Renault traîné en justice pour un suicide au travail

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ, le 19 octobre 2009 à 06h06 , mis à jour le 19 octobre 2009 à 18h37

En pleine tourmente France Télécom, une autre affaire de suicides en série arrive devant le tribunal de Nanterre : celle du technocentre de Renault à Guyancourt.

Technocentre Guyancourt de RenaultTechnocentre Guyancourt de Renault © LCI

Parler de stress et de souffrance au travail aujourd'hui implique presque nécessairement une référence à France Télécom. Un plan d'ampleur inédite est mis en oeuvre au sein du groupe pour tenter d'enrayer la crise dont souffrent tous les salariés, tandis que le PDG est lui-même de plus en plus contesté, jusqu'au sein même du gouvernement. Le phénomène n'est pourtant pas neuf, et d'autres grands groupes ont connu aussi leurs vagues de suicide. Bien avant France Télécom, il y a ainsi eu Renault, avec la série de suicides de son technocentre de Guyancourt, un vaste pôle de 12.500 salariés. Les maux invoqués étaient très similaires : pression constante de la hiérarchie, dévalorisation permanente des salariés, objectifs inatteignables... L'un des tout premiers cas arrive aujourd'hui devant la justice. Plus précisément devant le tribunal des Affaires de Sécurité Sociale de Nanterre, où Renault est poursuivi pour "faute inexcusable".

 

La veuve du salarié attaque Renault :

 

Il s'appelait Antonio et il était technicien en informatique de Renault à Guyancourt. Le 20 octobre 2006, il s'était jeté du cinquième étage du bâtiment principal du technocentre. Le commissariat de Guyancourt chargé de l'enquête avait conclu à un suicide. Mais dès le 22 janvier suivant, un autre salarié se noyait. Dès lors, plusieurs suicides devaient se suivre, déclenchant une polémique grandissante au sein du groupe. Une marche silencieuse était organisée par des salariés du technocentre, en hommage à leurs collègues.

"Que mon fils sache que son père n'était pas fou"

L'épouse d'Antonio, pour sa part, devait avoir le plus grand mal à faire reconnaître la mort de son mari comme un accident du travail. D'autant plus que, lors de l'enquête sur ces premiers suicides, le parquet de Versailles, travaillant avec l'Inspection du travail, soulignait alors "qu'aucun élément ni infraction de l'employeur n'avaient été retenus qui auraient pu être liés à la mort de ces deux personnes". L'épouse du technicien en informatique, elle, se souvenait de son mari amaigri, épuisé, dévalorisé et ayant perdu le goût de vivre à cause de la pression de sa hiérarchie et d'objectifs impossibles à atteindre. Elle devait se battre pendant une année pour que le lien soit établi entre cette mort et les conditions de travail, et obtenir une indemnité de l'assurance maladie.

Si elle attaque aujourd'hui le groupe qu'elle accuse d'avoir provoqué la mort de son mari, ce n'est pas pour l'argent, mais, explique-t-elle dans un entretien à France Info, "pour que mon fils sache que son père n'était pas fou". Ce n'est pas non plus par vengeance contre les supérieur directs de son époux décédé, mais pour faire condamner tout un système. Elle ne demandera d'ailleurs qu'un euro symbolique de dommages et intérêts. Pour Renault toutefois, l'incidence financière serait réelle en cas de condamnation : c'est alors au groupe automobile, et non plus à l'assurance maladie, qu'il reviendrait d'indemniser les proches d'Antonio.

Par Franck LEFEBVRE-BILLIEZ le 19 octobre 2009 à 06:06
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8 Commentaires

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  • Mamouna, le 20/10/2009 à 12h23

    Pardonnez moi; je suis née au moment de la guere de 39/40 et j'ai perdu mon père en 44, j'avais à peine 7 ans. La vie n'a pas été facile, je suis alll ée dans un inernat jusqu'au BEPC et à 18 ans j'ai commené à travailler J'ai prit ma retraite à 64 ans, j'ai moi aussi eu du stress mais le travail est le remède à tout et je voudrais pouvoir encore travailler. Alors assez des conditioins de travail, nos arrières parents ont beaucoup plus souffert que nous....

  • Cathy, le 19/10/2009 à 17h50

    Je connais bien la situation, celà fait 2 ans que je suis harcelée moralement par une assistante de direction et un directeur, je vais entrée en clinique psychiatrique cette semaine, car j'ai des tendances suicidaires! ils ont gagné, et personne ne va les "punir". Je travaille dans une association où il n'y a que 7 employés, alors on n'en parle pas! Celà fait plus de 1 mois que je suis en arrêt et personne, aucun de mes collègues ni la Présidente, à qui j'ai écris, n'ont pris de mes nouvelles. J'ai l'impression d'être une mouche que l'on écrase, et l'on passe à autre chose... L'inspection du travail et la médecine du travail sont au courant, j'attends de leurs nouvelles. J'espère être jugée inapte pour repartir ailleurs, et surtout qu'il y aura des sanctions. Je dis bravo à la femme d'Antonio, elle a tenu bon, malgré, je pense, les pressions, Non son mari n'était pas fou, c'est l'indifférence qui l'a poussé à ce geste définitif. Alors, il faut au moins, que son honneur soit rétabli. Bon courage Madame, et respect!

