrature de condamner les prévenus, il aurait eu moins de critiques..

  • Pierre, le 25/09/2009 à 16h07

    En tout cas, 17 pages de posts sur le sujet, contre 2 sur celui du G20!!!!! On voit tout de suite où sont les préocupations des français!!!!!!! Mort de rire!

  • Goleador, le 25/09/2009 à 12h15

    Je ne comprends pas : Pourquoi DDV se sent il visé alors que son nom n'a JAMAIS été prononcé par N. Sarkozy ?????

  • Michel Boisset, le 25/09/2009 à 09h10

    Sarkozy a fait un lapsus révélateur. Avant tout jugement Villepin est pour lui coupable, et évidemment cela lui permet de se poser en victime. Mais dans cette affaire - où bien d'autres noms figurent dont la presse ne parle jamais - qui manipule qui ? Tant de haine de Sarko pour un ancien premier Ministre de l'UMP font passer les querelles des socialistes pour peu de choses ! Martine Aubry n'a jamais voulu que Ségolène "finisse pendue à un croc de boucher " !

  • Batman, le 25/09/2009 à 00h12

    Quel nom Monsieur Sarkosy a-t-il prononcé?ce n'est as le President de la Republique Française qui se porte partie civil mais le citoyen au moment de l'acte il n'était pas Président que je sache.

  • Strogoff, le 24/09/2009 à 22h00

    Il es temps que le président prenne de la hauteur et que tout ceci soit oublié

  • Ludo, le 24/09/2009 à 20h13

    Analysons : "Deux juges d'instruction ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel" : d'où cette logique imparable, qui n'a pas échappé à Dominique de Villepin : Comment un coupable peut-il être traduit devant un tribunal correctionnel puisqu'il n'a pas encore été jugé, donc présumé innocent ? Et si tous les prévenus étaient innocents ? C'est très improbable mais possible. Nous avons donc une gaffe qui pourrait ne pas être sans conséquences. Quoi qu'il en soit, cette polémique est "jargonnesque".

Lire tous les commentaires

      logAudience