Yves Bertrand, ancien patron des RG de 1995 à 2007. © TF1/LCIAprès un ancien Premier ministre, un général-espion ou un juge d'instruction réputé, c'est au tour de l'ancien patron des RG, Yves Bertrand, de venir témoigner ce lundi à la barre du procès Clearstream. Il ne sera pas seul, loin de là, puisque cette journée un peu fourre-tout devrait voir se succéder les auditions de plusieurs parties civiles et notamment de Philippe Delmas, l'ancien vice-président d'Airbus, le seul à avoir été brièvement placé en garde à vue après la réception des faux listings par la justice. Il pourrait permettre de mieux comprendre le rôle de l'ancien vice-président d'EADS, Jean-Louis Gergorin. Mais c'est bien d'Yves Bertrand que pourraient venir les ultimes révélations.
Au dernier jour des débats, avant le début des plaidoiries mardi, l'audition de ce dernier témoin, ainsi que de son ex-collaboratrice Brigitte Henri, pourrait créer la surprise. Yves Bertrand, inamovible "patron" des Renseignements généraux de 1992 à 2004 sous huit ministres de l'Intérieur, s'est rendu involontairement célèbre à travers ses carnets manuscrits. Publiés dans la presse, ils ont mis au jour les méthodes de ce policier qui, censé enquêter sur les problèmes de sécurité, s'est en fait intéressé d'évidence à la vie intime de personnalités publiques ou aux affaires pouvant leur nuire.
Des carnets bien encombrants
Les carnets mentionnent ainsi une supposée liaison sentimentale de Nicolas Sarkozy, font état de ses démêlés avec sa deuxième épouse Cécilia et relatent de présumées habitudes de "fêtarde" de cette dernière. Ils assurent, sans mentionner d'éléments concrets, que Nicolas Sarkozy a touché via le journaliste Jean-Noël Tassez de l'argent de Pierre Falcone, impliqué dans les ventes d'armes à l'Angola en 1993-1998. Il est aussi beaucoup question de l'affaire de viol présumé mettant en cause Johnny Hallyday et pour laquelle le chanteur a obtenu un non-lieu en 2006. L'affaire avait suscité le soutien public de personnalités de droite dont le rocker français est proche. Nicolas Sarkozy a déposé une plainte pour "dénonciation calomnieuse" spécifique à ces carnets et une enquête préliminaire de police, toujours en cours, a été ouverte.
Sur l'affaire Clearstream, le chef de l'Etat soupçonne qu'Yves Bertrand en ait été l'orchestrateur, avec le prévenu Imad Lahoud, auteur présumé des faux listings. Lahoud, qui nie avoir falsifié les listings Clearstream dans leur intégralité, reconnaît toutefois y avoir ajouté un nom, début 2004: celui de Nicolas Sarkozy. Il aurait procédé à cet ajout depuis le bureau d'Yves Bertrand qui lui, affirme être étranger à cette affaire et dit ne même pas connaître le Franco-Libanais. Le mathématicien, un temps consultant chez EADS, aurait également été proche de Brigitte Henri, à laquelle il aurait proposé d'intercéder dans une histoire de demande d'adoption au Liban.
Durant leur instruction, les juges d'Huy et Pons n'ont guère exploré cette "piste RG", qui tendrait à démontrer que Lahoud a été instrumentalisé par des tiers, officines ou "cabinet noir" proche du pouvoir. Peut-être des éléments nouveaux apparaîtront-ils ce lundi. Mais cette journée sera surtout la dernière occasion pour Dominique de Villepin et ses quatre coprévenus de faire évoluer le sentiment du tribunal. Dès mardi débuteront en effet les plaidoiries des parties civiles, avec en point d'orgue celle de l'avocat de Nicolas Sarkozy, Me Thierry Herzog, lundi 19 octobre, puis le réquisitoire mardi 20. A l'issue des plaidoiries de la défense, le jugement devrait ensuite être mis en délibéré à début 2010.
D'après agences
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