Yves Bertrand, ancien patron des RG de 1995 à 2007. © TF1/LCI![]() |
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Aujourd'hui retraité, Yves Bertrand, qui a dirigé les "RG" (renseignements généraux) de 1992 à 2004, est venu témoigner lundi devant le tribunal correctionnel de Paris qui juge l'affaire Clearstream. Vu par la gauche comme par le camp de Nicolas Sarkozy comme un spécialiste de la déstabilisation, Yves Bertrand a nié tout penchant politique. "Je ne suis ni sarkomaniaque, ni sarkophobe, au contraire". "Il n'y avait aucune partialité dans notre travail", a déclaré Yves Bertrand, niant tout rôle dans la diffusion en 2004 des faux listings de comptes bancaires qui semblaient compromettre notamment Nicolas Sarkozy, mais aussi, à gauche, Jean-Pierre Chevènement ou Dominique Strauss-Kahn.
S'il a été invité à témoigner dans ce procès, c'est parce que Imad Lahoud, auteur présumé des listings truqués, affirme que les patronymes hongrois de Nicolas Sarkozy y ont été portés en 2004 dans le bureau d'Yves Bertrand au ministère de l'Intérieur. "C'est une fable totale et rocambolesque. Je n'ai jamais rencontré Lahoud, ni dans mon bureau, ni ailleurs", a-t-il dit. Il a assuré savoir peu de choses de l'affaire : un exemplaire de ces faux listings ne comportant encore aucun nom lui a été remis fin 2003 par un journaliste, a-t-il dit, et ensuite il n'aurait plus rien connu de Clearstream.
Les "carnets noirs"
Le président du tribunal et plusieurs avocat de plaignants ont cependant paru sceptiques et ont questionné pendant des heures le témoin sur ses notes personnelles. Au total, 23 de ses carnets couvrant la période allant de 1998 à 2003, saisis par les juges, ont été versés au dossier en 2008 et publiés pour partie depuis dans la presse. Il s'agit de tout ce que le patron des "RG" notait à la volée, d'après ses sources. On y relève souvent des rumeurs ou des informations sur la vie intime de personnalités publiques et des "tuyaux" sur des affaires politico-financières.
Imad Lahoud y apparaît en 2001, a remarqué le tribunal. On y lit alors : "Imad Lahoud, un Libanais riche, pourrait travailler contre Lionel Jospin". Yves Bertrand n'a pas répondu directement aux questions sur cette note et répété ne pas connaître Lahoud.
Portrait au vitriol pour Lahoud
Par ailleurs, a remarqué le tribunal, l'enquête a prouvé que deux policiers sous les ordres d'Yves Bertrand, François Casanova et Brigitte Henri, voyaient fréquemment Imad Lahoud au moment où ce dernier semble avoir fomenté la conspiration Clearstream, en 2004. Yves Bertrand a expliqué que Brigitte Henri préparait avec Imad Lahoud l'adoption d'un enfant libanais. Il s'est emporté sur ses carnets, disant qu'ils s'agissait de notes sans grand sens et regrettant qu'ils lui aient été retirés. "Ce sont des brouillons sans valeur juridique qui m'ont été soustraits. C'est une matière brute, la rumeur ou le ragot peut devenir une information, qui elle-même peut devenir un renseignement", a-t-il dit.
Dans la matinée, c'est la belle-soeur de Dominique de Villepin, un temps voisine de la famille Lahoud, qui s'était chargée de miner la crédibilité de M. Lahoud. "Jamais je n'ai présenté M. de Villepin à M.Lahoud, jamais aucun dîner n'a été organisé chez moi. Tout cela est pur mensonge, pure calomnie", a assuré Delphine Piloquet. "Imad Lahoud nous avait expliqué qu'en prison il avait rencontré Carlos, qu'il connaissait Oussama Ben Laden", a abondé Michel Piloquet, son époux. A l'époque, "on le prenait pour un bonimenteur, pour un escroc sympathique, mais ce n'était en aucun cas quelqu'un que nous aurions présenté à Dominique ou Marie-Laure de Villepin". A partir de mardi, le procès entrera dans une nouvelle phase, celle des plaidoiries des parties civiles.
D'après agences
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