Dominique de Villepin, le 23 octobre 2009, au dernier jour du procès Clearstream © Reuters Le blog de Laure Debreuil en cliquant ici
> Villepin se défend une dernière fois
C'était la dernière du procès de l'affaire Clearstream. Après un mois de débats, le procès de la manipulation menée avec des faux listings de la société Clearstream en 2004 s'est achevé vendredi sur une dernière protestation d'innocence de Dominique de Villepin. Le tribunal correctionnel de Paris a mis son jugement en délibéré au 28 janvier 2010. Hasard du calendrier, cette date tomber le jour de l'anniversaire de Nicolas Sarkozy, qui fêtera ses 55 ans.
"Certains ont pu penser que ce serait infâmant pour moi de comparaître devant la justice. Mais à aucun moment, je n'ai eu le sentiment d'être humilié", a dit l'ancien Premier ministre, dans sa dernière déclaration devant le tribunal. S'exprimant ensuite devant les journalistes, il a ajouté : "je pense que les Français savent maintenant que j'ai été accusé à tort". Jugé pour "complicité de dénonciation calomnieuse", Dominique de Villepin fait face à Nicolas Sarkozy notamment, une des quelques 40 parties civiles de cette affaire de manipulation sans précédent sous la Ve République, marquée par de violentes attaques réciproques. "Je garde la main ouverte vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. Je n'ai pas de rancoeur au fond de moi", a dit Dominique de Villepin devant les caméras à la sortie du tribunal. "Je veux que les Français sachent que pendant quatre ans, j'ai souffert ainsi que ma famille d'un acharnement mais je veux tourner la page et je veux regarder vers l'avenir", a-t-il encore dit. Le parquet a demandé contre lui 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende mercredi dernier.
Une "histoire de Père Noël" pour l'avocat de Gergorin
L'avocat du vice-président d'EADS Jean-Louis Gergorin, Paul-Albert Iweins, plaidant en dernier, a résumé sa vision de l'affaire par une formule empruntée à un livre de l'autre prévenu, Imad Lahoud. L'ancien vice-président d'EADS est considéré par le parquet comme le grand manitou de la manipulation qui a valu à Nicolas Sarkozy de voir son nom cité dans les listings Clearstream. C'est contre industriel au passé prestigieux, qui a aussi eu une carrière diplomatique, que le ministère public a requis mardi la plus lourde peine: 3 ans de prison, dont la moitié ferme, et 45.000 euros d'amende.
Dans sa plaidoirie, le défenseur de Jean-Louis Gergorin, Me Iweins a cité le livre d'un autre prévenu au procès, Imad Lahoud. "Au bout du compte, cette histoire est un peu celle du Père Noël, tout le monde sait bien qu'il n'existe pas, mais chacun voudrait quand même y croire", écrivait-il. Dans l'affaire Clearstream, a dit Me Iweins, le Père Noël était Imad Lahoud, qui a forgé en 2003 les faux listings semblant offrir aux protagonistes de l'affaire la "tête" de tous leurs ennemis, politiques et industriels sur un plateau. "Mais voilà, dans cette affaire, le Père Noël n'est pas une ordure, il est un escroc", a-t-il dit en parlant d'Imad Lahoud. Selon l'avocat, Jean-Louis Gergorin s'est fait piéger par Imad Lahoud, qui l'a entraîné dans la manipulation en le trompant.
"J'aime bien Jean-Louis Gergorin. Il n'est pas fou"
L'accusation estime que Jean-Louis Gergorin était de mauvaise foi et a voulu sciemment détruire ses ennemis. "J'aime bien Jean-Louis Gergorin. Il n'est pas fou, il n'est pas paranoïaque", a dit Me Iweins. Selon lui, ses théories sur la corruption du monde de l'armement sont justifiées. "Nous ne sommes pas dans le monde de oui-oui, où tout le monde vend ses avions gentiment et (où) tout se passe bien", a-t-il estimé, dans une allusion au personnage de dessin animé pour enfants.
Il a rappelé que les dénonciations au juge Van Ruymbeke s'effectuaient dans le cadre d'une enquête sur une vente de frégates par Thomson, devenu Thales, à Taiwan en 1991, où le procédure a établi qu'ont été versées des commissions illégales de 500 millions de dollars. Plusieurs des protagonistes sont morts assassinés, a rappelé Me Iweins. Le juge Van Ruymbeke a refermé cette enquête sur un non-lieu car les gouvernements français de droite comme de gauche lui ont opposé le secret défense. "Alors, sommes nous dans le monde de oui-oui?", a lancé Me Iweins. Il a rabroué le procureur Jean-Claude Marin qui souriait ironiquement. "Je serais à votre place, je ne serais pas fier de ce non-lieu (dans l'affaire des frégates-NDLR)", a-t-il dit.
(D'après agence)
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