juge renaud van ruymbeke © DRC'était au tour du juge Renaud Van Ruymbeke d'être entendu, mardi, par le Tribunal correctionnel de Paris, au huitième jour du procès Clearstream. Ce magistrat emblématique de 57 ans, qui a notamment instruit l'affaire des détournements de fonds à Elf et retrouvé l'assassin de la fillette britannique Caroline Dickinson en 1996, a vu sa carrière freinée par cette affaire.
Entendu comme témoin, il a raconté comment le vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin lui avait remis au printemps 2004 les listings comportant les patronymes hongrois de Nicolas Sarkozy et qui devaient se révéler faux. Il a admis avoir accepté de verser au dossier ces informations sous forme de lettres anonymes, mais s'est dit de bonne foi, assurant qu'il n'avait jamais consenti explicitement à cette procédure, suspectée d'être irrégulière. C'est en raison de cet épisode que le magistrat est poursuivi devant le Conseil supérieur de la magistrature.
Derrière Clearstream, l'affaire des frégates de Taïwan
Le magistrat a expliqué que Jean-Louis Gergorin avait obtenu de le rencontrer en avril 2004 chez un avocat servant d'intermédiaire et lui promettant des révélations. "Gergorin était très brillant, convaincant et convaincu", a-t-il dit, rappelant que ce dernier était vice-président de la plus grande société d'armement française, polytechnicien, énarque et ancien haut fonctionnaire d'Etat. Ce dernier lui avait affirmé qu'il pouvait lui donner la clef de l'enquête sur une vente de frégates militaires par Thomson (devenu Thales) à Taiwan en 1991, qui a donné lieu à de mystérieuses opérations de corruption et sur laquelle le juge a buté jusqu'à rendre un non-lieu en 2008.
Jean-Louis Gergorin n'a voulu déposer ni sous son nom, ni sous "x", estimant que les garanties d'anonymat n'étaient pas suffisantes, a relaté Renaud Van Ruymbeke. "A un moment donné, il me dit : 'comment est-ce qu'on fait ?' Je lui ai répondu que cela ne me concernait pas et qu'il devait voir avec son avocat", a raconté le magistrat. Quelques jours après, l'avocat de Jean-Louis Gergorin a apporté au juge une première lettre "anonyme", que le magistrat a versé au dossier sous cette forme. "Je n'étais pas demandeur, je n'ai rien 'dealé' comme on l'a dit. Jean-Louis Gergorin m'est apparu totalement de bonne foi", a-t-il dit.
Un juge "étranger à l'affaire Clearstream"
Le magistrat a précisé qu'à ce moment, il piétinait dans son enquête sur les frégates de Taiwan, un contrat de 2,5 milliards d'euros lourd d'enjeux financiers et politiques. Il s'est vu refuser quatre fois, par des ministres de droite comme de gauche, la levée du secret-défense. "Le climat était extrêmement lourd", a-t-il dit, rappelant que plusieurs personnes en lien avec le dossier avaient été assassinées en France et à Taiwan.
Nicolas Sarkzoy a expliqué en octobre 2006 avoir été à tort mis en cause "sur la base du mensonge d'un corbeau qui s'était allié avec un juge". Le juge van Ruymbeke, qui a martelé mardi être "étranger à l'affaire Clearstream" et estimé n'avoir fait que son travail de juge.
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