Le soldat Guissé a-t-il le droit d'être français ?

Par , le 12 octobre 2009 à 15h21 , mis à jour le 11 septembre 2011 à 17h35

Enquête - Français par son père, quoique né au Sénégal, il sert depuis 2002 dans l'armée française, qui l'a envoyé au Tchad ou en Afghanistan. Mais la justice lui conteste sa nationalité.

Brigadier qualifié "d'exemplaire" par ses supérieurs du 1er régiment de hussards parachutistes de Tarbes, en passe de devenir bientôt brigadier-chef, Ounoussou Guissé a servi au Tchad et en Afghanistan. L'armée française, c'est sa vie ; il s'est engagé en 2002. Il pourrait pourtant être obligé de la quitter, si la justice décide qu'il n'a pas la nationalité française. Une hypothèse qu'il envisage avec angoisse : "Je ne dors plus, ça me travaille, je ne pense qu'à ça", avoue-t-il. Il a le plein soutien de sa hiérarchie et de ses camarades d'armes. "Il y en a même qui me disent : si on t'envoie au Sénégal, j'y vais avec toi". S'il est arrivé de son Sénégal natal à l'âge de 17 ans, c'est muni de papiers français, délivrés par le Consulat de France. Né d'un père qui avait la nationalité française, Ounoussou Guissé est lui-même français de par le "droit du sang". Et il considère la France comme son pays, disant volontiers sa fierté d'être français.

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Pour lui, tout a commencé à changer ce jour de 2006 où il a reçu de la Chancellerie une assignation en retrait de sa nationalité française. "D'abord, raconte-t-il, j'ai pris la chose à la rigolade. Je me suis dit : ils doivent confondre avec quelqu'un d'autre". Mais une fois entamées les premières démarches, il lui a fallu déchanter. Car ce que la justice remet en cause, c'est la manière dont son père a été naturalisé. Tout remonte à l'époque de la colonisation : lors de l'indépendance du Sénégal, dans les années 60, les personnes d'origine sénégalaise et vivant sur le sol français pouvaient choisir leur nationalité. Le père d'Ounoussou Guissé opta pour la France. C'est donc muni de la nationalité française que, carrière faite sur les chantiers navals français, il revint, des années plus tard, au Sénégal où il eut des enfants.

"Je ne connais rien au Sénégal"

La loi n'a pas changé ; son interprétation, si. Le ministère considère désormais que la condition de résidence de l'intéressé n'est pas suffisante, et que seules étaient valables les nationalités accordées à ceux qui avaient aussi leur famille en France. Du coup, c'est par erreur, aux yeux de la Chancellerie, que le père d'Ounoussou Guissé, dont la famille vivait au Sénégal, a obtenu la nationalité française. Ce qui rend l'affaire encore plus douloureuse pour le militaire : "C'est très sensible pour lui, ça touche à l'honneur de son père", souligne son avocate, Me Cécile Madeline. En première instance, le TGI de Rouen lui avait donné raison. Mais la Chancellerie a fait appel, et l'audience s'est tenue mardi dernier devant la première chambre de la cour d'appel du tribunal de Rouen. Le brigadier Guissé s'y est présenté dans son uniforme de parachutiste. A présent, il attend la décision judiciaire, qui sera rendue le 18 novembre.

Me Cécile Madeline refuse de croire à une expulsion pure et simple. Le cas est trop emblématique : "On ne va pas mettre dans un charter un para qui a servi en Afghanistan". D'autant plus que, reconnaît Ounoussou Guissé lui-même, "je ne connais rien au Sénégal". A la Chancellerie aussi, on se veut rassurant sur les suites possibles de l'affaire en soulignant que, en cas de décision défavorable de la cour d'appel, le brigadier a toujours la possibilité de demander sa naturalisation à la préfecture. Il pourra aussi faire une déclaration sur le fondement de l'article 21-13 du code civil, lequel précise que "peuvent réclamer la nationalité française (...) les personnes qui ont joui, d'une façon constante, de la possession d'état de Français, pendant les dix années précédant leur déclaration".

"On ne veut pas que ces enfants puissent venir"

Mais l'avocate s'interroge sur les raisons de cet acharnement de la Chancellerie. "J'avais quelques cas il y a dix ans", note cette spécialiste des procédures liées à la nationalité ; "j'en traite à présent des dizaines chaque année. Notre chance dans le dossier Guissé, c'est que tous les papiers ont été conservés. Mais derrière son histoire, il y en a beaucoup d'autres. Et comme on remonte jusqu'aux années 60, voire avant, il y a des familles qui se retrouvent dans des situations terribles, soit après des vols de papiers, soit parce qu'elles ne les ont pas conservés. Et elles ne peuvent rien prouver". L'avocate cite ainsi des cas de personnes âgées qui ont travaillé toute leur vie en France, qui y ont pris leur retraite, et qui se trouvent du jour au lendemain convoquées au tribunal pour se faire retirer leur nationalité.