  • Francinou, le 19/10/2009 à 11h29

    Et encore chez RENAULT on peut se défendre ... mais dans une structure familiale, où le patron, le vrai de vrai, vous a sous les yeux du matin au soir, où il faut lui plaire en permanence, où il faut supporter avec circonspection ses coleres, ses caprices, où il faut penser comme lui, où il faut etre à sa botte, où il faut admettre que LUI c'est le patron et TOI un simple employé sans le sous, où il faut etre d'accord avec lui ... sinon, vous devenez un contradicteur et il vous jette comme une pile vide d'un revers de la main ... Faut aussi en parler des petits patrons dictateurs, j'en connais beaucoup ... et ceux qui travaillent dans ces boites, envient beaucoup ceux qui travaillent dans de grosses structures comme RENAULT.

  • Gerard sauval, le 19/10/2009 à 11h28

    Je suis consultant, et je travaille principalement sur l'euristique de la peur, c'est à dire tous les phénomènes qui conduisent à , la peur et aux pathologies qui en découlent, Stress, angoisen maladie cardio vasculaire , obésité , perte de confiance etc.. et surtout sur les méthodes de managment par la peur.mais je suis aussi d'accord avec certaines interventions .la peur n'est pas que dans l'entreprise , l'insécurité, le spectre du chomage, la ségrégation par l'age, la certitude de perte des libertés, pas boire , pas fumer, par rouler , une police plus répréssive que préventive, une justice aléatoire, etc....et surtout ne pas croire que les suicides sont un phénomène de société et réservés aux seuls grands groupes , les suicides se produisent également dans les PME et PMI mais ce n'est pas médiatique .Je serai intéressé de participer en qualité de spécialiste à un débat sur ce sujet Il est temps de mettre les pendules à l'heure

  • Nanar, le 19/10/2009 à 11h16

    à Christelle, Bonneville :je suis en plein dedans moi aussi!!! je suis en maladie pro!!! quand je j'ai repris le boulot tout à été fait pour me pousser dehors, pourtant je faisais mon travail,j'avait mal mais je disais rien!! jusqu'au jour ou la douleur était si forte que je ne pouvais plus bouger mes bras,le médecin du travail à dit que j'étais suicidaire,alors il à jugé que j'étais inapte!! sa fait 14 ans que j'ai mal!!!!!! j' espère rebosser,et je sais que sa recommencera il ne me feront pas de cadeaux!!!! comme tu dis je suis vraiment désolé pour les personnes qui se sont suicidées c'est une tragédie!!!mais on ne dit rien sur les petites et moyennes entreprises, je souhaites beaucoup de courage à cette femme qui commence sont combat ! il en falait une.

  • Mamouna, le 19/10/2009 à 09h12

    Je pense que tous ces suicides relèvent d'un malaise, mais pourquoi généraliser. Il n'y a pas que le travail qui stresse les gens, c'est tout un contexte et les médias sont là pour en rajouter. Une tonne d'informations catastrophes sont diffusées en boucle. Parlons de la grippe ! on a fait peur à tout le monde et on en parle plus où à peine. Et c'est comme çà pour tout. Je considère que les médias sont là pour allumer le feu et on en a un peu marre.Alors, même si l'information doit rester libre, il faudrait un peu plus de moral, car, que ce soit une catastrophe, la grippe où un suicide, ça leur donne du grain à moudre, alors arr^tez....

  • Pierre, le 19/10/2009 à 08h46

    On ne parle pas du suicide des jeunes, qui n'on pas d'avenir, il faut parler aussi des suicides du aux faillites,

  • Christelle, le 19/10/2009 à 08h41

    Moi j'ai été harcelé pendant 7 ans par mon employeur, j'ai eu des arrêt prolongé pour dépression, je faisais plus de 40 h à la semaine, j'avais des menaces dés mon arrivé sur mon lieu de travail. j'ai craqué et décidé d'aller au prud'hommes avec la CFDT, au début ceux ci m'ont dit que j'aurais gain de cause pour harcèlement, en fin de compte j'ai été licencié car il fallait prouver A B mes dires. Mon problème c'est que j'étais dans une structure familiale ou j'ai vu en 7 année d'ancienneté plus de 60 licenciements si ce n'est pas plus. J'aurais du travaillé à France Télécom ou Renault pour être entendu par les syndicats (avec moi ils n'ont pas pu faire de pub, mais seulement me prendre un chèque de 135? pour prendre mon affaire ainsi que 3 ans de cotisation, pour rien. Désolé pour ces personnes en détresse, et encore merci les syndicats.

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