© INTERNEL'ancien patron de la DST, qui a enquêté à l'été 2004 sur la véracité des listings Clearstream, a déclaré mardi devant le tribunal correctionnel de Paris que dans cette affaire de dénonciation calomnieuse, "les ministres savaient des choses qu'on ne savait pas". En juillet 2004, "je me suis dit, les ministres savaient des choses qu'on ne savait pas", a témoigné Pierre de Bousquet de Florian. Tant le ministre de l'Intérieur Dominique de Villepin que celui des Finances Nicolas Sarkozy "avaient des informations qui n'avaient pas été communiquées" à la Direction de la surveillance du territoire, a dit le préfet du Pas-de-Calais. A ses yeux, Nicolas Sarkozy aurait même "été désinformé sur cette affaire", l'homme politique ayant un temps pensé que la DST avait rédigé un rapport l'innocentant alors que selon lui, ce rapport n'a jamais existé.
Face aux juges, le préfet a regretté la façon dont Nicolas Sarkozy l'a, en octobre 2004 lors d'une réunion en présence de Dominique de Villepin, "mis en cause, de façon assez vigoureuse (...) sur le rapport de loyauté et de protection qui aurait fait défaut au ministre d'Etat". "Je me suis défendu comme j'ai pu mais c'est très difficile de se défendre contre une semblable accusation", a-t-il regretté, refusant "ce procès en loyauté".
"Peut-être aurions-nous pu plus creuser"
En juillet 2004, Dominique de Villepin avait, lors d'une brève conversation sur le tarmac de l'aéroport de Villacoublay, demandé au patron de la DST d'enquêter sur les listings Clearstream. "Nous avons tiré quelques sonnettes", mais "nous n'avons pas lancé d'investigations très poussées", a expliqué le responsable, reconnaissant : "Peut-être aurions-nous pu plus creuser", mais "que n'aurait-on pas dit si la DST avait lancé des opérations formelles dans cette affaire", alors que le dossier était "judiciarisé". A cette époque, le juge d'instruction Renaud van Ruymbeke enquêtait en effet sur les listings dans le cadre de l'instruction sur les frégates de Taïwan. Quant au parquet de Paris, il avait lancé une enquête préliminaire pour vérifier l'authenticité des listings bancaires sur lesquels figuraient des noms de personnalités, dont Nicolas Sarkozy.
Peu avant, c'était au tour du juge Renaud Van Ruymbeke d'être entendu. Ce magistrat emblématique de 57 ans, qui a notamment instruit l'affaire des détournements de fonds à Elf et retrouvé l'assassin de la fillette britannique Caroline Dickinson en 1996, a vu sa carrière freinée par cette affaire. Entendu comme témoin, il a raconté comment le vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin lui avait remis au printemps 2004 les listings comportant les patronymes hongrois de Nicolas Sarkozy et qui devaient se révéler faux. Il a admis avoir accepté de verser au dossier ces informations sous forme de lettres anonymes, mais s'est dit de bonne foi, assurant qu'il n'avait jamais consenti explicitement à cette procédure, suspectée d'être irrégulière. C'est en raison de cet épisode que le magistrat est poursuivi devant le Conseil supérieur de la magistrature (lire notre article).
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