Selon l'avocate, l'interprétation de la loi privilégiée depuis quelques années par le ministère vise à réduire drastiquement le nombre de ces nationalités accordées dans les années 60. "La plupart de ceux qui travaillaient en France vivaient en foyer et avaient choisi de ne pas faire venir leur famille. C'était culturel chez eux. Ils préféraient par exemple que leurs enfants soient élevés dans leur pays d'origine, où ils leur semblaient mieux protégés". Même les militaires qui, à l'indépendance de l'ancienne colonie, vivaient en caserne (considérée comme territoire français) et ont alors choisi la nationalité française, peuvent être rattrapés par ce biais, même si leur famille habitait dans la même ville...

Mais quel est l'intérêt d'avoir autant restreint l'application de la loi ? L'avocate croit y déceler des préoccupations liées à la politique d'immigration. Car ceux qui ont été naturalisés dans les années 60 ont des familles, des enfants, qui vivent encore dans les anciennes colonies comme le Sénégal et pourraient dans bien des cas venir en France sans difficulté... puisqu'ils sont français. "On ne veut pas que ces enfants puissent venir", affirme l'avocate. Sur cet aspect de l'affaire, la Chancellerie ne fait aucun commentaire.

Par Franck Lefebvre-Billiez le 12 octobre 2009 à 15:21
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64 Commentaires

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  • Diecks, le 29/10/2009 à 15h51

    Je suis presque le meme cas que ce brave soldati sauf que mon pere avait sa famille ici et je suis l'un de ses 5enfants nés a l'etranger. va t'on aussi me retirer ma nationalité francaise? tout cela est une honte pour une Republique comme la France d'agir ainsi. je suis francais et fiere de d'tre.

  • PRINCE, le 15/10/2009 à 01h08

    Je suis sincèrement outré et affigé. Je culpabilise de dormir en paix parce que ce brave soldat rique sa vie pour que je puisse le faire. Français il l'est parcequ'il est prêt à verser son sang pour notre pays. C'est la première fois qu'il m'arrive d'avoir honte de mon pays. J'espère sincèrement que la justice rétablira le droit car ce brave homme est doublement français par le droit du sang parceque fils de citoyen français, et soldat de notre glorieuse armée. En tant que citoyen je demande donc à notre justice qui juge en notre nom à tous de rétablir ce brave citoyen dans son droit, de s'excuser publiquement, de le dédomager, de le décorer et de lui dire merci au nom du peuple français et des peuples des pays qu'il a aidé à protéger au peril de sa vie.

  • Bakoh, le 14/10/2009 à 20h27

    Pour moi ces mechant ces degoutant comment un pays comme la france peu agir de la sorte .

  • Loulou, le 14/10/2009 à 14h52

    Et s'il mourrait en Afghanistan, lui seraient-ils refuses les hommages qu'il merite sous pretexte qu'il ne serait pas francais? C'est completement ridicule de la part de la chacellerie de raisonner de cette maniere. A partir du moment ou sa nationalite a ete acceptee pour servir a l'armee, on ne peut plus lui retirer. Ce ne serait que pure ingratitude de la part de la Republique Francaise. Desolee pour l'orthographe car j'ulisise un clavier anglais, donc sans les accents et cedilles.

  • Stéphanie, le 14/10/2009 à 10h34

    J'ai parfois honte de mon pays, et aujourd'hui c'est la cas ! Je connais ce militaire et je peux vous dire que son pays c'est la France ! C'est pour cette raison qu'il est rentré dans l'armée française et c'est pour cela aussi qu'il à defendu notre pays ! Lui enlever ses papiers serait véritablement à l'encontre de notre devise : Liberté, Egalité et Fraternité ! Nous ne devons pas permettre cela car ce serait vraiment injuste !

  • Jean, le 13/10/2009 à 14h47

    Bien dommage pour ce brave gars, entré dans notre armée en tant que Français, ayant prouvé son attachement a notre Pays en réussissant a gravir la hierarchie militaire. Que vat-il devenir? alors que des Imigrés entrés frauduleusement sur notre sol arriveront par je ne saia quel subterfuge a se faire naturaliser? Souvent par le mariage blanc ou mème lègal ?

  • Seb, le 13/10/2009 à 13h33

    Et pourquoi paierait il pour les erreurs de l'administrations sur le cas de son père?????

  • Kilbob33, le 13/10/2009 à 09h02

    Une honte de remettre en question la nationalité de cet homme, de plus qui à défendu sa patrie, comment l'administration peut en arriver ici? qui étudie les dossiers? il n'ont que sa à faire dans leur bureau? espérons que tout sa se finissent bien pour ce FRANCAIS

  • Nando 13, le 13/10/2009 à 08h53

    S'il est francais, la question ne se pose pas. Mais au fait, la chancellerie s'est elle présipitée pour supprimer la nationalité francaise aux 100000 poitrines qui ont copieusement sifflé la marseillaise lors de rencontres sportives?

  • LOIC, le 13/10/2009 à 07h49

    Il qu'a changer d'arme et rentrer a la légion le changement de nationalité se fait couramment moi j'etait francais et je suis devenu monegasque

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